Le prince des pistoleros

Traduction d’un article de Joe BILBY paru dans D.G.W. Blackpowder Annual 1986

Bill MASSIE Ă©tait en train de regarder ses cartes lorsque cela se passa. Il entendit l’explosion du coup, sentit son bras s’engourdir, et leva les yeux. Il vit l’homme en face de lui tomber par terre, puis il vit Mc. CALL qui reculait au milieu d’un nuage de fumĂ©e de poudre noire, criant Ă  tout de monde de sortir, ramenant le chien de son revolver en arrière avec son pouce et le laissant retomber en pointant l’arme en direction du barman sans que le coup ne parte, le bruit vide et mĂ©tallique du faux-dĂ©part le suivant jusqu’à la porte. Lorsqu’il fut parti, on ne pouvait plus rien faire d’autre que regarder la flaque de sang qui s’agrandissait sous la tĂŞte de « Wild Bill Â», Bill le Sauvage. Une lĂ©gende Ă©tait morte. Vive la lĂ©gende.

Cette lĂ©gende Ă©tait nĂ©e sous le nom de James Butler HICKOCK, le 27 Mai 1837, Ă  Homer, Illinois. Comme beaucoup de jeunes hommes de sa gĂ©nĂ©ration, HICKOCK brĂ»lait du dĂ©sir d’aller vers l’Ouest et il partit pour le Kansas, y arrivant en plein milieu de la « guerre Â» entre les partisans de l’esclavagisme et ceux de l’abolitionnisme. Après avoir servi pendant un moment dans la Milice d’Etat Libre de James H. LANE, il essaya le fermage, puis dĂ©riva vers le nord et, en Juillet 1861, travaillait Ă  la station du Pony Express de Rock Creek, Nebraska. David C. Mc. CANLES arriva Ă  Rock Creek pour demander le paiement de l’argent qu’on lui devait chez RUSSEL, MAJORS & WADELL, Ă  qui il avait vendu la station. Un fusil de chasse pendait en travers du pommeau de la selle de Mc. CANLES, qui menaça les occupants de la station, y compris HICKOCK. Le fait que HICKOCK s’amusait avec la maĂ®tresse de Mc. CANLES, Sarah STULL, n’avait rien pour arranger une situation dĂ©jĂ  explosive. Les dĂ©tails de ce qui suivit ne sont pas clairs, mais HICKOCK tira et tua Mc. CANLES avec un fusil puis sortit son Colt Navy en ventilant du mĂŞme coup les deux compagnons du mort, lesquels furent finis par les autres employĂ©s de la station, portant des haches et des houes. AccusĂ©, en mĂŞme temps que les autres, de ces meurtres devant les tribunaux du Nebraska, HICKOCK, Ă©galement appelĂ© parfois « Dutch Bill Â», Bill le Hollandais, fut relâchĂ© après avoir brillamment plaidĂ© la lĂ©gitime dĂ©fense.

BientĂ´t, il partit pour le sud, oĂą on avait besoin de quelqu’un qui savait tirer vite et bien au revolver Colt. Fils d’un abolitionniste qui avait tenu une station de chemin de fer souterrain, c’est-Ă -dire une station de mĂ©tro, il y avait peu de doute pour savoir de quel cĂ´tĂ© « Bill Â» HICKOCK se battrait lors de la Guerre Civile. En Octobre 1861, il servait comme chauffeur dans l’armĂ©e FĂ©dĂ©rale. BientĂ´t, on lui confia des rĂ´les oĂą il y avait plus d’action, comme Ă©claireur, dĂ©tective de l’armĂ©e et espion. Le mois de Juillet 1865 vit HICKOCK, Ă  prĂ©sent connu sous le nom de « Wild Bill Â», arriver Ă  Springfield, Missouri, comme un homme de la ville et un joueur professionnel. Springfield grouillait de toute sorte de types de la frontière et de soldats de l’Union dĂ©mobilisĂ©s, aux poches gonflĂ©es de rappels de paie. Presque tous ces hommes Ă©taient armĂ©s, et quatre annĂ©es de conflit avaient submergĂ© toute inhibition qu’ils auraient pu avoir Ă  rĂ©gler leurs disputes avec leurs armes. Le 21 Juillet, HICKOCK et un certain Davis TUTT, des copains qui s’étaient fâchĂ©s Ă  cause de dettes de jeu, de la possession d’une montre Waltham et de l’affection d’une femme, se battirent au revolver Ă  percussion dans le jardin public de Springfield. TUTT manqua son coup. La balle de HICKOCK frappa son ancien ami au torse et le tua, Ă  une distance que plusieurs personnes estiment entre cinquante et cent yards. La loi Ă©tait marginale Ă  Springfield et le Lieutenant Colonel Albert BARNIZ du 2ème. Ohio Cavalry arrĂŞta Wild Bill, qui fut presque immĂ©diatement relâchĂ© sur caution. L’accusation initiale de meurtre rĂ©duite Ă  celle d’homicide, HICKOCK fut acquittĂ© après un procès de deux jours, le 5 AoĂ»t, il postulat tout de suite pour le poste de Marshall de la ville, mais on le lui refusa. A part le fait d’avoir tuĂ© TUTT, la chose la plus significative qui arriva Ă  Wild Bill lors de son sĂ©jour Ă  Springfield fut sa rencontre avec le journaliste George Ward NICHOLS, un ancien officier de l’Union. PrĂ©sentĂ© Ă  HICKOCK juste après le fameux duel, NICHOLS fut fascinĂ© par ce pistolero aux cheveux longs et il interviewa Wild Bill pour un article qui fut publiĂ© dans le magazine Harpers de FĂ©vrier 1867. En plus de dĂ©crire le combat contre TUTT, NICHOLS donnait les dĂ©tails d’une version de l’affaire Mc. CANLES qui dĂ©crivait HICKOCK presque comme un hĂ©ros HomĂ©rique se dĂ©battant contre neuf hommes armĂ©s provenant du gang des « M’Kandlas Â», des sympathisants des ConfĂ©dĂ©rĂ©s.

Selon NICHOLS, Wild Bill tua tous ses adversaires avec un fusil, un revolver et un couteau, en dĂ©pit du fait d’avoir Ă©tĂ© atteint de onze chevrotines. Le reste de l’article dĂ©taillait d’une manière adulatoire les exploits fantastiques de HICKOCK alors qu’il Ă©tait Ă©claireur et espion pour les FĂ©dĂ©rĂ©s pendant la guerre. Il est probable que HICKOCK, voulant seulement s’amuser avec son interlocuteur Ă  lui raconter des histoires typiques de la frontière, n’ait pas prĂ©vu que la publication de l’article du Harpers en ferait une cĂ©lĂ©britĂ© nationale, mais elle le fit. Le pays, soufrant d’un malaise d’après-guerre, recherchait de nouveaux hĂ©ros. NICHOLS, rĂ©pondant Ă  cette demande nationale, mĂ©nagea une niche Ă  Wild Bill dans le panthĂ©on amĂ©ricain. Bien que certains des exploits relatĂ©s dans l’article de NICHOLS furent rĂ©futĂ©s par des journalistes de la frontière, l’avis gĂ©nĂ©ral Ă©tait que HICKOCK Ă©tait en fait un homme au tir rapide et prĂ©cis, et que ses services pour l’Union, s’ils n’atteignaient pas les taux d’improbabilitĂ© suggĂ©rĂ©s par NICHOLS, Ă©taient reconnus d’importance locale.

C’est sans aucun doute grâce Ă  ce qu’il avait fait pendant la Guerre Civile, que HICKOCK reprit du service auprès du gouvernement Ă  Fort Riley, Kansas, en Janvier 1866. Il travailla de manière intermittente pendant les trois annĂ©es suivantes pour le DĂ©partement de l’Intendance de l’ArmĂ©e, Ă  pister des voleurs de matĂ©riel appartenant au gouvernement et Ă  servir aussi d’éclaireur Indien et de Deputy U.S. Marshall, c’est-Ă -dire flic. Le penchant de HICKOCK Ă  attirer les journalistes le fit rencontrer Henry Morton STANLEY, le futur explorateur africain, qui couvrait totalement, et efficacement, Wild Bill pour le Democrat de Saint Louis. Après avoir rendu visite Ă  sa famille dans l’Illinois en Avril 1869, et en convalescence suite Ă  la blessure d’un coup de lance Indienne qu’il avait pris au cours d’une reconnaissance pour l’armĂ©e, HICKOCK revint vers l’ouest et reprit ses fonctions de Deputy Marshall, Ă  Hays City, Kansas. En plus de ses fonctions fĂ©dĂ©rales, Wild Bill fut « Ă©lu Â» Sheriff du contĂ© de Ellis par le comitĂ© de vigilance de Hays City et le conseil d’administration du contĂ© en AoĂ»t 1869. Le 22 aoĂ»t, HICKOCK tira sur un homme ivre qui devenait agressif et qui commençait Ă  jouer du pistolet, et le tua. Un mois plus tard, il expĂ©dia vers ses ancĂŞtres un autre voyou du coin appelĂ© STRAWHUN, le Hun de paille, en rĂ©glant une histoire de bagarre de saloon. Son Ă©lection dĂ©clarĂ©e illĂ©gale par un tribunal, Wild Bill postula pour ce poste de Sheriff mais ce fut Peter LANIHAN qui l’obtint. Il quitta le poste Ă  la fin de l’annĂ©e, mais continua Ă  exercer comme officier fĂ©dĂ©ral, arrĂŞtant les voleurs de mules et les bĂ»cherons qui coupaient des arbres illĂ©galement. En Juillet 1870, HICKOCK fut attaquĂ© par plusieurs soldats du 7ème. Cavalry dans un saloon de Hays City. ClouĂ© au sol, il parvint Ă  s’en tirer avec son revolver, tuant l’un des soldats et en blessant sĂ©rieusement un autre. Bien que courageux, Wild Bill n’était pas fou, et il quitta Hays City plutĂ´t que de rĂ©gler les choses avec ses armes contre plusieurs centaines de militaires de la cavalerie. Il s’avĂ©ra par la suite que ni le gouvernement, ni les cavaliers, ne daignèrent donner suite Ă  l’affaire. Au cours de son sĂ©jour Ă  Hays City, Wild Bill fit plus que forger sa lĂ©gende. Il Ă©tait très habile au revolver, ses coups Ă©taient mortels et c’était un excellent officier de paix pour les standards de l’époque. Sa rĂ©putation d’homme de loi Ă©tait maintenant fermement Ă©tablie et elle le mena directement vers son emploi suivant.

Lorsque Tom SMITH, le Marshall d’Abilene, fut assassinĂ©, le conseil municipal lui donna plusieurs successeurs mais aucun ne faisait l’affaire. Il s’adressa alors Ă  HICKOCK, qui fut nommĂ© au poste le 15 Avril 1871. La ville d’Abilene, terminus du « Mc. Coy’s Extension Â» sur la fameuse piste Ă  bĂ©tail Chisholm qui venait du Texas, Ă©tait divisĂ©e en deux par les rails du chemin de fer de la Kansas Pacific. La zone oĂą le bĂ©tail Ă©tait dĂ©barquĂ© des wagons Ă  Abilene formait la « Mc. Coy’s Addition Â». C’était littĂ©ralement « de l’autre cĂ´tĂ© des rails Â». Elle fourmillait de cow-boys, de prostituĂ©es, de souteneurs, de joueurs et de voleurs, et elle Ă©tait noyĂ©e d’alcool. On sait que Wild Bill HICKOCK parvint Ă  maintenir l’ordre dans cette « addition Â» pendant huit mois sans tuer personne. Pourtant, la nuit du 5 Octobre, il rencontra une bande de Texans ivres dirigĂ©e par le joueur Phil COE, qui brandissait un revolver avec lequel il venait juste de tirer. Certains historiens prĂ©tendent qu’il y avait du « mauvais sang Â» entre HICKOCK et COE, Ă  propos de l’affection d’une « colombe salie Â». Quoi qu’il en soit et comme COE levait son arme, Wild Bill dĂ©gaina, tira et blessa mortellement le Texan. Se retournant instinctivement, HICKOCK tira Ă  nouveau sur un homme qui venait vers lui dans l’ombre. Malheureusement, la seconde victime de Wild Bill Ă©tait son ami et l’un de ses adjoints, Mike WILLIAMS.

Pendant que COE mourait, HICKOCK, rĂ©voltĂ© par la mort de WILLIAMS, ferma tous les saloons et les bordels de la ville. Bien que les Texans, eux aussi enragĂ©s mais par la mort de COE, eussent mis Ă  prix la tĂŞte de Wild Bill, personne n’osa la chercher. En DĂ©cembre, le conseil de la ville, dĂ©goĂ»tĂ© par le cĂ´tĂ© sordide du commerce des bestiaux, annonça que les « conducteurs Â» n’étaient plus les bienvenus Ă  Abilene. Et comme en consĂ©quence il n’avait plus besoin de son ancien paladin pour terroriser les rudes Texans, il rĂ©duisit les dĂ©penses municipales en renvoyant le Marshall HICKOCK. PersuadĂ© qu’il n’avait plus la rapiditĂ© nĂ©cessaire avec un six-coups, Wild Bill ne servit plus jamais comme homme de loi, peut-ĂŞtre Ă  cause de sa vue qui baissait, un facteur qui peut avoir contribuĂ© Ă  tirer accidentellement sur WILLIAMS, lequel fut le dernier homme Ă  tomber devant ses revolvers. HICKOCK Ă©tait âgĂ© de trente quatre ans lorsqu’il quitta Abilene. La « frontière du milieu Â» sur le « Kansas sanglant Â» avait vĂ©cu, et la Guerre Civile Ă©tait bien finie. Les Indiens, poussĂ©s plus Ă  l’Ouest, disparaissaient en mĂŞme temps que sa vue baissait. Pendant les cinq annĂ©es qui suivirent, Wild Bill erra Ă  la dĂ©rive, jouant pendant un petit moment pour un vieil ami, Bill CODY, dans un dĂ©sastre théâtral qui s’appelait « Les Eclaireurs des Prairies Â». Malheureux et comme CODY n’arrivait pas Ă  s’adapter au « show business Â», HICKOCK s’en revint vers l’ouest, sans passer par le Kansas qui se civilisait de plus en plus, et s’en fut vers le Wyoming. A Cheyenne, il reprit son vieux mĂ©tier de joueur professionnel et prĂ©para vaguement une expĂ©dition vers les Black Hills, les Collines Noires, pour y chercher de l’or, sans que l’on sache si c’était en y jouant aux cartes ou aux dĂ©s, ou en y creusant le sol. Wild Bill n’était plus le tireur au regard perçant de l’époque de Hays City ou d’Abilene, mais on lui donnait encore une place de choix au sein de la communautĂ© « sportive Â» de Cheyenne. En Mars 1876, pourtant, il fit un pas de plus sur le chemin de la civilisation en Ă©pousant Agnes Lake THATCHER, une veuve qui possĂ©dait un cirque et Ă  qui il Ă©crivait depuis plusieurs annĂ©es. Agnes finança Ă  crĂ©dit le voyage vers les Black Hills dont il parlait depuis longtemps mais pour lequel il n’avait pas l’argent, et il arriva Ă  Deadwood le 12 Juillet. Cinq jours plus tard, il Ă©crivait Ă  sa femme Â« Je suis sĂ»r que ça va bien se passer… Â» Le 2 AoĂ»t 1876, Ă  trois heures de l’après-midi, Jack Mc. CALL, un petit vagabond sans motifs apparents, s’approcha par derrière, mit son revolver contre la tĂŞte de Wild Bill HICKOCK, et laissa le chien s’abattre sur la seule bonne cartouche que contenait le barillet, en l’envoyant vers l’éternitĂ©. Ah, que voilĂ  une bien triste fin pour un tireur d’élite et un aventurier, l’ancien Ă©claireur chasseur d’Indiens et de voleurs, le sheriff qui rĂ©glait les comptes Ă  sa manière au plus grand plaisir des lâches bourgeois qui avaient trop peur de se faire flinguer et des riches avares qui ont prĂ©fĂ©rĂ© le jeter comme un malpropre une fois qu’il avait bien fait le mĂ©nage chez eux, cet homme qui voulait faire un peu d’argent pour enfin vivre paisiblement avec sa femme, et qui se fait tirer une balle dans la tĂŞte par un crĂ©tin, et par derrière, la façon la plus lâche de tuer un homme dans l’Ouest, et en plus de cela, par la seule cartouche en bon Ă©tat que contenait le revolver de son assassin. Ca ne peut pas ĂŞtre autre chose qu’un mauvais coup du sort.

La fumĂ©e s’était Ă  peine dissipĂ©e du saloon Number 10 et le corps du plus grand pistolero de tous les temps Ă©tait Ă  peine en terre, que les fabricants et briseurs de mythes se bagarraient dĂ©jĂ  autour de son âme. Bien entendu, ils avaient plus de matĂ©riel qu’il n’en fallait en moyenne pour travailler avec. Contrairement Ă  celles d’autres hĂ©ros, la lĂ©gende de Wild Bill HICKOCK commença alors qu’il Ă©tait encore vivant, une situation qu’il partagea avec les autres cheveux longs George Armstrong CUSTER et Buffalo Bill CODY. L’article de NICHOLS avait servi de fondation Ă  la fois pour l’élaboration et le dĂ©nigrement. En Juillet 1867 et comme HICKOCK se faisait rattraper par la littĂ©rature populaire de bas niveau, on publia « Wild Bill, the Indian Slayer Â», Wild Bill, le Tueur d’Indiens, dans les « Ten Cent Romances Â», les Romances Ă  Dix Centimes, de De WITT. L’illustration de la couverture de ce rĂ©cit, qui Ă©tait piratĂ© de l’article du Harper’s, montrait inexplicablement Wild Bill en train d’anĂ©antir le gang des « M’Kandlas Â», plutĂ´t que des Indiens. Un peu plus tard, De WITT publia « Wild Bill’s First Trail Â», la Première Piste de Wild Bill, une descente encore plus profonde dans la fosse d’aisance littĂ©raire des histoires Ă  dix sous. Malheureusement, la vĂ©ritĂ© sur HICKOCK n’a pas Ă©tĂ© très bien servie non plus par des Ă©crivains plus sĂ©rieux. Mari SANDOZ Ă©tait peut-ĂŞtre la plus grande artiste qui Ă©crivĂ®t sur l’ouest AmĂ©ricain, et l’une des rares personnes de race Blanche qui comprenaient bien l’esprit des Indiens. Pourtant, Madame SANDOZ n’aimait pas beaucoup Wild Bill HICKOCK. Dans « Le Chasseur de Bisons Â», elle l’accusait, en se basant uniquement sur des on-dit, d’avoir assassinĂ© le chef Sioux WHISTLER, le Siffleur.

William Elsey CONELLY, le premier biographe sĂ©rieux de Wild Bill, Ă©tait de ceux qui n’ont pas peur de dĂ©former les faits dans l’autre sens pour insĂ©rer son hĂ©ros Ă  une Ă©poque et un lieu convenant plus Ă  l’histoire qu’il Ă©crivait. CONNELLY n’avait pas peur non plus de publier comme vĂ©ritables, et sans les vĂ©rifier, des anecdotes qu’il rĂ©coltait auprès des hommes de la frontière prĂ©tendant avoir connu HICKOCK. Le livre « Wild Bill HICKOCK de Richard O’CONNOR, publiĂ© en 1950, avait mit les biographes Ă  l’œuvre mais reprenait un certain de nombre de mythes lui aussi, y compris la lĂ©gende disant que HICKOCK avait guidĂ© le SĂ©nateur Henry WILSON dans un tour sur l’Ouest en 1869. O’CONNOR acceptait lui aussi l’assertion que le combat de HICKOCK avec les cavalier de la 7ème. en 1870 avait Ă©tĂ© commanditĂ©e par le Capitaine Thomas CUSTER, le frère de « cheveux longs Â» CUSTER et qui allait mourir avec lui Ă  Little Big Horn, qui aurait utilisĂ© ses hommes pour assouvir une rancune personnelle qu’il aurait eu avec Wild Bill. S’il y avait eu la moindre raison valable pour Tom CUSTER d’entretenir quelque animositĂ© contre HICKOCK, il n’en existe pas la moindre trace historique. Il est Ă©galement improbable que CUSTER, qui avait reçu deux fois la MĂ©daille d’Honneur pendant la Guerre Civile, ait hĂ©sitĂ© Ă  rĂ©gler lui-mĂŞme l’affaire avec Wild Bill s’il eĂ»t senti qu’il avait des raisons de le faire, encore qu’il y ait un doute considĂ©rable, dans l’esprit de cet auteur, qu’il eĂ»t survĂ©cu Ă  une telle rencontre. Quatre vingt huit annĂ©es passèrent entre le moment oĂą le corps de James Butler HICKOCK gisait sur le plancher sale du saloon Number 10 et une biographie prĂ©cise et dĂ©finitive. Il est intĂ©ressant de noter qu’elle fut Ă©crite par un Anglais, Joseph G. ROSA. Le portrait du meilleur tireur de la frontière, They Called Him Wild BillOn l’appelait Wild Bill, fut brossĂ© par ROSA avec le talent mĂ©ticuleux d’un recherche sĂ©rieuse, et d’une bonne connaissance des armes du XIXème. siècle. Il ne semble pas que quelqu’un d’autre fera un jour une meilleure Ă©tude de HICKOCK. ROSA n’a pas seulement fait exploser les vieux mythes et recherchĂ© des faits nouveaux, mais sa connaissance des armes lui a permis de faire des hypothèses sur les armes Ă  feu que Wild Bill a probablement utilisĂ©es, tout comme sur son habiletĂ© Ă  les utiliser. Bien que les Ă©lĂ©ments de preuve disponibles indiquent que HICKOCK pĂ»t avoir choisi, Ă  la dernière annĂ©e de sa vie, des revolvers Ă  cartouches mĂ©talliques, dont des conversions en .38 Colt Ă  partir de revolvers Ă  percussion, il y a peu de doute que tous ses exploits au tir ont Ă©tĂ© accomplis avec des revolvers utilisant des capsules et des balles rondes, très probablement des colt Modèles 1851 Navy. La carrière de gunfighter, celui qui se bat avec des armes Ă  feu, de Wild Bill commença en 1861 et dura jusqu’en 1871, quand il rangea ses revolvers. Il est certain que HICKOCK n’utilisa jamais au combat le fameux Colt « Peacemaker Â», mis sur la marchĂ© en 1873, et il est probable qu’il n’en possĂ©da pas un de sa vie. De ses propres aveux Ă  NICHOLS, Wild Bill tira sur Mc. CANLES avec un « Hawkins Â» Ă  Rock Creek. Les fameux fusils « Hawken Â» fabriquĂ©s par les frères Jake et Sam HAWKEN Ă  St. Louis Ă©taient des armes de gros calibre, en moyenne du .53, solidement faites, au fĂ»t demi-long, et populaires parmi les hommes des montagnes et les autres hommes de l’Ouest avant la Guerre Civile. Le terme Hawken, très souvent mal utilisĂ© et dit Hawkin ou Hawkins, devint, Ă  l’époque et encore aujourd’hui, un terme gĂ©nĂ©rique pour tous les fusils Ă  demi-fĂ»t en gros calibre. On utilisa une photographie de l’un de ces fusils gĂ©nĂ©riques « Hawkins Â», provenant de la collection du Nebraska Historical Society, pour illustrer un rĂ©cent article sur HICKOCK, et on y dit que c’était l’arme qui tua Mc. CANLES. Il n’y a cependant pas d’autre indication sur la provenance du fusil. Bien que Mc. CANLES fut tuĂ© par une arme d’épaule, la cĂ©lĂ©britĂ© de Wild Bill provient de son habiletĂ© Ă  l’arme de poing. Il raconta Ă  NICHOLS qu’il avait utilisĂ© un Colt Navy en calibre .36 Ă  Rock Creek, après avoir posĂ© son fusil. Le Colt Navy Ă©tait une arme extrĂŞmement populaire sur la frontière, et on la considĂ©rait comme suffisamment puissante pour l’auto-dĂ©fense, tout en Ă©tant assez lĂ©gère pour qu’on pĂ»t la porter dans un Ă©tui Ă  la ceinture. Ce fut la première arme pratique Ă  combiner ces deux qualitĂ©s. HICKOCK portait une paire de ces revolvers, d’abord dans des Ă©tuis et plus tard simplement passĂ©s dans une large ceinture qu’il passait autour de ses reins. Les crosses de ses revolvers Ă©taient dirigĂ©es vers l’avant, permettant de les saisir d’une main ou de l’autre, une particularitĂ© qui lui sauva apparemment la vie lorsqu’il se battit avec les deux soldats du 7ème. Cavalry. Wild Bill parvint Ă  dĂ©gager sa main gauche et put tirer sur les deux hommes. Bien qu’il semble qu’il fĂ»t un peu ambidextre, HICKOCK portait deux revolvers, tout comme beaucoup d’hommes armĂ©s Ă  l’époque de la percussion, de façon Ă  disposer de douze coups sans recharger, une opĂ©ration qui prenait du temps mĂŞme si on avait des barillets sĂ©parĂ©s, dĂ©jĂ  chargĂ©s. On dit que, lorsqu’il fut Marshall Ă  Abilene, HICKOCK Ă©tait un vĂ©ritable arsenal ambulant, portant en plus de ses revolvers, deux Deringers Williamson Ă  un coup et un fusil de chasse double Ă  canon sciĂ©.

Wil Bill aimait les crosses en ivoire sur ses revolvers, une prĂ©fĂ©rence qu’il partagea au vingtième siècle avec l’expert en revolvers Elmer KETIH. Bien que l’ivoire, Ă  cause de son prix, soit rarement vue sur des armes modernes, il n’y a rien qui puisse Ă©galer cette sensation mĂ©langĂ©e de douceur et de soliditĂ© dans la prise en main d’un revolver Ă  simple action. Les crosses en ivoire contribuent aux qualitĂ©s de tir d’un revolver, et elles ne sont pas de la simple cosmĂ©tique comme celles en nacre, qu’un autre amateur de crosses en ivoire, le GĂ©nĂ©ral PATTON, disait qu’elles Ă©taient juste pour les « maquereaux Â». On connaĂ®t un revolver Colt Navy aux crosses en ivoire, gravĂ© « J.B. Hickock 1869 Â» sur le haut de la carcasse, qui est censĂ© avoir survĂ©cu Ă  HICKOCK. On a dit que ce revolver, tout comme son pendant qui manque d’ailleurs, furent offerts Ă  Wild Bill par le SĂ©nateur WILSON en 1869 et, selon le biographe O’CONNOR, furent Â« â€¦les armes aux poignĂ©es blanches qu’il porta jusqu’à la fin de ses jours. Â» Il semble que le fait soit inconnu de O’CONNOR, mais HICKOCK portait des « armes aux poignĂ©es blanches Â» avant 1869, et ROSA dit qu’il ne rencontra jamais WILSON. Le cĂ©lèbre photographe de la Guerre Civile Alexander GARDNER, prit une photo d’un groupe d’hommes Ă  Fort Harker, Kansas, en Septembre 1867. L’examen de ce clichĂ© montre clairement le Deputy Marshall HICKOCK portant une paire de revolvers aux crosses en ivoire, enfoncĂ©s dans leur Ă©tui et crosses pointant vers l’avant. O’CONNOR fut responsable d’avoir racontĂ© plusieurs histoires fantaisistes sur les armes de HICKOCK. Il Ă©crivit que Wild Bill Â« â€¦prĂ©fĂ©rait le Colt .44 Ă  double action. Â» C’est lĂ  une affirmation intĂ©ressante, tout spĂ©cialement si on considère que Colt ne produisit pas de revolver Ă  double action en .44 avant 1878, deux ans après la mort de HICKOCK. Par contre, il y a un revolver Ă  double action Belge, une copie du Beaumont-Adams Anglais en .45, dans la collection de la SociĂ©tĂ© Historique l’Etat du Kansas. Cette arme fut offerte Ă  la sociĂ©tĂ© comme une pièce ayant appartenu Ă  HICKOCK, mais il n’existe pas de document qui puisse le certifier. L’histoire que O’CONNOR tire peut-ĂŞtre le plus par les cheveux, et avec le Wild Bill, il y avait de quoi vu la longueur de sa chevelure, concerne une arme qu’il dĂ©crit simplement comme Â« un Colt portant le numĂ©ro de sĂ©rie 139345 Â», qu’un homme du nom de Fred SUTTON aurait achetĂ© Ă  Pat GARETT. Selon SUTTON, l’arme aurait Ă©tĂ© donnĂ©e Ă  GARETT par la sĹ“ur de HICKOCK, Lydia, une histoire pour laquelle il n’y a pas la moindre preuve. On dit que GARETT utilisa l’arme pour tuer Billy le Kid en 1881. Si l’arme avait Ă©tĂ© un Colt Navy, le numĂ©ro de sĂ©rie l’aurait placĂ© dans la production de 1864. Cependant, il est extrĂŞmement peu probable que GARETT ait fait face Ă  Billy le Kid avec un revolver obsolescent alors que l’usage de revolvers Ă  cartouches mĂ©talliques Ă©tait universel au soin des tireurs sĂ©rieux. Et s’il s’était agi d’un Colt Single Action Army, le numĂ©ro de sĂ©rie l’aurait datĂ© de 1892, ce qui se passe de commentaires. On peut penser que HICKOCK utilisa d’autres revolvers que des Colt Navy. On l’a vu faire une dĂ©monstration de tir au dĂ©but des annĂ©es 1870 pendant qu’il voyageait avec CODY, oĂą ses revolvers Ă©taient des Colt et Remington en .44. Il pouvait s’agir de revolvers Ă  percussion, des Colt 1860 et Remington 1863, ou bien les mĂŞmes armes converties aux cartouches mĂ©talliques. Les deux grands fabricants convertissaient leurs armes Ă  percussion aux cartouches Ă  cette Ă©poque, et Colt mit son premier revolver Ă  cartouche mĂ©tallique sur le marchĂ© en 1871. Un certain nombre d’armuriers privĂ©s rĂ©pondaient Ă©galement Ă  la demande du public et convertissaient des armes Ă  percussion dans leur propre atelier. C’est donc que les armes de ce type Ă©taient relativement communes. Il faut noter toutefois que Charles GROSS, qui connut HICKOCK Ă  Abilene, disait, en parlant des cartouches mĂ©talliques, que Â« Bill ne voulait pas les utiliser Â». En 1960, ROSA, qui prĂ©parait son manuscrit sur HICKOCK, correspondit avec le père du tir moderne de combat amĂ©ricain, Jeff COOPER, au sujet des possibilitĂ©s de prĂ©cision des revolvers Ă  capsules et Ă  balles. COOPER, que HICKOCK intĂ©ressait en tant que pionnier du « tir pratique Â», fit faire une sĂ©rie de tests au stand du Eaton Canyon Muzzle Loader’s Association, l’Association des Arquebusiers d’Eaton Canyon, Ă  Pasadena, Californie, et en publia les rĂ©sultats dans le numĂ©ro de Mars 1960 du magazine Guns & Ammo. COPPER se fit assister par une Ă©quipe de tireurs du club d’Eaton Canyon, qui apportèrent leurs propres armes. Nom de Dieu, çà, ça devait ĂŞtre bien ! Chez nous en France, les gens qui tirent Ă  la poudre noire sont considĂ©rĂ©s comme des rigolos par les tireurs classiques, faut dire qu’il y a beaucoup de rigolos, et chez les Arquebusiers, on se prend la tĂŞte avec des histoires de points…Toutes ces armes Ă©taient des originales en excellent Ă©tat de tir, et comprenaient une paire de Colt Navy 1851 en .36, une paire de Colt Army 1860 en .44 et un Remington Army en .44. Chaque revolver fut chargĂ© avec des balles rondes sur 25 grains de FFg dans les calibres .36 et 35 grains du mĂŞme carburant dans les .44.

Ces charges se rapprochaient des charges rĂ©glementaires des annĂ©es 1860. En reprenant une liste d’exploits attribuĂ©s Ă  HICKOCK et fournie par ROSA, l’équipe de COOPER dissipa des annĂ©es de foutaises imposĂ©es au public par des gĂ©nĂ©rations d’écrivains naĂŻfs ou dupes, et qui n’avaient pas la moindre notion de ce que c’est que le tir. COOPER dĂ©montra que des histoires aussi invraisemblables que celle qui est racontĂ©e par NICHOLS, oĂą HICKOCK aurait mis Â« six balles dans un cercle qui n’était pas plus grand qu’un cĹ“ur humain Â» Ă  cinquante yards Â« sans viser avec ses yeux Â», Ă©taient pratiquement Â« impossibles Ă  rĂ©aliser compte tenu des circonstances Â»Ca, c’est sĂ»r ! Quand on a des tireurs sportifs qui font des 100 sur 100 Ă  vingt cinq mètres en Mariette ou en Colt lors des concours, ce sont de sacrĂ©s champions. Et encore, un 100, c’est exceptionnel. Au Mariette, je n’en ai jamais vu faire de mes yeux, mais je sais que ça existe puisqu’on en voit de temps en temps sur les palmarès. GĂ©nĂ©ralement, on trouve plutĂ´t des 97 ou des 98. Et lĂ , c’est Ă  bras franc, dans le calme, et surtout en visant. Et cinquante yards, ça fait un peu moins de quarante six mètres, pas vingt cinq. Quand on connaĂ®t les faibles qualitĂ©s balistiques de la boule de plomb, on peut commencer Ă  rĂ©flĂ©chir sur la prĂ©cision Ă  une telle distance. Un 100 Ă  vingt cinq mètres reprĂ©sente dix coups dans un cercle de six Ă  sept centimètres, et tout ce qui est entre 90 et 100 veut dire qu’il y a des 9, c’est-Ă -dire une zone qui est un tout peu plus grande qu’un cĹ“ur humain. Alors, six coups dans le 9 Ă  quarante cinq mètres sans viser et dans le stress du combat, moi, je voudrais bien le voir ! De tous les tĂ©moignages sur les prouesses de Wild Bill au tir, le plus crĂ©dible est celui de Robert A. KANE, qui Ă©crivit deux articles au dĂ©but du vingtième siècle en donnant des dĂ©tails sur un spectacle qu’il avait vu au dĂ©but des annĂ©es 1870. Tous les tours d’adresse que relata KANE, y compris toucher des briques de la hanche Ă  quinze yards et faire rouler une boĂ®te de conserve de quatre quarts en tirant de chaque main Ă  dix yards, sont possibles et peuvent ĂŞtre rĂ©alisĂ©s par un tireur bien entraĂ®nĂ© au revolver. Aussi important que fut l’article de COOPER, il passa inaperçu des auteurs de scĂ©narios, Ă  une Ă©poque oĂą les Ă©crans de tĂ©lĂ©vision Ă©taient inondĂ©s de westerns. L’auteur se rappelle encore clairement Huge O’BRIEN, incarnant un Wyatt EARP tout propre et rasĂ© de près, disant Ă  l’un de ses compagnons qu’il Ă©tait capable de « caresser Â» le crâne d’un homme Ă  cinquante bons yards avec son Buntline Special, une arme totalement mythique. Ah, oui ! Le Buntline. Ce truc au canon dĂ©mesurĂ©ment long, attribuĂ© Ă  un certain Ned BUNTLINE qu’on ne connaĂ®t pas autrement comme armurier, peut-ĂŞtre Ă©tait-ce un propriĂ©taire, un Ă©crivain ou un metteur en scène de la Belle Epoque, et avec lequel cela doit ĂŞtre pratiquement impossible de tirer correctement d’une main ou autrement qu’avec une crosse rajoutĂ©e. D’autant plus que les traces les plus anciennes qu’on ait d’un Buntline datent de Janvier 1881 sous la forme d’une simple lettre, pas une arme, et que tous les Colt Buntline connus portent des numĂ©ros de sĂ©rie qui les datent de 1907 pour les plus vieux. De tels portraits irrĂ©alistes d’hommes et sur la prĂ©cision de leurs armes, combinĂ©s avec le mythe du « fast draw Â», l’histoire oĂą c’est Ă  celui qui dĂ©gainera le plus vite, un autre mythe issu tout droit de Hollywood, ont donnĂ© une fausse impression de l’Ouest amĂ©ricain Ă  toute une gĂ©nĂ©ration, sinon plus. La confrontation classique de deux adversaires dans la rue d’une ville de l’Ouest fut le produit de l’imagination de scĂ©naristes de Brooklyn. Je lis bien Brooklyn, et pas Hollywood. Or, Brooklyn, c’est Ă  New York sur la cĂ´te Atlantique, et Hollywood c’est Ă  Los Angeles, de l’autre cĂ´tĂ© du continent, sur la cĂ´te Pacifique. L’auteur amĂ©ricain se serait-il trompĂ©, ou alors ma culture cinĂ©matographique serait si pauvre que çà ? Peut-ĂŞtre que les scĂ©narii de l’époque s’écrivaient dans les mansardes des quartiers pauvres et qu’on allait ensuite les jouer sous le soleil de la Californie, pour oublier la tuberculose et les bagarres de rues entre  juifs, Italiens, Irlandais et nègres ? Mais le combat de HICKOCK contre TUTT dans le parc peut très bien avoir donnĂ© naissance Ă  ce mythe. Jeff COOPER nota qu’aucune personne contemporaine de HICKOCK n’avait jamais dĂ©crit quoi que ce soit sur sa manière de dĂ©gainer rapidement, Ă  part le fait qu’il Ă©tait « vite Â». La conclusion de COOPER Ă©tait qu’un bon tireur de l’Ouest au XIXème. siècle avait besoin d’être assez rapide Ă  mettre son arme en action, il devait savoir s’en servir avec prĂ©cision et il devait ĂŞtre animĂ© Ă  la fois de la grâce sous pression et d’une disposition Ă  tuer son adversaire sur-le-champ. Si c’est Jeff COOPER qui dit çà, c’est obligatoirement vrai. Le mec a servi dans l’armĂ©e pendant plusieurs guerres et avec les Forces SpĂ©ciales.Dans le mĂ©tier de tireur, la vitesse de l’éclair et mĂŞme la prĂ©cision du tir ne suffisent pas. Celui qui hĂ©site Ă  l’idĂ©e de tuer un autre ĂŞtre humain est perdu. Au cours de ses rencontres au face Ă  face, James Butler HICKOCK n’a jamais hĂ©sitĂ©. Il Ă©tait vraiment le « Prince des Pistoleros Â». Et un tueur.

Règlement et procédures pour le tir aux canons se chargeant par la bouche

Selon le Muzzleloading Artilleryman

3, Church Street – P.O. box 550 – Winchester, Massachussets 01890

On n’a pas besoin des américains en France, on sait se servir tout seuls des armes tirant à la poudre noire, mais ce petit truc m’a bien amusé quand je l’ai lu. Ca sent la crainte du procès typiquement américain parce que l’artilleur amateur n’aura pas été raisonnable. Comme je ne suis pas un artilleur confirmé mais juste utilisateur occasionnel de petites répliques, les termes techniques pour les accessoires sont susceptibles de s’appeler autrement dans le jargon des spécialistes. Et de toutes façons, les pièces d’artillerie dont se servent les gens qui tirent avec, comme le Parrott 1864 au calibre de 3 pouces ( 76,2 Millimètres ) pour 10 livres et pesant 880 livres ( 399,17 kilos ), ou bien le Tredegar 1863 de 12 livres, ne sont pas courantes en France. Les vrais artilleurs à poudre noire pas vraiment non plus. Mais on ne sait jamais, c’est mieux que de mourir con.

GENERALITES

Les règles suivantes s’appliquent aux équipes d’artilleurs utilisant des pièces fabriquées, ou transformées, selon les standards de sécurité modernes. L’âme du canon doit être faite dans un acier non soudé, d’une épaisseur minimum de ¼ de pouce ( 6,35 millimètres ) et elle doit être capable de supporter une pression de 85 000 PsI
( soit l’équivalent de 38 556 kilos par pouce carré, ou 5 511,19 KGS par CM² ). La culasse doit être vissée et goupillée. Les culasses soudées et goupillées peuvent être d’une résistance égale, mais leur installation relève d’un travail de spécialiste et d’un fabricant compétent. Les âmes sablées ne sont pas recommandées pour le tir. La cheminée doit être usinée de manière à assurer un passage direct à travers la fonte et l’âme en acier.

ZONE DE SECURITE

Etablir une zone de sécurité de 50 pieds ( 15,24 mètres ) entre les spectateurs et le canon. Aucune personne n’est autorisée à se trouver devant la bouche du canon, et à aucun moment de la séance de tir. Seuls les équipiers ou du personnel dûment autorisé et habilité peuvent se trouver dans cette zone, entre le canon et la ligne de spectateurs.

EQUIPEMENT NECESSAIRE

Dix membres au minimum pour l’équipe. Le couvercle de la caisse à munitions ne doit pas s’ouvrir à un angle de plus de 80 degrés. Une brosse à cheminée ou accessoire de nettoyage. Une aiguille à cheminée. Un doigtier. D’épais gants de soudeur. Un sac de cuir à utiliser pour passer les munitions, et un autre sac de cuir pour le matériel d’amorçage. Un fouloir. Une éponge mouillée. Une éponge sèche. Un grattoir. Un seau d’eau. De la poudre d’amorçage. De la mèche ou de la cordelette. Un chronomètre.

PROCEDURE STANDARD A DIX ETAPES :

I ) LE NETTOYAGE DE LA CHEMINEE :

Nettoyer la cheminĂ©e en premier lieu avant tout nettoyage, chargement ou tir, en utilisant l’une des trois mĂ©thodes approuvĂ©es suivantes :

  1. Le gaz comprimé. Utiliser du gaz carbonique, de l’air ou tout autre gaz pour finir de brûler ou éteindre les points chauds. On peut également utiliser des extincteurs ou des bombes d’air comprimé disponibles dans le commerce.
  1. Un écouvillon en bronze de calibre .22, ou toute autre brosse de taille appropriée, vissé sur une tige qui s’adaptera à la cheminée.
  2. L’aiguillette d’amorçage est passée plusieurs fois dans la cheminée, en tournant pour gratter.

II ) LA FERMETURE DE LA CHEMINEE :

Fermer la cheminée en pressant dessus avec le doigt, pendant tout le temps que dure le nettoyage et le chargement de la pièce. C’est-à-dire depuis le moment où le grattoir entre dans la bouche jusqu’au moment où le fouloir ressort après avoir assis le projectile. Utiliser un doigtier en cuir ou d’épais gants en cuir pour protéger le pouce.

III ) LE GRATTAGE :

Utiliser un outil à deux pointes aiguës, reproduisant un grattoir à canon identique à ceux de l’époque. Passer le grattoir deux fois dans le canon, en lui faisant faire deux tours complets à chaque fois au fond de la culasse, pour enlever tous les restes de gargousse, de poudre et pour en raffiner les résidus. Le grattoir doit s’ajuster à l’âme du canon pour que ses pointes enlèvent les résidus facilement.

IV ) LE PASSAGE DE L’EPONGE MOUILLEE :

  1. Passer une éponge mouillée, mais pas trempée, ajustée au calibre, fixée avec un brin de laine sur un cylindre de bois au bout d’un manche qui devra dépasser au moins d’un pied ( 30,48 centimètres ) de la bouche du canon une fois au fond.
  2. Pousser l’éponge contre le fond de la culasse et faire tourner deux fois complètement. Retirer l’éponge à moitié, tourner une nouvelle fois, enfoncer à nouveau l’éponge et tourner à nouveau deux fois.
  3. Enlever l’éponge. Si des résidus de poudre imbrûlés ou de gargousse sont visibles sur l’éponge, répéter entièrement la procédure en commençant par la phase III, c’est-à-dire le grattage.

V ) LE PASSAGE DE L’EPONGE SECHE :

Après le passage de l’éponge mouillée, on suit la même procédure avec une éponge sèche qu’avec l’éponge mouillée. L’éponge sèche est lavée régulièrement et séchée avec un tissu absorbant. Le but de l’éponge sèche est d’enlever l’excès d’humidité dans le canon. S’il reste de l’eau dans le canon, la charge suivante peut laisser des résidus imbrûlés qui deviendront dangereux s’ils sont encore incandescents.

VI ) LA MISE EN PLACE DE LA CHARGE :

  1. La charge de poudre doit être préparée à l’avance. Voir Règle de Sécurité N° 2 plus loin pour la préparation des gargousses. Il ne faut pas introduire la charge de poudre dans le canon avant d’avoir laissé passer une période de trois minutes. Utiliser le chronomètre.
  2. N’ouvrir la caisse à munitions que le temps d’en sortir une gargousse. Il est interdit d’ouvrir la caisse à munitions pendant qu’un autre canon se prépare à tirer ou pendant qu’il tire, et aussi longtemps que celui-ci n’est pas déchargé.
  3. Transporter la gargousse avec la charge de poudre depuis la caisse à munitions, qui sera située à au moins 25 pieds ( 7,62 mètres) derrière le canon, dans un sac de transport en cuir. Placer la gargousse d’une main devant la bouche du canon, en portant les gants de soudeur ou d’ouvrier de fonderie.
  4. Utiliser un fouloir Ă  tĂŞte lĂ©gèrement conique de type « Mississipi Â», pour forcer la main Ă  rester ouverte en cas d’ignition prĂ©maturĂ©e.
  5. Le fouloir doit être marqué de deux repères. Le premier pour indiquer la longueur devant rester hors du canon une fois la charge en place, et l’autre pour indiquer celle qui doit rester une fois le projectile mis en place sur la charge, lorsqu’on tire avec un projectile et pas à blanc.
  6. En portant les gants épais de protection, se tenir sur le côté du canon en restant le plus possible derrière la bouche. Prendre le fouloir de l’autre main, paume vers le haut et pouce ouvert pour pouvoir le lâcher en cas d’ignition prématurée. Pousser la gargousse de l’extérieur dans le canon avec le fouloir, par coups souples et courts, mais francs, sans à-coups pour éviter de broyer les grains de poudre.
  7. Dès que l’on sent que la charge est au fond, retirer la main et le fouloir. Après cinq à dix secondes, on s’assure que la charge est bien au fond, en passant à nouveau le fouloir et en s’aidant des repères sur son manche. Le fouloir se tient d’une main, pouce ouvert. A aucun moment de l’opération, autrement que nécessaire, l’artilleur se tient autre part que sur le côté du canon, et jamais juste devant la bouche.

VII ) LA MISE EN PLACE DU PROJECTILE.

  1. La procédure de mise en place du projectile est identique à celle de la mise en place de la gargousse. Le fouloir est utilisé par coups légers, souples et courts, le pouce ouvert sur le côté, d’une main et paume vers le haut, jusqu’à ce que le repère sur le manche soit visible à sa place.
  2. Comme dans toutes les armes se chargeant par la bouche et pour éviter de faire éclater le canon, il est essentiel de s’assurer qu’il n’y a pas d’espace vide entre la charge de poudre et le projectile au moment où le coup part.
  3. Lorsque le fouloir est retiré, une fois le projectile en place, on peut dégager le pouce de la cheminée.

VIII ) LE PERCAGE DE LA GARGOUSSE :

  1. Pour s’assurer de l’ignition, percer la gargousse contenant la charge de poudre en utilisant une vrille fixée à un manche. La manipulation se fait avec les gants de soudeur.
  2. La vrille ne doit pas être trop longue jusqu’à atteindre le fond de la culasse une fois enfoncée jusqu’au bout, de façon à ne pas former d’espace vide sous la cheminée.

IX ) L’AMORCAGE :

  1. L’amorçage de la cheminée dépend du type d’ignition utilisé. Les amorçages typiques sont la mèche et la poudre d’amorçage, la fusée, le pétard, l’amorce à friction, le .22 à blanc et la capsule à percussion.
  2. Si on utilise de la poudre, l’amorçage s’effectue avec un récipient d’une contenance maximum équivalente au nécessaire pour remplir la cheminée de poudre en granulation FFFg ou FFFFg. L’accessoire d’amorçage à poudre doit avoir une poignée, de sorte que la main de l’artilleur ne se trouve jamais au-dessus de la cheminée lorsque la poudre est versée dedans. Une douille de .38 ou de .45 à laquelle un fil de cuivre torsadé aura été soudé donne de très bons résultats. L’amorçage ne se fera jamais depuis une poire à poudre ou une fiole.
  3. Si on utilise des fusĂ©es ou des pĂ©tards, les artilleurs doivent se rappeler que des rĂ©sidus incandescents peuvent retomber au sol après l’explosion depuis le conduit de cheminĂ©e après le dĂ©part du coup. Attention : la fusĂ©e est souvent source de ratĂ© ou de long feu, qui sont susceptibles de pousser les spectateurs, les enfants, les photographes, ou les animaux de compagnie, Ă  avancer en dehors de la zone de sĂ©curitĂ©.
  4. Les amorçages à friction, les capsules à percussion et les cartouches de .22 à blanc, peuvent aussi former des débris incandescents. Tous les artilleurs de l’équipe doivent porter une protection sur la tête, comme toute sorte de chapeau ou de casquette, et les spectateurs doivent rester à distance de sécurité.

X ) LE TIR :

  1. L’artilleur chargĂ© de faire partir le coup Ă©tait l’homme N° 4 Ă  l’époque de la Guerre de SĂ©cession. Cet homme doit crier Ă  voix haute et distincte Â« PrĂŞt Ă  faire feu ! » ( « Ready to Fire Â» ), pour avertir les autres que le canon est sur le point de tirer et le chef de pièce que l’amorçage est en place. A ce cri, toutes les caisses Ă  munitions doivent immĂ©diatement ĂŞtre fermĂ©es. Le chef de pièce fait une dernière inspection rapide de l’espace en aval du canon pour s’assurer que personne, photographes, enfants, animaux de compagnie, etc…, n’est en danger et commande« Feu ! Â» ( « Fire ! Â» ). On met alors le feu Ă  l’amorce.
  2. La poudre d’amorçage, la fusée et le pétard sont allumés avec une mèche qui est suffisamment longue pour permettre aux canonniers de rester à l’extérieur des roues. La mèche est fabriquée dans une cordelette en coton imprégnée de nitrate de potassium ou d’acétate de plomb pour lui permettre de mieux brûler en se consumant plus lentement.
  3. Si on utilise une cordelette que l’on tire pour faire partir un amorçage à friction ou pour activer une platine à percussion ou des cartouches à blanc, elle devra être assez longue pour permettre aux canonniers de rester à l’extérieur des roues et de la zone du recul.
  4. Démarrer le chronomètre juste après le départ, pour s’assurer que les trois minutes de sécurité soient bien passées avant de recharger.

RATES

Si l’amorce brĂ»le mais le coup ne part pas :

  1. Commander Â« N’avancez pas, il y a ratĂ© Â» ( « Do not advance, the primer has failed Â» ). DĂ©marrer le chronomètre si ce n’est pas encore fait. Attendre trois minutes.
  2. Quand les trois minutes sont passées, s’approcher du canon par l’avant de façon à être à l’abri du recul en cas de long-feu. Se mettre à l’intérieur de la roue en prenant garde à ne pas passer devant la bouche, et travailler en avant de l’essieu. En portant les gants, nettoyer le cheminée avec la vrille, qui ne sera tenue que par le manche. Garder la tête à l’écart de la cheminée.
  3. Lorsque la cheminée est nettoyée, ré-amorcer et recommencer toute la procédure de tir avec tous ses commandements.

Si le canon ne tire toujours pas ou bout de trois essais, chasser la charge de poudre et le projectile avec l’extincteur à CO2, en le faisant fonctionner depuis la cheminée et en les poussant ainsi dehors.

HUIT REGLES DE BASE POUR LA SECURITE

  1. La charge de poudre ne doit pas dépasser 2 onces ( 56,70 grammes ) de poudre en granulation Fg, ou 3 onces de FFA, par pouce de calibre en diamètre.
  2. PrĂ©parer les gargousses Ă  l’avance. Utiliser un sac en plastique dont l’ouverture sera entortillĂ©e et fermĂ©e par un petit nĹ“ud. Fermer le nĹ“ud de façon Ă  ce qu’il reste plein d’espace Ă  l’intĂ©rieur du sac, mais que l’air retenu ne forme pas un ballon. Couper la partie de plastique qui dĂ©passe du nĹ“ud. Envelopper ce sac dans une double couche de feuille d’aluminium. Veiller Ă  ne pas faire Ă©clater le sac. Le sac empĂŞche les granulĂ©s de poudre d’être retenus dans les plis de l’aluminium. L’aluminium utilisĂ© seul laissera souvent des imbrĂ»lĂ©s, que l’on retrouvera dans le canon au moment du grattage. Note : La loi de l’état du Massachusetts obligeaient il y a quelques annĂ©es Ă  utiliser des gargousses qui se consumaient entièrement. Ces lois permettent aujourd’hui d’utiliser l’aluminium. Seules des Ă©quipes de canonniers parfaitement expĂ©rimentĂ©s pourront utiliser des gargousses de sacs en plastique non recouverts de feuille d’aluminium.
  1. Tous les membres de l’équipe de canonniers devront porter une protection des oreilles.
  2. Personne ne doit passer devant la bouche du canon lors de toute la durée des opérations de nettoyage, de chargement et de tir.
  3. La caisse à munitions doit être surveillée à tout moment, ou maintenue fermée. L’intérieur de cette caisse aura été auparavant tapissé d’un matériau ne faisant pas d’étincelles et non sensible à l’électricité statique, comme du bois, du cuivre, du plomb, ou autre, et la caisse elle-même doit être solide, construite dans du bois ou du métal.
  4. Il est interdit de fumer sur tout le pas de tir.
  5. Il est interdit de consommer des boissons alcoolisĂ©es sur tout le pas de tir. Tout artilleur qui montre des signes d’ébriĂ©tĂ© ou les effets d’une autre drogue, doit immĂ©diatement ĂŞtre remplacĂ©.
  6. Les projectiles doivent être fabriqués de manière à passer facilement dans un gabarit au calibre, avec la seule poussée du doigt. La longueur du gabarit au calibre est d’au moins 1,5 fois celle du projectile et son diamètre ne peut dépasser celui de l’intérieur du canon lorsqu’il était neuf.

IL FAUT TOUJOURS LAISSER PASSER TROIS MINUTES ENTRE LE COUP DE FEU ET LA MISE EN PLACE DE LA NOUVELLE CHARGE !

Ce règlement a été élaboré par le magazine The Muzzleloading Artilleryman en 1980 et 1983, écrit et édité par les membres du North-South Skirmish Association en les personnes de Matthew C. SWITLIK, Commandant de la batterie Clark, Bernard KURDT, Commandant du 120ème. Volunteers et Officier de Sécurité des Union and Confederate Volunteers, ainsi que C. Peter JORGENSEN, Artilleur.

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Le bon vieux Springfield 1842

LE BON VIEUX SPRINGFIELD 1842

Traduction d’un article de W. AUSTERMAN paru dans D.G.W. Blackpowder Annual 1986

Demandez Ă  tout groupe de collectionneurs d’armes ou d’historiens quelle fut l’arme qui exerça le plus d’influence sur le cours de la Guerre Civile, et la grande majoritĂ© citera sans aucun doute la carabine Spencer Ă  cause de sa fameuse puissance de feu et son rĂ´le important lors des victoires dĂ©cisives de l’Union comme Gettysburg et Nashville. Quelques-uns uns de ceux qui rĂ©flĂ©chiront un peu plus, ou ceux qui voudront installer la polĂ©mique, ne seront pas d’accord et dĂ©signeront le fatidique petit Deringer de gros calibre de John Wilkes BOOTH comme l’arme qui dĂ©cida de l’issue finale du triomphe de l’Union sur le Sud. Mais on peut Ă©galement avancer qu’il serait mieux de discuter sur une arme conçue pour un conflit plus ancien, dĂ©passĂ©e bien avant les premiers coups de feu qui ont saluĂ© l’aube sur Fort Sumter. Le mousquet Springfield Modèle 1842 n’a sĂ»rement pas tirĂ© les coups de feu qui eurent le plus d’influence dans la bataille. Mais si ces coups n’ont pas dĂ©cidĂ© de l’issue du conflit, il n’y a pas de doute qu’il y ont Ă©tĂ© pour quelque chose sur le long chemin d’agonie que les deux camps suivirent jusqu’à Appomattox. Ce ne fut qu’une autre de ces ironies du sort impliquĂ©es dans une guerre voyant pour la première fois une utilisation intensive de canons rayĂ©s dans l’artillerie et les armes lĂ©gères, de mitrailleuses et d’armes Ă  rĂ©pĂ©tition se chargeant par la culasse, qu’un mousquet Ă  canon lisse ait eu autant d’impact sur le cours de Ă©vènements.

Entre 1843 et 1855, on produisit quelques 275 000 de ces armes Ă  percussion en calibre .69 aux arsenaux de Harper’s Ferry et de Springfield. Une arme d’épaule pour le moins encombrante avec son poids de neuf livres et mesurant presque cinquante huit pouces de long, le modèle 1842 fut la première arme Ă  percussion, et la dernière Ă  canon lisse, produite pour les rĂ©giments d’infanterie de l’U.S. Army. Le modèle 1842 connut le service pendant la Guerre du Mexique, dotant les troupes rĂ©gulières, bien que beaucoup de rĂ©giments de volontaires eussent du se contenter des mousquets Ă  silex du modèle plus ancien. Comme le remarque le Lieutenant Ulysses S. GRANT : Â« L’infanterie sous les ordres du GĂ©nĂ©ral TAYLOR Ă©tait armĂ©e de mousquets Ă  silex et de cartouches en papier chargĂ©es de poudre et de balles ou de chevrotines. A la distance de quelques centaines de yards, un homme pouvait vous tirer dessus toute la journĂ©e sans que vous vous en rendiez compte. Â» L’arme Ă  percussion dĂ©trĂ´na vite le « culbuteur de citrouilles Â» Ă  silex Ă  la fin de la guerre, et le modèle 1842 rendit encore indiffĂ©remment des annĂ©es de service sur la frontière Ă  l’Ouest. Dans une compagnie d’infanterie moyenne, un coup sur six pouvait toucher une cible de la taille d’un homme Ă  cent yards sur le stand Ă  l’entraĂ®nement. En Juillet 1855, le SecrĂ©taire Ă  la DĂ©fense Jefferson DAVIS reconnut l’obsolescence du mousquet et ordonna que l’on fabriquât et distribuât une nouvelle gĂ©nĂ©ration de fusils Ă  canon rayĂ© utilisant la balle conique Minie. Les rĂ©giments de ligne furent enfin Ă©quipĂ©s d’une arme possĂ©dant une vĂ©ritable prĂ©cision Ă  longue distance.

Dans toute la nation, les vieilles armes furent gardĂ©es en stocks de rĂ©serve, Ă  la fois dans les armureries fĂ©dĂ©rales et dans celles d’état. Lorsque Ă©clata la Guerre Civile en Avril 1861, environ 213 000 fusils Modèle 1842 se trouvaient encore sur les râteliers entre le Massachusetts et la Californie. Ce furent les armes longues les plus facilement disponibles lorsque l’on se mit Ă  se tirer dessus de part et d’autre, et dans les premiers mois frĂ©nĂ©tiques de la guerre, les recrues s’estimaient chanceux si on leur attribuait l’un de ces « canon lisse Ă  percussion Â», en comparaison avec les anciens fusils Ă  silex qui Ă©taient Ă©galement distribuĂ©s. Le Nord jouissait d’une supĂ©rioritĂ© Ă©crasante sur le Sud en matière de capacitĂ© industrielle, mais cela allait prendre du temps avant de pouvoir le sentir. Au printemps de 1861, beaucoup de rĂ©giments de l’Union portaient le Modèle 1842 Ă  l’épaule. Parmi eux, on cite des unitĂ©s comme le 3ème. Connecticut, le 9ème. Massachusetts, le 8ème. et le 41ème. New York, et le 4ème. Volontaires d’Infanterie du Michigan. Jusqu’en Juillet 1863, le 12ème. New Jersey fit face aux charges de PICKETT Ă  Gettysburg avec ses Modèles 1842, et tira des volĂ©es foudroyantes de balles et de chevrotines dans les rangs des gris avec des effets significatifs. La situation Ă©tait pratiquement la mĂŞme du cĂ´tĂ© de la ConfĂ©dĂ©ration. Au printemps de 1861, les armureries du Sud comptaient un total de 78 931 Modèles 1842. Sur ce nombre, 1557 ont Ă©tĂ© comptabilisĂ©s comme rayĂ©s et Ă©quipĂ©s d’une hausse rĂ©glable vers 1850.

La grande majoritĂ© des armes d’épaule tirait donc un projectile sphĂ©rique de 414 grains dans un canon lisse, avec une charge de 130 grains de poudre noire. La gigantesque balle faisait de la lumière dans tout ce qu’elle touchait, si elle touchait quelque chose aux distances de combat… En plus des mousquets de Springfield et de Harper’s Ferry, les Rebelles disposaient aussi de versions de l’arme fabriquĂ©es localement. Entre 1852 et 1853, pendant une pĂ©riode oĂą les relations entre l’état et le gouvernement national commençaient dĂ©jĂ  Ă  s’envenimer, l’armurerie Palmetto de Columbia, en Caroline du Sud, produisit 6000 copies du Modèle 1842, très proches de l’original. MalgrĂ© l’importation d’une grande quantitĂ© d’armes depuis l’Europe, et la rĂ©cupĂ©ration de milliers d’autres sur les champs de bataille, la ConfĂ©dĂ©ration continua Ă  doter le Modèle 1842 comme arme d’ordonnance standard. Au fur et Ă  mesure que le temps passait, les Sudistes se rendirent de plus en plus compte qu’ils Ă©taient en dĂ©savantage lorsqu’ils Ă©taient confrontĂ©s aux troupes de l’Union.

Avec Ă  sa tĂŞte le GĂ©nĂ©ral Josiah GORGAS, le DĂ©partement de l’Equipement Militaire de la ConfĂ©dĂ©ration du Sud, le C.S. Ordnance Department, plein d’imagination et de ressources, prit note du problème et essaya de trouver un remède Ă  l’imprĂ©cision du canon lisse. Le Lieutenant-Colonel William LeRoy BROUN, commandant l’arsenal de Richmond Ă  partir de 1863, relate comment les penseurs de l’administration conclurent qu’il serait plus facile de changer le type de munition en dotation, que de rappeler tous les canons lisses et les faire rayer. Â« L’idĂ©e Ă©tait de tirer un projectile allongĂ© composite, fait de plomb et de bois dur, ou de papier-mâchĂ©, avec une tĂŞte en forme de fer de lance et un corps de plomb Â» se rappela BROUN plus tard. Â«  Le corps serait contenu dans un sabot creux en bois ou en papier-mâchĂ©. Â» La nouvelle balle Ă©tait conçue sur de solides bases thĂ©oriques. Â« Au dĂ©part du coup, le matĂ©riau plus lĂ©ger, se dĂ©plaçant plus vite, ferait ressortir la tĂŞte pointue et Ă©liminerait ainsi la traĂ®nĂ©e Â» prĂ©tendait BROUN Â« et le vol de la trajectoire serait le mĂŞme que celui d’une flèche, sans basculer sur le plus petit axe, comme si le centre d’inertie du projectile Ă©tait en avant du centre de rĂ©sistance Ă  l’air. En tous cas, c’était la thĂ©orie du projectile composite conçu pour le vieux mousquet Ă  canon lisse. Â» Ben mon vieux, çà c’est fort. Je connais le centre de gravitĂ©, mais le centre de rĂ©sistance de l’air… Boum, et le petit bout pointu sort de son prĂ©puce, comme sur une bite de chien. Je croyais que des hydrocĂ©phales, il n’y en avait qu’en France, mais je vois qu’il y en avait aussi Ă  l’époque chez ces braves Sudistes ! On Ă©labore une thĂ©orie tellement fantaisiste et tirĂ©e par les cheveux compte tenu d’une Ă©poque oĂą l’aĂ©rodynamique n’était mĂŞme pas encore une science comme elle l’est aujourd’hui, sans parler des complications induites pour la fabrication massive de ces nouvelles balles qui auraient du voler, que les sous-idiots d’en face n’y comprendront rien, et le soldat moyen n’aura qu’à Ă©couter aveuglĂ©ment son chef qui lui rĂ©pĂ©tera bĂŞtement comment que ça marche bien, ces nouveaux trucs qu’on nous donne, maintenant ! Il n’y a pas de traces de production ni de dotation en service de cette balle exotique, mais le concept de base Ă©tait très proche de celui des munitions modernes Ă  sabot utilisĂ©es pour percer les blindages et destinĂ©es aux canons Ă  haute vitesse armant les chars. PrĂ©cis ou pas, le canon lisse vit le feu dans les rangs des gris. L’arsenal d’Augusta, Georgia, contenait 12 380 Modèles 1842 au moment de la sĂ©cession, et beaucoup de rĂ©giments d’état furent dotĂ©s de la vieille arme lorsqu’ils furent rassemblĂ©s pour le service.

Les hommes du 14ème. Georgia Infantry apprirent Ă  manipuler et Ă  tirer en volĂ©es avec les anciennes reliques avant de marcher au combat sous les ordres du GĂ©nĂ©ral Robert E. LEE et sa lĂ©gendaire ArmĂ©e du Northern Virginia. Les GĂ©orgiens suivaient le Colonel R.W. FOLSOM en tant que partie d’une brigade formĂ©e par d’autres rĂ©giments de l’état, au moment oĂą l’armĂ©e de LEE se heurta Ă  une force FĂ©dĂ©rale commandĂ©e par le pompeux GĂ©nĂ©ral John POPE. Par un pluvieux 1er. Septembre de 1862, des Ă©lĂ©ments des deux armĂ©es ennemies se rencontrèrent près du petit hameau de Chantilly en Virginie. Les Rebelles se dĂ©ployèrent devant un petit relief connu sous le nom d’Ox Hill, la Colline du BĹ“uf, et tinrent la ligne contre les tuniques bleues qui attaquaient. Le Brigadier GĂ©nĂ©ral Isaac STEVENS saisit l’étendard d’un rĂ©giment de New York et mena ses hommes Ă  l’assaut. Les Yankees chargèrent en avant Ă  travers une pluie aveuglante, et ils Ă©taient sur le point de percer les positions GĂ©orgiennes quand une volĂ©e brĂ»lante partie de leurs mousquets stoppa net leur avance et laissa STEVENS Ă©tendu dans la boue, avec un trou bĂ©ant dans la tĂŞte. HĂ©ros de la Guerre du Mexique et anciennement gouverneur du Territoire de Washington, STEVENS Ă©tait un personnage populaire dans le Nord, et sa mort horrifia toute la division qu’il commandait durant la bataille de Chantilly.

Les Yankees, secouĂ©s, se retirèrent et se rassemblèrent Ă  distance des ConfĂ©dĂ©rĂ©s, pendant que les renforts arrivaient sur le terrain. La division du Major GĂ©nĂ©ral Philip KEARNY commença Ă  regarnir les rangs, et l’officier impĂ©tueux chercha immĂ©diatement Ă  frapper les Rebelles en retour. KEARNY Ă©tait une sorte de lĂ©gende dans l’ArmĂ©e de l’Union Ă  l’époque. Avocat millionnaire, il avait quittĂ© le barreau pour devenir un soldat professionnel. Cavalier nĂ©, il avait servi comme observateur avec les Français en Afrique du Nord, et perdu un bras au cours d’une action hĂ©roĂŻque pendant la Guerre du Mexique. Le GĂ©nĂ©ral Wilfried SCOTT disait de lui Â« C’était l’homme le plus brave que j’aie jamais connu, et un parfait soldat. Â» Le « parfait soldat Â» Ă©tait courageux Ă  l’extrĂŞme, et ce dĂ©faut le rattrapa sous la pluie sombre ce soir-lĂ  Ă  Ox Hill. Il donna des Ă©perons et fonça vers le front en ordonnant Ă  un rĂ©giment du Massachusetts de le suivre Ă  l’attaque. Les New Englanders pataugèrent en avant dans les restes dĂ©trempĂ©s d’un champ de maĂŻs alors que le crachement du feu jaillit des rangs ConfĂ©dĂ©rĂ©s. Comme les hommes d’infanterie hĂ©sitaient et le prĂ©vinrent qu’il y avait toute une division de dĂ©ployĂ©e dans la forĂŞt juste en face, KEARNY se mit en colère et fonça en avant sur son cheval pour les pousser Ă  le suivre, sinon ils auraient eu honte. On pouvait discerner des silhouettes dans l’ombre pendant que le GĂ©nĂ©ral approchait des bois. Le Simple Soldat L.G. PERRY du 14ème. Georgia faisait partie de ceux qui attendaient en embuscade lorsque le rĂŞche accent New-Yorkais de KEARNY se fit entendre avec cette question impĂ©rieuse Â« Qui est-ce qui vous commande, lĂ  ? Â» Une voix traĂ®nant de GĂ©orgien rĂ©pondit en lui demandant de se rendre. KEARNY fit faire demi-tour Ă  sa monture et lui planta ses Ă©perons dans les flancs. Il se mit debout dans les Ă©triers et se pencha presque horizontalement sur la selle, en lançant son cheval en avant. Le Simple Soldat PERRY leva son Modèle 1842 et laissa le chien retomber sur la capsule. La balle jaillit dans une gerbe de flammes oranges, s’engouffra dans le tube digestif de KEARNY et finit dans l’abdomen. KEARNY Ă©tait mort avant que son corps ne glissât de la selle. Avec deux gĂ©nĂ©raux de perdus et dix pour cent des forces totales de tuĂ©s ou de blessĂ©s, les hommes de l’Union se contentèrent de laisser se finir la bataille toute seule, les deux principales armĂ©es terminant une campagne qui avait dĂ©jĂ  vu une amère dĂ©faite infligĂ©e aux forces de POPE. L’armĂ©e de LEE restait dĂ©fiante, prĂŞte Ă  assĂ©ner un autre coup Ă  l’ennemi, lequel pleurait Ă  prĂ©sent deux personnages populaires Ă  cause des antiques canons lisses portĂ©s par les GĂ©orgiens Ă  Chantilly.

Huit mois plus tard, les Sudistes faisaient face Ă  une nouvelle invasion Nordiste quand le GĂ©nĂ©ral Joseph HOOKER mena l’ArmĂ©e du Potomac de l’autre cĂ´tĂ© de la rivière Rappahannock, dans un vaste mouvement pour capturer Richmond. Son corps d’armĂ©e marchait Ă  travers un sombre enchevĂŞtrement de broussailles et sur d’étroit sentiers sinueux, appelĂ© « La Jungle Â» par les Virginiens. HOOKER ramena son armĂ©e en arc de cercle s’incurvant Ă  l’ouest et au sud, autour d’un village appelĂ© Chancellorsville, pendant que LEE remontait rapidement en marchant le long de la rivière pour le rencontrer. Les ConfĂ©dĂ©rĂ©s alignaient Ă  peine 60 000 hommes et HOOKER 134 000, mais lĂ , le destin Ă©tait avec eux. L’un des corps d’armĂ©e de LEE Ă©tait dirigĂ© par le GĂ©nĂ©ral Thomas J. « Stonewall Â», le « Mur de Pierre Â», JACKSON. L’annĂ©e prĂ©cĂ©dente, il avait vaincu cinq armĂ©es Yankees dans la vallĂ©e du Shenandoah après une marche forcĂ©e, et jetĂ© la panique dans Washington D.C. avant de foncer vers le sud pour rejoindre LEE dans la dĂ©fense victorieuse de Richmond. A prĂ©sent, JACKSON Ă©tait sur le point de couronner le coup de maĂ®tre de sa carrière dĂ©jĂ  lĂ©gendaire. Quelque part au milieu des pins cachĂ©s, Ă  l’ouest des croisements menant Ă  Chancellorsville, il avait un double rendez-vous avec l’immortalitĂ© et le mousquet Modèle 1842. Après une hâtive rĂ©union le soir du 1er. Mai 1863, LEE et JACKSON mirent en action leur plan audacieux pour freiner l’élan de l’avance de HOOKER. Pendant que LEE emmenait avec lui une petite partie de l’armĂ©e de façon Ă  crĂ©er une diversion sur l’avant de HOOKER, JACKSON et 28 000 hommes s’élançaient vers le sud et l’ouest dans une longue marche forcĂ©e qui les amena juste contre le flanc exposĂ© de l’ArmĂ©e de l’Union Ă  la fin de l’après-midi du 2 Mai. Les hommes de JACKSON s’élancèrent dans le crĂ©puscule en hurlant, des Ă©clairs scintillant au bout de leurs fusils tout le long de leur ligne, pour piquer en avant dans les ombres Ă  l’est, comme l’auraient fait des fers de lance. CĂ , si ce n’est pas une charge Ă  la baĂŻonnette dans les lueurs rouges et grises du crĂ©puscule, je m’en mords le chinois. Brandissant au dessus d’eux leurs bannières rouges en lambeaux, ils s’abattirent sur l’ennemi avec un tel Ă©lan que le 11ème. Corps de l’Union fut bientĂ´t transformĂ© en une foule paniquĂ©e. A la tombĂ©e de la nuit, l’armĂ©e de HOOKER s’était repliĂ©e sur elle-mĂŞme comme un canif Ă  moitiĂ© fermĂ©, et les obus de l’artillerie ConfĂ©dĂ©rĂ©e pleuvaient sur son quartier-gĂ©nĂ©ral Ă  Chancellorsville.

JACKSON savait que l’aube pourrait bien rapporter la victoire finale sur l’ennemi, mais il lui fallait d’abord calmer la confusion et la dĂ©sorganisation qui avaient naturellement accompagnĂ© l’assaut de ses troupes. Alors que l’obscuritĂ© s’installait, il fit avec son Ă©tat-major le tour du front pour remettre de l’ordre et donner de nouvelles instructions pour l’action du lendemain matin. JACKSON avait hâte de mettre en place la division de choc du GĂ©nĂ©ral A.P. HILL pour la nouvelle attaque, et il s’élança en avant sur son cheval, cherchant son chemin Ă  travers les lignes pour atteindre son poste de commandement. Il Ă©tait vingt et une heure ce soir-lĂ  et la pleine lune brillait Ă  travers les reflets pourpres des feux et des fumĂ©es de poudre noire, quand JACKSON et ses aides repĂ©rèrent les postes avancĂ©s de l’Union dans la forĂŞt et s’en revinrent pour faire sur leurs chevaux le quart de mile qui les sĂ©parait de leurs propres positions. Les sabots des chevaux frappaient le sol avec un bruit sourd sur la vieille route de planches et, comme les officiers s’approchaient du 18ème North Carolina, on entendit le cliquetis des chiens que l’on amenait en arrière au cran de l’armĂ©. L’infanterie croyait que c’était la cavalerie Yankee qui venait vers eux. Un cri partit pour demander qui c’était, mais la rĂ©ponse se perdit immĂ©diatement dans le vacarme assourdissant de la mousqueterie alors que les armes s’allumaient tout le long de la ligne avant du rĂ©giment. Le Lieutenant George CORBETT de la Compagnie E savait que la volĂ©e tirĂ©e par ses hommes avait touchĂ© de plein fouet ce qui n’était plus maintenant qu’un nĹ“ud de chevaux et d’hommes se dĂ©battant dans l’obscuritĂ© Ă  quelques yards Ă  l’Est. Les baguettes de chargement cliquetaient dĂ©jĂ  dans les canons, brisant le silence qui avait soudain suivi, pendant que les « Tarheels Â», les Talons de Goudron, allusion aux semelles de goudron naturel avec lesquelles Ă©taient faits les croquenots des Sudistes, enfonçaient dĂ©jĂ  une nouvelle charge au fond de leur Modèle 1842 et cherchaient une capsule d’amorçage dans leur giberne. Une artillerie Unioniste Ă©nervĂ©e rĂ©pliqua Ă  la mousqueterie par un feu aveugle qui envoya des shrapnels volant Ă  travers la route, en sifflant mĂ©chamment au milieu de l’illumination de la scène par les Ă©clatements des obus. Lorsque le bombardement s’arrĂŞta, les aides de JACKSON et les soldats frappĂ©s d’horreur s’élançaient en courant, le portant vers un hĂ´pital de campagne. Oh, merde ! On a butĂ© le chef ! Merde, chef ! Mais qu’est-ce qu’on fait maintenant, chef ? On appela le docteur de l’état-major, le Docteur Hunter Mc. GUIRE, qui examina les blessures de JACKSON Ă  la lueur d’une lampe. A trois pouces en dessous de l’épaule gauche, une balle s’était taillĂ©e une tranchĂ©e Ă  travers le bras, y laissant dans son sillage un horrible mĂ©lange d’os Ă©clatĂ©s et de muscles dĂ©chirĂ©s. Plus bas, dans l’avant-bras, une autre balle Ă©tait entrĂ©e près du coude et Ă©tait descendue pour ressortir du cĂ´tĂ© intĂ©rieur du poignet. Un troisième projectile s’était Ă©crasĂ© dans la main droite. Il y Ă©tait encore, au milieu des dĂ©bris d’os. Mc. GUIRE dĂ©coupa la peau et sortit la balle. Il la fit rouler dans la paume de sa main. Â« Un Springfield Ă  canon lisse Â» dit-il tristement Â« Nos propres troupes. Â» La balle de mousquet sonna lugubrement lorsque le chirurgien la jeta sur le plateau. Ce bruit-lĂ  fut le glas qui sonnait sur la ConfĂ©dĂ©ration. JACKSON laissa sur la table d’amputation son bras gauche fracassĂ©, et mourut plus tard d’une pneumonie. Bonjour le minuscule pouvoir de pĂ©nĂ©tration de la grosse balle ronde mais, et hop, encore un manchot ! Quand c’était pas une jambe que les gĂ©nĂ©raux perdaient Ă  la guerre Ă  cette Ă©poque, c’était un bras, parfois la tĂŞte. Et si le mec ne mourait pas de gangrène, juste après il pouvait attraper tellement froid faute de soins, qu’il y laissait la peau lĂ  aussi. Et dire qu’il y a des gens qui trouvent que la guerre, c’est bien…Tout le Sud pleurait pendant que la grande victoire de LEE Ă  Chancellorsville Ă©tait ternie par la perte de son paladin. La guerre continua, et deux mois plus tard, LEE emmena son armĂ©e vers le Nord pour envahir le Pennsylvania dans l’espoir de gagner une victoire dĂ©cisive sur le sol de l’Union et de terminer ainsi le conflit en faveur du Sud. Le vieux corps d’armĂ©e de JACKSON fut attribuĂ© au GĂ©nĂ©ral Richard EWELL, un vĂ©tĂ©ran dĂ©garni qui avait autrefois vu du service sur la frontière avec les dragons au Texas et au Nouveau Mexique. Un an plus tĂ´t, EWELL avait perdu une jambe au combat. Encore un ! Qu’est-ce que je disais ? Au cours de sa convalescence, il avait Ă©pousĂ© une veuve locale. Ces deux expĂ©riences avaient secouĂ© et dĂ©stabilisĂ© le cĂ©libataire quinquagĂ©naire. Ce n’était plus le mĂŞme combattant fonceur que l’armĂ©e avait connu Ă  une Ă©poque. Lors de ses premières actions Ă  Gettysburg, EWELL hĂ©sita avant de lancer une attaque contre les troupes de l’Union dĂ©bordĂ©es et dĂ©sorganisĂ©es qui tenaient Cemetery Hill, la Colline du Cimetière, quel nom bien choisi, puisque tant de jeunes et de moins jeunes y laissèrent, non pas des plumes, mais aussi des bras, des jambes, des pifs, des pafs, des oreilles, des globos, des tĂŞtes, beaucoup la vie tout court. L’assaut tardif ne fut pas lancĂ© avec assez de dĂ©termination, et les tuniques bleues gardèrent le contrĂ´le de la colline, donnant ainsi la bataille au Nord.

Beaucoup d’érudits prĂ©tendent que, si JACKSON avait Ă©tĂ© Ă  la tĂŞte de ces troupes, il n’aurait pas laissĂ© passer l’opportunitĂ© et l’issue de la bataille aurait tournĂ© en faveur du Sud, avec un train d’évènements radicalement diffĂ©rent Ă  influer sur l’histoire de l’AmĂ©rique. Ben tiens. Et si nous, les Sudistes, on avait Ă©tĂ© plus nombreux, vous les Nordistes, vous auriez perdu la guerre de SĂ©cession qui a sèssĂ©sassĂ©sĂ»r. En tout Ă©tat de cause, beaucoup de ces morts au milieu des champs dĂ©vastĂ©s et des vergers dĂ©truits sur Gettysburg provenaient des rangs du 18ème. North Carolina, qui essayait de se racheter de sa bĂ©vue fatale de Chancellorsville. Quand, après Appomattox vingt et un mois plus tard, les derniers drapeaux furent pliĂ©s et rangĂ©s et les mousquets mis au râtelier, un certain Lieutenant CORBETT, hantĂ© par la honte, rentrait chez lui Ă  pied en Caroline du Nord, obsĂ©dĂ© par le bruit d’une terrible volĂ©e qui rĂ©sonnait encore dans sa tĂŞte. Pour JACKSON, STEVENS, KEARNY et des milliers d’autres, le Modèle 1842 avait stoppĂ© net tous leurs espoirs et leur ambition, en une âcre giclĂ©e de fumĂ©e de poudre et l’impact brutal d’une balle ronde en plomb tendre. Ce vĂ©tĂ©ran aguerri qui avait servi sous deux drapeaux rentrait dans l’ombre avec eux. Mais tout en laissant sa place aux armes modernes, rayĂ©es et au chargement par la culasse, le mousquet partagea l’épitaphe que Robert E. LEE fit plus tard sur la ConfĂ©dĂ©ration Â« Nous avons perdu mais, par la grâce de Dieu, une dĂ©faite en apparence se rĂ©vèle souvent ĂŞtre une bĂ©nĂ©diction. Â»

Mousquet U.S. Modèle 1842 Ă  percussion :

Fabriqué aux arsenaux de Springfield et de Harper’s Ferry entre 1844 et 1855 à environ 275 000 exemplaires, dont 172 000 par Springfield. Calibre .69, chargement par la bouche à un coup. Canon de 42 pouces, maintenu par trois bandes. Garnitures en fer. Pièces métalliques finition poli blanc. Baquette de chargement en acier, à tête tulipée. Tenon de baïonnette sous la bouche du canon. Crosse en noyer en dos de cochon. Platine marquée de l’aigle américain, au dessus d’U.S., devant le chien. Derrière le chien, marquée soit SPRING/FIELD/(date) ou HARPERS/FERRY/(date). Culasse marquée V/P/(tête d’aigle), parfois les initiales de l’inspecteur sont visibles. Cartouche de l’inspecteur estampillé sur le côté gauche de la crosse, de l’autre côté de la platine. Première génération de mousquet conçue aux arsenaux nationaux pour le système d’amorçage à percussion, le modèle présente d’importantes distinctions. Dernière arme U.S. à canon lisse, au calibre de .69, et première arme U.S. faite à la fois aux arsenaux de Springfield et de Harper’s Ferry avec toutes les pièces interchangeables. A part la forme de la platine, le mousquet U.S. Modèle 1842 est quasiment identique à son prédécesseur à silex, le mousquet Modèle 1840. Les spécimen qui portent les dates d’avant la Guerre du Mexique de 1847 tendent à bénéficier d’une petite plus-value. Cote de 700,00 $ à 2 250,00 $.

Mousquet U.S. Modèle 1842, canon rayĂ© :

Transformation par rayure du canon, effectuée aux arsenaux de Springfield et de Harper’s Ferry entre 1856 et 1859 à 14 182 exemplaires au total. Même arme que le Modèle 1842, à l’exception des rayures. Un peu moins de 10 000 exemplaires furent équipés avec des organes de visée pour le tir à longue distance, les 4 182 autres n’en ayant pas. Cotes de 800,00 $ à 2 500,00 $.

Sous influence

Marche forcée dans le brouillard de l’opium

Traduction d’un article de James STREET paru dans D.G.W. Blackpowder Annual 1990

Le 21 Novembre 1864, le GĂ©nĂ©ral ConfĂ©dĂ©rĂ© John Bell HOOD sortait Ă  cheval de Florence, Alabama, Ă  la tĂŞte de son ArmĂ©e du Tennessee. Bien que dans une grande souffrance physique, il avait gardĂ© le commandement de ses forces pour se rendre Ă  Nashville, la capitale de l’état du Tennessee. C’est lĂ  que HOOD se proposait d’écraser les troupes FĂ©dĂ©rales qui Ă©taient concentrĂ©es sous l’œil sĂ©vère du Major General Gorges Henry THOMAS, dit le « Rocher de Chickamauga Â», et d’inverser ainsi le cours de la Guerre Civile amĂ©ricaine Ă  l’Ouest. Huit jours plus tard, HOOD, attachĂ© Ă  son cheval, son bras gauche n’étant plus qu’un souvenir inutile de la bataille de Gettysburg, sa jambe droite manquante depuis la bataille de Chickamauga, merde alors, ça commence bien, les gĂ©nĂ©raux se sont dĂ©jĂ  transformĂ©s en robocops super durs après avoir perdu des morceaux Ă  travers le pays, leurs hommes qui avaient fait de mĂŞme prĂ©fĂ©rant ĂŞtre dĂ©mobilisĂ©s, s’approchait du village de Spring Hill, Tennessee, Ă  environ trente miles au sud de Nashville. Comme il l’écrivit dans ses mĂ©moires plus tard, HOOD avait l’intention d’exĂ©cuter lĂ  Â« la meilleure opĂ©ration de ma carrière de soldat Â», en isolant et en dĂ©truisant l’ArmĂ©e de l’Ohio du Major General John Mc. Allister SCHOFIELD qui battait en retraite, avant qu’il pĂ»t rejoindre THOMAS. Mais tout Ă  coup, on aurait dit que HOOD avait laissĂ© tomber son plan. Au lieu d’attaquer les FĂ©dĂ©rĂ©s qui marchaient pĂ©niblement le long de la Columbia Pike vers Spring Hill, HOOD, dont le credo Ă©tait l’attaque, lança une sĂ©rie d’ordres flous et se mit au lit pour le reste de la nuit. Les FĂ©dĂ©rĂ©s passèrent et atteignirent la ville toute proche de Franklin, un peu plus au nord, intacts. LĂ , ils occupèrent des positions solides. HOOD les attaqua le lendemain et ses hommes furent massacrĂ©s.

Après la campagne, le GĂ©orgien John W. TALLEY Ă©crivit au prĂ©sident ConfĂ©dĂ©rĂ© Jefferson DAVIS qu’il avait entendu des soldats dire Â« qu’au moins une fois, ils avaient vu la plupart des officiers supĂ©rieurs, depuis le GĂ©nĂ©ral HOOD jusqu’à plus bas, en Ă©tat d’ébriĂ©tĂ© avancĂ©e. Â» Il y a fort peu de chances que HOOD ait Ă©tĂ© ivre Ă  Spring Hill, parce que ce n’était pas un gros buveur notoire. Il est plus probable qu’il ait Ă©tĂ© sous l’influence d’opiacĂ©es. Personne ne peut dĂ©terminer avec certitude Ă  quel point l’usage de la drogue affecta les performances des militaires pendant la Guerre Civile. Mais une chose est sĂ»re : si HOOD Ă©tait dĂ©pendant des attĂ©nuateurs de douleur, il n’était pas le seul Ă  prendre des drogues. L’opium et l’alcool, dans leurs formes les plus diverses, Ă©taient très prisĂ©s auprès des soldats et des officiers, et pas toujours pour des raisons mĂ©dicales. On se rendit vite compte que le fait de boire de l’alcool Ă©tait un problème rĂ©el chez les militaires. On utilisait très largement les boissons alcoolisĂ©es dans les armĂ©es de l’Union et de la ConfĂ©dĂ©ration, souvent comme mĂ©dicaments, mais le plus souvent Ă  l’excès. Donc chez nous, nos anciens paras d’Indochine ou d’AlgĂ©rie, ou les anciens de l’Infanterie de Marine qui piquetaient sec quand ils sont rentrĂ©s, je veux dire ce qu’il en reste, c’est pas nouveau. Quoique maintenant, on a la relève, il y a ceux qui ont « fait Â» le Tchad, le Liban, la Guerre du Golfe, plus rĂ©cemment le Kosovo, et puis les nouveaux, ceux qui auront Ă©tĂ© en Afghanistan. Mais ceux qui ont fait les campagnes plus rĂ©centes connaissent plus le chite ou la ganjah, avec leur sipsi ou leur chillom, que le bon vieux whisky ou la bière qui transforment le ventre en « Ĺ“uf colonial Â». Et les Russes qui sont rentrĂ©s d’Afghanistan Ă©taient souvent « accros Â» Ă  l’hĂ©ro, tout comme leurs petits copains AmĂ©ricains quelques annĂ©es plus tĂ´t après un tour d’opĂ©rations au Vietnam. Sauf que lĂ , c’était autre chose, ils Ă©taient un peu comme des blessĂ©s de guerre, certains de leurs copains avaient eu des balles dans le corps ou des mines dans les pattes, eux ils avaient eu droit au poison que leur passaient leurs ennemis pour les diminuer. A la guerre, presque tous les coups foireux sont permis. Et il n’y a aucun doute que l’alcool reprĂ©sentait un problème pour les autoritĂ©s, parce que l’ivresse Ă©mousse la discipline des soldats. Pour les officiers, l’ivresse pouvait coĂ»ter des vies humaines et des victoires. Mais il est presque impossible de dire après-coup si un officier Ă©tait alcoolique ou pas, sauf s’il l’avouait. Un officier naval FĂ©dĂ©rĂ© exprima cependant l’opinion gĂ©nĂ©rale en disant qu’il Â« y a trois grands ennemis dans notre armĂ©e et notre marine… le premier c’est le whisky, le deuxième c’est le whisky, et le troisième c’est le whisky. Â» Le ministère de la guerre ConfĂ©dĂ©rĂ© avait une opinion similaire. Il donna des ordres en 1862 pour que tous les chefs suppriment l’ivresse par tous les moyens dont ils disposaient.

MalgrĂ© la dĂ©sapprobation officielle, les menaces et les ordres, les soldats et les officiers qui buvaient continuèrent Ă  le faire, beaucoup Ă  leur propre dĂ©triment. Au moins dix sept gĂ©nĂ©raux FĂ©dĂ©rĂ©s et dix ConfĂ©dĂ©rĂ©s terminèrent leur carrière Ă  cause de la façon dont ils gĂ©raient leur soif d’alcool. Boire de l’alcool Ă©tait considĂ©rĂ© comme « viril Â» et les gros buveurs n’étaient pas rares, mais on criait honte Ă  l’officier qui ne tenait pas l’alcool s’il buvait. MĂŞme après que le Lieutenant General Ulysses Simpson GRANT prĂ®t le commandement de toutes les armĂ©es FĂ©dĂ©rales, avant de devenir un jour PrĂ©sident des Etats-Unis, sa rĂ©putation de petit buveur l’empĂŞcha de se faire complètement accepter comme un gentleman par certains de ces confrères officiers. Le Major General Joseph HOOKER de l’Union, commandant l’ArmĂ©e du Potomac de Janvier Ă  Juin 1863, n’eut pas le succès de GRANT ni sa popularitĂ© pour diluer les effets de sa propre rĂ©putation de dĂ©bauchĂ© et de buveur. Il mourut querelleur, vieux avant l’heure, se souvenant amèrement des griefs qu’il avait contre ses anciens officiers. Charles Francis ADAMS, le fils de l’ambassadeur du PrĂ©sident Abraham LINCOLN Ă  la Cour Britannique de Saint-James, critiqua l’érection de la statue Ă©questre du HOOKER juste devant l’immeuble du State House, espèce de Conseil RĂ©gional, Ă  Boston, Massachusetts. Longtemps après la guerre, le vĂ©tĂ©ran de la Guerre Civile ADAMS fut sĂ©vère sur HOOKER dans son autobiographie : Â« Heureux d’avoir vu le jour au Massachusetts, il n’était Ă  peine plus, en 1861 et Ă  partir de cette date, qu’un militaire de West Point devenu aventurier soulard…en 1863…le quartier gĂ©nĂ©ral de l’ArmĂ©e du Potomac Ă©tait un endroit oĂą aucun homme qui se respectait n’aimait aller, et oĂą aucune femme dĂ©cente ne pouvait aller. C’était un mĂ©lange de bar et de bordel. Â» Il y avait les mĂŞmes histoires dans le haut commandement ConfĂ©dĂ©rĂ©. Le Major General Benjamin Franklin GREATHAM fut accusĂ© par le General Braxton BRAGG d’avoir Ă©tĂ© ivre lors de la bataille de Stones River, Tennessee, qui eut lieu du 31 DĂ©cembre 1862 au 2 Janvier 1863, et par le General HOOD lors de la manĹ“uvre de Novembre 1864 Ă  Spring Hill, Tennessee. Aucun des deux commandants ne donna de suite Ă  l’affaire, et les accusations ne furent jamais prouvĂ©es. BRAGG, connu comme un homme qui ne buvait jamais d’alcool, releva de leurs fonctions le Major General George B. CRITTENDEN et le Brigadier General William Henry CARROLL, juste avant la bataille de Shiloh, Tennessee en Avril 1862. BRAGG Ă©numĂ©rait la liste des fautes de CARROLL en citant Â« l’ivresse, l’incompĂ©tence et la nĂ©gligence. Â» On autorisa les gĂ©nĂ©raux Ă  dĂ©missionner parce que, dans chaque camp, on prĂ©fĂ©rait traiter les vices des officiers par un voile de silence. C’est seulement quand on ne pouvait plus passer outre Ă  leur intoxication, que les officiers Ă©taient punis publiquement. On vit un exemple flagrant de cette intoxication en service le 30 Juillet 1864, lors du siège de Petersburg, Virginia. Deux commandants de division FĂ©dĂ©rĂ©s, le Brigadier General James Hewett LEDLIE et le Brigadier General Edward FERRERO, manquèrent d’exploiter une percĂ©e dans les lignes ConfĂ©dĂ©rĂ©es alors qu’on venait de faire sauter une galerie remplie de poudre. PlutĂ´t que de mener leurs hommes Ă  travers le fameux « Cratère Â», les gĂ©nĂ©raux se terrèrent derrière leurs lignes, s’apitoyant sur leur sort autour d’une bouteille de rhum. Pendant que LEDLIE et FERRERO buvaient, leurs hommes sans chefs furent encerclĂ©s dans le « Cratère Â» et on dĂ©nombra plus de 3 800 pertes. A travers la rĂ©volte publique qui suivit, les deux furent officiellement blâmĂ©s. LEDLIE fut autorisĂ© Ă  dĂ©missionner. FERRERO, commandant la seule division de soldats noirs dans l’ArmĂ©e du Potomac, fut Ă©galement dĂ©clarĂ© coupable mais il ne fut pas puni. Au lieu de cela, on le nomma au grade de Major General en DĂ©cembre 1864.

Il n’est pas surprenant que l’usage et l’abus d’alcool fut tant rĂ©pandu Ă  la fois dans l’armĂ©e du Nord et celle du Sud. On trouvait facilement de l’alcool, sous toutes ses formes. Mais l’opium, rarement mentionnĂ© dans la littĂ©rature non mĂ©dicale ou les rapports de la Guerre Civile, Ă©tait Ă©galement facile Ă  trouver, que ce soit Ă  l’état pur ou sous forme de ses multiples concoctions dĂ©rivĂ©es : le laudanum, le parĂ©gorique, la morphine et plusieurs mĂ©dicaments connus. Les opiacĂ©s Ă©taient vendus librement et lĂ©galement par les marchands de tous les jours, et utilisĂ©s par quiconque voulait se soulager de telle ou telle des plaies majeures qui affligeaient l’humanitĂ©. Sauf pour la connerie humaine. LĂ , ça ne marche pas. Ca n’a jamais marchĂ©. On devient juste droguĂ© accro. Contre cette plaie-lĂ , le seul remède, c’est la balle dans la tĂŞte, autant avant la came qu’après. Et, au XIXème. siècle, il y avait peu de prĂ©jugĂ©s Ă  l’usage des opiacĂ©s. En tous cas, il est certain qu’il n’y avait pas l’équivalent du mĂŞme sentiment que nous Ă©prouvons de nos jours contre leur utilisation. On a utilisĂ© l’opium depuis très longtemps, environ 6000 ans. C’était un composant important dans les mĂ©dicaments Grecs, Romains et Arabes.

La source de l’opium, le pavot, Papaver Somniferum, Ă©tait cultivĂ© principalement dans les pays en dĂ©veloppement. J’ai prĂ©fĂ©rĂ© « pays en dĂ©veloppement Â» parce que c’est ce qu’ils sont devenus aujourd’hui, ou plutĂ´t ce qu’il en reste. L’auteur Ă©crit « dans les pays de civilisation naissante Â», ce qui n’est pas vraiment juste si l’on parle de l’Orient ou bien de l’Asie, lesquels ont connu leurs multiples civilisations bien Ă  eux, Scythe, Egyptienne, Hittite, Perse, Indoue, Khmère ou Chinoise, pour ne citer qu’elles, bien des lustres avant que n’existât le pays de ces prĂ©tentieux d’amerloques modernes. Son pouvoir de soulager la douleur Ă©tait, et il est toujours, sa plus grande contribution Ă  la mĂ©decine. Essayez d’imaginer la chirurgie moderne sans les opiacĂ©s. L’opium Ă©tait aussi prisĂ© pour sa capacitĂ© d’influencer l’humeur et de provoquer l’euphorie. Pendant la Guerre Civile, il permettait au soldat qui s’était fait amputer de prendre de la distance avec la douleur rĂ©siduelle d’une plaie ulcĂ©reuse ou purulente causĂ©e par le pilon, et de jouir d’un certain soulagement qui pouvait hâter sa sortie d’hĂ´pital. Au XIXème. siècle, il n’existait pas d’analgĂ©sique non narcotique avant l’introduction de l’aspirine en 1899. On se servait des opiacĂ©s pour traiter les maux de tĂŞte, les maux de dents, la goutte, les crampes menstruelles, n’importe quelles douleurs ou maux qui sont traitĂ©s aujourd’hui avec de l’aspirine ou d’autres analgĂ©siques. Au dĂ©but de la Guerre Civile, il y eut probablement quelque forme d’opium dans l’armoire Ă  pharmacie de la plupart des foyers. Dans « La MaĂ®tresse de la Plantation Â», une Ă©tude de 1982 sur la vie de la femme dans le Sud d’avant la guerre, l’auteur Catherine CLINTON Ă©crit qu’elle trouva des remèdes domestiques, contenant tous de l’opium, contre beaucoup de maladies courantes. Elle observe : Â« On utilisait le laudanum très couramment pendant toute la pĂ©riode prĂ©cĂ©dant la Guerre Civile, prescrit par frĂ©quences nĂ©fastes pour les « maux de bonne femme Â»â€¦ Contrairement Ă  l’image du vingtième siècle, le profil du dix-neuvième siècle indique que les toxicomanes se trouvaient, de façon disproportionnĂ©e, dans les hautes couches de la sociĂ©tĂ© du Sud, de couleur blanche et de sexe fĂ©minin. Les femmes de la famille de Jefferson DAVIS, suivie par un docteur très libĂ©ral dans ses dosages, devinrent dangereusement dĂ©pendantes. Â» Mais la plupart des gens qui utilisaient les opiacĂ©s ne devenaient pas des toxicomanes. Mary Boykin CHESTNUT, une figure notoire de la sociĂ©tĂ© ConfĂ©dĂ©rĂ©e, raconta en Juillet 1861 dans son journal Ă  Richmond, Virginia, comment elle refusa de prendre du laudanum, une teinture d’opium mĂ©langĂ© avec de l’alcool et de l’eau. Â« Je n’ai pas l’intention de me droguer maintenant Â» dit-elle. Â« Ma tĂŞte est suffisamment confuse telle qu’elle est, et mon cĹ“ur bat Ă  en jaillir de mon corps Ă  chaque bruit. Â» Plus tard, en 1865, Madame CHESTNUT fut rĂ©fugiĂ©e Ă  Lincolnton, North Carolina. LĂ , on lui donna un jour par accident une surdose de poudre de Dover, un mĂ©lange d’opium et d’ipecac. Elle en dormit pendant deux jours et deux nuits. Comme le docteur lui fit remarquer qu’elle Ă©tait dure Ă  tuer, Madame CHESTNUT rĂ©pliqua Â« Peut-ĂŞtre ai-je Ă©tĂ© sauvĂ©e par ce frelatage dont je me suis si souvent plainte, de tous les mĂ©dicaments ConfĂ©dĂ©rĂ©s. Â» Une fois appelĂ©s sous les drapeaux, les docteurs qui utilisaient largement des opiacĂ©s sur leurs clients civils, continuaient Ă  les utiliser librement sur leurs patients militaires. William H. TAYLOR Ă©tait aide-mĂ©decin dans l’ArmĂ©e ConfĂ©dĂ©rĂ©e de la Virginie du Nord, une organisation connue pour ses marches rapides. Après la guerre, il Ă©crivit qu’il avait simplifiĂ© les motifs de se porter pâle pendant la marche, Ă  une unique question de base :« Comment vont vos tripes ? Â» Sous-entendu, est-ce que vous chiez normalement ? Si elles Ă©taient ouvertes, sous-entendu, si le mec avait la chiasse, j’administrais un bouchon d’opium. Si elles Ă©taient fermĂ©es, je leur donnais une boule de masse bleue, un mĂ©lange composite et instable de mercure. Â» Du mercure ! Du poison pour donner la courante au constipĂ©. Comme la chiasse du typographe qui manie trop de plomb. Les remèdes de l’époque donnaient donc d’autres maladies comme le saturnisme ou le cancer mais, de toute façon, le soldat Ă©tait destinĂ© Ă  prendre du plomb dans le buffet Ă  beaucoup plus courte Ă©chĂ©ance alors, mĂ©taux lourds pour mĂ©taux lourds, du plomb ou du mercure, c’est du kif. Un mĂ©decin FĂ©dĂ©rĂ© trouva une mĂ©thode encore plus rapide pour traiter ceux qui se faisaient porter pâles. Il administrait son diagnostic et son traitement depuis son cheval, distribuant de la morphine en poudre en la versant dans sa main et en la faisant lĂ©cher par le patient. InjectĂ©e par la seringue hypodermique, tout nouvellement inventĂ©e, la morphine Ă©tait la forme prĂ©fĂ©rĂ©e d’opium pour traiter les blessĂ©s. Et bien que les seringues fussent rares, mĂŞme dans les armĂ©es les mieux Ă©quipĂ©es, on distribua 29828 onces de sulfate de morphine aux soldats de l’Union. Ce chiffre semble insignifiant comparĂ© Ă  aux presque 10 millions de pilules d’opium et aux 2,841 millions d’onces d’autres opiacĂ©s qui furent administrĂ©s par les autoritĂ©s mĂ©dicales FĂ©dĂ©rales jusqu’en 1865.

Bien qu’il ne fĂ»t pas douĂ© d’autant d’ubiquitĂ© du cĂ´tĂ© ConfĂ©dĂ©rĂ©, l’opium se trouva en quantitĂ©s raisonnables jusqu’à la fin de la guerre, grâce aux infirmeries capturĂ©es et aux contrebandes passant Ă  travers le blocus naval avec lequel les FĂ©dĂ©rĂ©s avaient fermĂ© les ports du Sud. Les opiacĂ©s furent utilisĂ©s Ă  profusion pour traiter les maladies, mais c’est en soulageant les douleurs des blessĂ©s et en chirurgie qu’ils furent le plus efficaces. Le dĂ©sir de ce soulagement fit que beaucoup de soldats devinrent des toxicomanes, car la douleur persistait encore longtemps après le traitement mĂ©dical Ă  cette Ă©poque-lĂ . Et après la guerre, il Ă©tait facile de trouver des anciens combattants qui souffrirent l’agonie toute leur vie Ă  cause de blessures de guerre ou de maladies qu’ils avaient contractĂ©es pendant la guerre. Dans son livre « Paradis Obscur : La DĂ©pendance Ă  l’Opium en AmĂ©rique avant 1940 Â», David COURTWRIGHT cite une Ă©tude de 1868 intitulĂ©e « L’Habitude de l’Opium, avec des Suggestions pour le Remède Â» : Â« Des survivants de centaines de champs de bataille, mutilĂ©s et brisĂ©s, des soldats malades et rendus infirmes par leur sĂ©jour dans des prisons hostiles, des femmes et des mères devenues anxieuses et sans espoir Ă  cause de la mort de ceux qu’elles aimaient, ont souvent trouvĂ© dans l’opium un soulagement temporaire Ă  leurs douleurs. Â» Pendant le Guerre Civile, autant le mĂ©decin de l’armĂ©e Ă©tait-il une source pour se procurer de l’alcool Ă  des fins non mĂ©dicinales, autant il Ă©tait, ou ses adjoints, une source pratique pour se procurer des opiacĂ©s, et pas seulement pour les petits chineurs, mais aussi pour des officiers de haut rang. Si un gĂ©nĂ©ral voulait des pilules d’opium, quel Ă©tait le mĂ©decin qui lui aurait refusĂ© le soulagement qu’il recherchait, quand d’un autre cĂ´tĂ© il prescrivait le mĂ©dicament de toutes façons ? Tout ce qu’un mĂ©decin avait Ă  faire pour satisfaire une telle demande, c’était de se tourner vers son armoire Ă  pharmacie, ou alors le patient pouvait se servir lui-mĂŞme dans le stock libre qui s’alignait sur les Ă©tagères de l’infirmerie de l’unitĂ©. Le Dr. Charles Beneulyn JOHNSON, mettant par Ă©crit les rĂ©miniscences des jours oĂą il avait servi comme adjoint dans le service mĂ©dical d’un rĂ©giment de l’Union, dĂ©crivait le contenu des armoires Ă  pharmacie. Â« En campagne, nos stocks se limitaient nĂ©cessairement aux remèdes standards. Â» Il se rappelle Â« parmi lesquels on pourrait citer l’opium, la morphine, la poudre de Dover, la quinine, la rhubarbe, les sels de Rochelle, les sels d’Epsom, l’huile de castor, le sucre de plomb, le tannin, le sulfate de cuivre, le sulfate de zinc, le camphre, la teinture de fer, la teinture opii, le camphorata, le sirop de squills, le simple sirop, l’alcool, le whiskey, le brandy, le porto, le sherry, etc. Lorsque nous installions un camp oĂą il Ă©tait prĂ©vu de rester plusieurs jours, ces articles Ă©taient dĂ©ballĂ©s et posĂ©s sur des Ă©tagères provisoires faites de couvercles de caisses. D’un autre cĂ´tĂ©, lorsque arrivait l’ordre de marcher, les mĂ©dicaments Ă©taient Ă  nouveau rangĂ©s dans des caisses, les bouteilles emballĂ©es avec du papier, etc. Â» JOHNSON continuait Â« Presque tous les mĂ©dicaments se trouvaient sous forme de poudre ou en liquide. Les cachets n’étaient pas encore en usage, et les pilules Ă©taient loin d’être aussi nombreuses qu’aujourd’hui… Â» Le docteur notait Â«â€¦l’une des rares pilules que nous avions en stocks…était composĂ©e de deux grains de camphre et d’un grain d’opium. L’asafetida, la valĂ©riane et l’opium ou ses dĂ©rivĂ©s Ă©taient pratiquement tout ce que nous avions pour supprimer la nervositĂ© et provoquer le sommeil. Â»

Parmi les aphorismes que l’on attribue Ă  cet extraordinaire ConfĂ©dĂ©rĂ©, mais Ă  peine lettrĂ©, que fut le Lieutenant General Nathan Bedford FORREST, l’un dit Â« La Guerre veut dire combattre, et combattre veut dire tuer. Â» Tous les gĂ©nĂ©raux de la Guerre Civile n’avaient pas une telle approche d’amalgame entre la guerre et la violence. Beaucoup prĂ©fĂ©raient essayer tous les moyens de dĂ©faire l’ennemi sans combattre. Ceux-lĂ  furent souvent les mĂŞmes gĂ©nĂ©raux qui n’arrivaient pas Ă  contrĂ´ler le dĂ©sir naturel de leurs hommes Ă  rester oĂą ils Ă©taient, aussi longtemps qu’ils Ă©taient saufs. L’historien T. Harry WILLIAMS appela ce phĂ©nomène Â« l’inertie de la guerre Â», ce moment oĂą Â« l’armĂ©e du gĂ©nĂ©ral commence Ă  rĂ©sister… lorsque toute l’inertie de la guerre en arrive Ă  se stabiliser sur place, et que seule l’étincelle de son propre but et son esprit arrivera Ă  la relancer en avant… un chef doit avoir dans sa trousse de secours une force mentale et un pouvoir moral qui lui permettra de maĂ®triser quel que soit l’évĂ©nement ou la crise qui puisse survenir sur le champ de bataille. Â» Mais, les gĂ©nĂ©raux inertes de cette guerre Ă©taient-ils fondamentalement de mauvais chefs, ou bien est-ce qu’il y avait d’autres raisons de leurs glissades dans la faiblesse ? Lorsqu’il fit la liste de toutes les qualitĂ©s qu’il estimait nĂ©cessaires Ă  un bon gĂ©nĂ©ral, le MarĂ©chal Maurice de SAXE, grand esprit militaire de France du XVIIIème. siècle, prĂ©senta les classiques comme le courage, l’intelligence, etc. Puis il ajouta la santĂ©.

Il n’est pas certain que l’issue de la Guerre Civile eĂ»t Ă©tĂ© diffĂ©rente si tous les gĂ©nĂ©raux avaient Ă©tĂ© en bonne santĂ©. Mais le fait est qu’ils ne l’étaient pas, et peut-ĂŞtre beaucoup de leurs comportements erratiques et lĂ©thargiques tĂ©moignent-ils de leur frĂŞle santĂ©, et de l’utilisation de l’opium, cette panacĂ©e que beaucoup de docteurs prescrivirent Ă  tout bout de champ. Bon d’accord, ils Ă©taient peut-ĂŞtre malades jusqu’à se doper Ă  la chnoufe, mais ce n’étaient quand-mĂŞme pas des petites natures ces mecs, faut avoir de sacrĂ©es couilles pour mener la charge avec un bras qui pend et une jambe qui manque, comme ce HOOD Sudiste, attachĂ© sur son cheval avec ce moignon de merde qui devait lui faire un mal de chien Ă  chaque mouvement, et sur un cheval au galop ça bouge, fonçant en avant sabre au clair Ă  travers les balles adverses.

La santé de Braxton BRAGG aurait du l’exclure de toute considération pour un commandement sur le terrain. En 1861, lorsque le premier coup de feu fut tiré à Fort Sumter, près de Charleston, South Carolina, BRAGG avait déjà développé toute une longue liste de maladies chroniques, incluant la malaria, la dyspepsie, c’est-à-dire une mauvaise digestion, et des furoncles. Sa femme et ses amis savaient que, plus la pression était grande, plus il se plaignait, et plus il était enclin à avoir des furoncles, des maux de tête et d’autres maladies douloureuses. Son comportement en tant que chef de l’Armée Confédérée du Tennessee fut aussi mystérieux pour ses contemporains qu’il l’est encore aujourd’hui pour les historiens. Et le penchant de BRAGG pour tourner le dos à la victoire au dernier moment, quittant la bataille alors qu’il avait tous les atouts en main, fut à l’origine d’une histoire disant que, lorsqu’il mourut, il alla au paradis, et alors qu’il s’approchait des portes du paradis, elles s’ouvrirent, puis BRAGG battit en retraite. Certains critiques et historiens attribuent les échecs de BRAGG à la stupidité, l’incompétence et la lâcheté. Mais il est possible que ses erreurs aient été le résultat de sa santé et du niveau rudimentaire, voire primitif, de la médecine pendant cette guerre. Le comportement de BRAGG trahissait l’usage d’opiacés. Sur le terrain, il semblait se retirer au fur et à mesure que se développait la bataille, et perdre le sens de l’endroit où il se trouvait. Il se montra incapable d’adapter ses plans à des situations qui changeaient sur le champ de bataille.

Mais BRAGG n’était sĂ»rement pas un idiot, comme le prouve sa rapiditĂ© Ă  se dĂ©placer en Septembre 1862, du Tennessee vers le Kentucky, pour arracher l’Etat Ă  l’Herbe Bleue au Major General de l’Union Don Carlos BUELL. Ce n’était pas un lâche, comme le montraient ses Ă©tats de service durant la Guerre du Mexique et lors de la bataille de Shiloh. Mais, lorsqu’il fut promu Ă  un commandement supĂ©rieur, BRAGG devint plus distant avec ses hommes, Ă©vitant tout commandement actif au cours de la bataille. Son comportement pourrait bien avoir rĂ©sultĂ© d’une santĂ© prĂ©caire, et de l’utilisation d’opiacĂ©s. BRAGG peut très bien avoir cru au contenu tout Ă  fait infondĂ© de son propre tĂ©lĂ©gramme du 31 DĂ©cembre 1862 au PrĂ©sident ConfĂ©dĂ©rĂ© Jefferson DAVIS, selon lequel il avait gagnĂ© la bataille de Stone’s River dès le premier jour. L’euphorie provoquĂ©e par l’opium peut avoir produit cet effet, lui faisant croire lui-mĂŞme que ce qu’il avait dĂ©sespĂ©rĂ©ment voulu Ă©tait devenu vrai. L’euphorie peut avoir poussĂ© BRAGG Ă  se retirer de devant les troupes de BUELL après avoir fait prisonnier toute la garnison FĂ©dĂ©rale de Munfordville, Kentucky, en Septembre 1862 et en capturant Frankfort, la capitale d’état. Cette mĂŞme euphorie peut lui avoir fait hâter son dĂ©part vers Richmond avant la bataille de Perryville, Kentucky, en Octobre 1862, disant que son armĂ©e avait rejoint celle du Major General Edmund Kirby SMITH, alors que les forces de SMITH Ă©taient encore Ă  plus de cent miles. Les visions faussĂ©es qu’avait BRAGG du succès et sa paranoĂŻa Ă  l’égard de ses officiers après chaque dĂ©faite, pourraient avoir Ă©tĂ© les fruits de son suivi mĂ©dical. Le galant John Bell HOOD, agressif, vigoureux et efficace dans l’ArmĂ©e de Virginie, devint la victime de ses dĂ©lires après avoir Ă©tĂ© Ă©branlĂ© par une sĂ©rie de blessures. Il laissa ses plus beaux attributs et sa raison sur la table d’opĂ©ration du chirurgien. La douleur du moignon sur sa jambe droite devait lui faire un mal horrible quand il chevauchait attachĂ© Ă  sa selle. Les trĂ©pidations et les rebonds, le frottement abrasif de la chair Ă  peine cicatrisĂ©e contre le tissu rĂŞche du pansement ou d’un tampon n’auraient pas pu ĂŞtre endurĂ©s sans quelque sorte d’analgĂ©sique. Un opiacĂ© Ă©tait le mĂ©dicament standard. La drogue aurait fait dormir HOOD Ă  Spring Hill, pendant que les FĂ©dĂ©rĂ©s s’échappaient du piège qu’il leur avait tendu. La douleur Ă©tait un fardeau terrible Ă  endurer pour HOOD, mais HOOD fut encore pire Ă  endurer pour l’ArmĂ©e du Tennessee.

L’attirance qu’avait le Major General de l’Union Joseph « Fighting Joe Â», Joe le Battant, HOOKER pour les liquides spiritueux et les femmes sous spiritueux Ă©tait de notoriĂ©tĂ© publique Ă  l’époque oĂą il menait l’ArmĂ©e du Potomac vers la bataille Ă  Chancellorsville, Virginia, en May 1863. Si HOOKER Ă©tait vraiment un alcoolique, et s’il respectait son serment de ne pas boire pendant qu’il commandait, il est fort probable qu’il Ă©tait sous opiacĂ©s pour l’aider contre le manque, les opiacĂ©s Ă©tant Ă  cette Ă©poque couramment utilisĂ©s pour traiter le delirium tremens. Ce scĂ©nario mĂ©dical pourrait expliquer ses pauvres performances sur le champ de bataille. Ou alors, c’est qu’il y en avait un autre. Le plan de HOOKER pour la bataille de Chancellorsville Ă©tait excellent. Ce sont ses qualitĂ©s de chef qui firent dĂ©faut au fur et Ă  mesure qu’il tomba dans la lĂ©thargie. Le gĂ©nĂ©ral admettait la chose lui-mĂŞme. Et puis, le 3 Mai, HOOKER dit qu’il avait Ă©tĂ© heurtĂ© Ă  la tĂŞte par une colonne cassĂ©e par un tir de canon, alors qu’il se tenait sous le porche d’une maison. Il prĂ©tendait qu’il avait très mal. Maman j’ai très bobo ! J’ai besoin d’un fix ! Vite, il m’en faut un !  Le mĂ©decin de l’ArmĂ©e du Potomac, le Docteur Johnathan LETTERMAN, confirma plus tard que HOOKER avait eu très mal, mais ne dĂ©crivit pas la nature de la blessure, ni l’amplitude de la douleur, ni si l’on avait administrĂ© de l’alcool ou de la morphine. Mais le comportement de HOOKER pour le restant de cette journĂ©e-lĂ  indique qu’on a pu lui faire prendre un mĂ©dicament « toxique Â», car il dĂ©laissa le commandement de son armĂ©e et s’en fut dormir dans sa tente. Pris sous doses plus faibles que du whisky, l’opium est un somnifère efficace.

Les trois gĂ©nĂ©raux dont il a Ă©tĂ© question ici ne furent pas les seuls Ă  faire preuve de comportement radicalement diffĂ©rents durant la bataille, des changements qui pourraient trahir l’ingestion d’alcool ou d’opium. BRAGG, HOOD et HOOKER n’étaient que de simples exemples de haut rang. Les opiacĂ©s peuvent avoir jouĂ© sur la timiditĂ© du Lieutenant General ConfĂ©dĂ©rĂ© Richard Stoddert EWELL, qui se prĂ©cipita courageusement dans Gettysburg en juillet 1863, attachĂ© Ă  son cheval avec une jambe en moins, et poursuivant les FĂ©dĂ©rĂ©s en les chassant hors de la ville, mais qui tomba ensuite dans l’inertie. Et que dire de l’ennemi de BRAGG, BUELL, qui s’assit derrière ses lignes pendant toute la bataille de Perryville en Octobre 1862, après ĂŞtre tombĂ© de cheval ? Il y en a encore d’autres. Il ne faut pas en conclure que tous les chefs militaires de la Guerre Civile Ă©taient des alcooliques ou des droguĂ©s. Ulysses S. GRANT Ă©tait sĂ»rement connu pour ĂŞtre un buveur Ă  deux mains, mais l’alcool ne l’empĂŞcha pas de remporter des victoires. Une autre observation importante au sujet de GRANT, c’est qu’il n’eut jamais besoin des services d’un mĂ©decin Ă  cause d’une santĂ© prĂ©caire. Rien que cet Ă©tat de fait peut avoir Ă©tĂ© une bĂ©nĂ©diction pour l’Union. A cause de l’état des arts mĂ©dicinaux et de la science pendant la Guerre Civile, quelques officiers, faiblement Ă©tayĂ©s par l’alcool ou les opiacĂ©s, arrivèrent Ă  garder des positions de grandes responsabilitĂ©s mĂŞme en Ă©tant inaptes Ă  tout service militaire. D’autres furent retenus après avoir souffert de blessures ou contractĂ© des maladies qui avaient diminuĂ© leurs capacitĂ©s, alors qu’ils auraient du ĂŞtre dĂ©mobilisĂ©s ou affectĂ©s Ă  des rĂ´les non combattants. Mais au lieu de cela, l’histoire est parfois faite d’hommes qui ne virent leur champ de bataille qu’à travers les nuages de la dĂ©fonce.

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Le Remington « rolling block » militaire

Traduction d’un article de George J LAYMAN paru dans D.G.W. Blackpowder Annual 1988

« D’une simplicitĂ©, d’une robustesse, d’une durabilitĂ© et d’une rapiditĂ© de feu inĂ©galĂ©es… Plus de 1 600 000 du cĂ©lèbre fusil Remington ont Ă©tĂ© vendus Â» Ces mots sont tirĂ©s du catalogue d’armes Remington de 1902.

Des déclarations aussi vantardes que celle-là, faites en tant que publicité pour le fusil militaire Remington Rolling Block modèle 1897 qui venait de sortir, rappelait au monde que cette célèbre famille d’armes à feu n’était toujours pas près d’être mise à la retraite.

Le Springfield Trapdoor, le fusil Sharps et presque toutes les autres armes d’épaule militaires à un coup étaient tous, il est vrai, condamnés à l’obsolescence pour le tournant du siècle. Mais le fusil à chargement par la culasse conçu par Joseph RIDER et inspiré de Leonard GEIGER n’était, lui, pourtant pas encore considéré comme dépassé. Jusqu’à 1900, pas moins de vingt-cinq nations avaient, soit adopté, soit commandé, d’innombrables quantités de Remington Rolling Block pour leurs forces armées ou garde nationale ou civile. Jusqu’à une époque aussi tardive que la Première Guerre Mondiale, le gouvernement Français avait commandé plusieurs milliers du fusil Remington Rolling Block pour poudre sans fumée en calibre 8 millimètres, et dans cette deuxième décade du vingtième siècle, ils combattaient aux côtés des Browning Automatic Rifle et d’autres armes contemporaines de l’époque.

Au moins quatre pays avaient obtenu des droits de fabrication pour produire l’arme dans leurs propres arsenaux. A la fin de la Première Guerre Mondiale, plus de 2 000 000 de ces fusils Ă  bloc roulant existaient, produits soit par Remington ou par d’autres nations outre Atlantique.

Mais les temps n’avaient cependant pas toujours été fastes pour la Remington Arms Company, car la compagnie avait presque sombré dans l’oubli juste avant que le système du bloc roulant grimpât vers la gloire. En 1865, Remington fit l’expérience d’un baisse d’affaires due à la saturation en matière d’armes juste après la Guerre Civile, tout comme pratiquement la totalité de ses concurrents. Après avoir vendu plusieurs milliers de ses excellents revolvers à percussion au Gouvernement Fédéral, Remington se retrouva brusquement en compétition avec le gouvernement des Etats Unis, pour le marché des surplus d’armes et de munition à la fin de la guerre. Les institutions militaires n’avait plus besoin maintenant de ces vastes quantités d’armes d’ordonnance qu’elles avaient en trop. Il fallait quelque chose de révolutionnaire pour satisfaire le nouveau marché sophistiqué de l’armement d’ordonnance américain.

L’usine d’Oliver WINCHESTER à New Haven, état du Connecticut, avait innové avec B. Tyler HENRY, sous la forme de la Winchester modèle 1866 en fusil et en carabine. C’est ce qui mit le concurrent direct du fusil Henry à l’époque de la guerre, la Spencer Repeating Arms Company, sur le chemin de la catastrophe financière. Le pain et le beurre de Remington étaient à ce moment-là les revolvers à percussion modèles New Army et Navy, qui avaient été ponctuellement livrés au gouvernement. Son concurrent le plus sérieux, la Colt Patent Firearms Company, qui avait commencé elle aussi comme fabricant de revolvers, était déjà en train d’améliorer ses armes de poing à percussion en les transformant pour tirer des cartouches métalliques.

Vers la fin de 1863, Remington donna des instructions à Joseph RIDER de Newark, Ohio, pour qu’il reprît un système d’arme d’épaule à un coup qui lui avait été proposé à l’origine par Leonard GEIGER de New York. Joseph RIDER fut donc le concepteur du fusil Remington Rolling Block. Le premier brevet du nouveau système fut déposé en 1868. RIDER naquit en 1817 et mourut en 1901. Il était originaire de Newark, Ohio. Le résultat final des travaux de RIDER deviendrait la pain béni de Remington, en donnant au public l’occasion d’acquérir une arme extraordinaire.

Bien que RIDER commençât déjà à travailler sur le système original GEIGER vers la fin de 1863, l’arme ne fut pas produite avant le début de 1865, quand les hostilités entre le Nord et le Sud furent sur le point de s’achever. Connue sous le nom de carabine Remington Split Breech, soit à bloc pivotant, ce précurseur du bloc tournant fut immédiatement achetée par le gouvernement, mais arriva trop tard en service pour voir le combat. Bien que l’arme fût chambrée pour la cartouche relativement moyenne à percussion annulaire Spencer en calibre .56, RIDER savait que son système de bloc pivotant laissait beaucoup à désirer en matière de solidité. Il eut tôt fait d’améliorer le système, en remplaçant le bloc d’origine se séparant en deux, par un autre beaucoup plus robuste.

La carabine Remington Ă  bloc pivotant de RIDER

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Croquis original du brevet de Leonard GEIGER du 27.01.1862

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RIDER le prĂ©senta Ă  l’inspection chez Remington vers la fin de 1865, et il devint le système Number One, c’est-Ă -dire NumĂ©ro Un. ProfondĂ©ment confiant, Remington fut persuadĂ© que le fusil avec son nouveau système de bloc roulant serait un coup au but immĂ©diat dans les forces des Etats Unis. MalgrĂ© les arguments plutĂ´t convaincants de la compagnie que le nouveau fusil serait le bon choix pour convertir les milliers de mousquets Ă  chargement par la bouche en calibre .58 disponibles dans les inventaires du gouvernement, le Ministère de la Guerre, ou War Department, avait dĂ©jĂ  d’autres idĂ©es en tĂŞte. Après avoir Ă©tĂ© choisi lors des essais d’armes Ă  chargement par la culasse de 1865, le système dit « Trapdoor Â» conçu par F.S. ALLIN chez Springfield Armory Ă©tait parti pour devenir la nouvelle arme de service de l’Army. En dĂ©pit du fait que l’arme de Remington possĂ©dait une système plus simple, supĂ©rieur, l’Army se cantonna dans son choix « maison Â». Le Rolling Block ne fut achetĂ© qu’en quantitĂ©s limitĂ©es pour les tests et les Ă©valuations.

Le brevet de Joseph RIDER renouvelé le 31.12.1872

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Jamais découragés ni lents à la détente, les frères REMINGTON ouvrirent intrépidement un marché nouveau et lucratif de l’autre côté de l’Atlantique ! Si l’habileté au commerce fut jamais un facteur de succès en matière d’affaires, ce fut bien là la clé de l’ascension du Remington Rolling Block vers la gloire. En Février 1866, les frères étaient prêts à lancer une tournée de démonstration du bloc roulant en Europe. Entre eux, ils décidèrent que celui qui serait le plus capable et le plus convaincant de toute la famille, serait Samuel. Samuel REMINGTON était un gentilhomme poli, sociable et à l’esprit vif, dont la qualité exceptionnelle était qu’il pouvait être parfaitement à l’aise, aussi bien avec les gens les plus frustes qu’avec le prince le plus impérial. Cette qualité s’avérera être le secret du volume des ventes du Rolling Block. En été 1866, Sam s’embarqua pour l’Europe, emportant avec lui des fusils et des carabines à bloc roulant. Au fur et à mesure qu’il voyageait à travers le continent, les observateurs militaires de tous les pays apportèrent une attention toute particulière à ces armes. A elle toute seule, l’Europe était sur la brèche pour l’adoption d’une arme à chargement par la culasse de bonne conception. Aidées par la personnalité extravertie et vive de Sam, les présentations firent que le système à bloc roulant devint incroyablement populaire auprès de beaucoup de hauts dignitaires Européens. Lors de l’Exposition Impériale de Paris en 1867, à la surprise de Samuel REMINGTON lui-même, la Haute Commission de l’Armement, sous la présidence du Maréchal de France CANROBERT et les experts en armes d’ordonnance de Belgique, d’Autriche, de Suède, d’Espagne et de l’Italie, accordèrent la Médaille d’Argent de l’exposition au système Remington Rolling Block !

Peu de temps après, Sam prit la première grosse commande de sa compagnie de la part d’un client EuropĂ©en, le Danemark. Ce pays commanda 42 000 fusils et carabines pour ses forces armĂ©es et, en travaillant ensemble, Remington et les autoritĂ©s d’ordonnance danoises dĂ©veloppèrent la cartouche de 11,7 X 51 MM dite aussi « Remington Danois Â». Il s’agissait d’une cartouche Ă  percussion annulaire utilisant une balle de 380 Grains poussĂ©e par 50 Grains de poudre noire Fg. En 1871, le Danemark avait obtenu les droits de fabrication pour produire le Rolling Block Ă  son propre arsenal de Copenhagen, et avait modifiĂ© la cartouche en percussion centrale. Le Rolling Block fut utilisĂ© par les Danois comme arme militaire de première ligne jusqu’en 1884, oĂą elle fut remplacĂ©e par une arme Ă  rĂ©pĂ©tition. En 1868, la Suède commanda 40 000 fusils, Ă  livrer sur une pĂ©riode de deux ans. Son voisin la Norvège suivit peu de temps après. La cartouche qui fut dĂ©veloppĂ©e pour ces deux pays scandinaves fut la 12,11 MM dite « Remington NorvĂ©gien/SuĂ©dois Â», dont la longueur n’était qu’un tout petit peu plus courte que la cartouche de .50/70 Govt. des Etats Unis. Comme par rĂ©action en chaĂ®ne, Samuel REMINGTON prenait des commandes partout oĂą il s’arrĂŞtait. Et sur le chemin du retour, la Marine des Etats Unis, la cĂ©lèbre United States Navy, dĂ©jĂ  satisfaite de ses pistolets Rolling Block qu’elle avait achetĂ©s en 1866, commanda 5 000 carabines Ă  la fin de 1868. En 1870, la Navy commanda 12 000 fusils « Ă  deux bandes Â» en .50/70 Govt., qui furent distribuĂ©s au Marine Corps et furent les premières armes d’épaule militaires tirant Ă  cartouche utilisĂ©es par les Etats Unis lors d’un conflit Ă  l’étranger. En 1871, le navire USS « COLORADO Â» et une petite flottille de vapeurs jeta l’ancre sur la cĂ´te CorĂ©enne, près de l’île de Kanghwa Do. Quand les nĂ©gociations pour ouvrir les portes du royaume ermite CorĂ©en s’envenimèrent, une altercation s’ensuivit et dĂ©gĂ©nĂ©ra en une sĂ©vère fusillade. Les fusiliers marins de la Navy se retrouvèrent infĂ©rieurs en nombre mais, après plusieurs jours d’accrochages, les forces CorĂ©ennes furent maĂ®trisĂ©es et le bastion de l’île fut pris. La fiabilitĂ© et le tir rapide du Remington Rolling Block avaient assurĂ© aux U.S. leur première victoire en terre Ă©trangère. En termes de chiffres purs dans les achats de Remington Rolling Block, l’Espagne remporta la première place des premiers clients en grande quantitĂ©. En 1866, les Espagnols achetèrent 10 000 conversions du fusil Ă  chargement par la bouche en calibre .58. Parfaitement satisfaite après l’évaluation du nouveau système, l’Espagne commanda 85 000 fusils et 10 000 carabines en 1869, dans le calibre 11,5 X 58 MM dit « Remington Espagnol Â». Ce calibre de 11 MM, alias .43 Espagnol, avait Ă©tĂ© conçu spĂ©cialement pour ĂŞtre le nouveau calibre rĂ©glementaire de l’Espagne, et il servit aux cĂ´tĂ©s de son homologue local, dit .43 Reformado, pendant plus de vingt-cinq ans. La fin officielle de son service fut l’annĂ©e 1898. Au dĂ©but de 1870, l’Espagne obtint les droits pour la fabrication du Rolling Block Ă  Oviedo, et il y Ă©tait encore fabriquĂ© dans les annĂ©es 1930 pour le marchĂ© civil espagnol.

Au cours des dĂ©monstrations de Samuel REMINGTON Ă  la fin des annĂ©es 1860, l’Egypte se montra fort intĂ©ressĂ©e par l’acquisition d’une arme Ă  chargement par la culasse pour son armĂ©e. Après voir envoyĂ© une commission Ă  l’Exposition ImpĂ©riale de Paris de 1867 pour se renseigner sur le Remington Rolling Block, le KhĂ©dive d’Egypte, IsmaĂ«l PACHA, invita Sam au Caire pour une Ă©valuation officielle. Les forces armĂ©es Ă©gyptiennes Ă©taient en cours de rĂ©-organisation par l’ancien GĂ©nĂ©ral ConfĂ©dĂ©rĂ© STONE et, après que leur utilisation du Remington Rolling Block eĂ»t Ă©tĂ© homologuĂ©e en 1869, le KhĂ©dive estimait qu’il Ă©tait impĂ©ratif pour lui d’en prendre livraison le plus vite possible. Dans l’esprit de faciliter une expĂ©dition rapide de 60 000 fusils et carabines, le dirigeant Egyptien offrit Ă  REMINGTON une parcelle de terrain dans le quartier le plus chic du Caire. Incapable de refuser sans offenser le KhĂ©dive, Samuel accepta et y fit construire une riche rĂ©sidence. Il ne l’utilisa toutefois qu’occasionnellement, et l’endroit servit aux Britanniques jusque dans les annĂ©es 1950, comme rĂ©sidence pour leurs personnalitĂ©s basĂ©es en Egypte. Les fusils Ă©gyptiens furent, tout comme leurs prĂ©dĂ©cesseurs des contrats europĂ©ens, chambrĂ©s pour une autre de ces cartouches Ă  percussion centrale dĂ©veloppĂ©es par Remington. Le 11 X 50 R MM dit « Remington Egyptien Â» ou .43 Egyptien, Ă©tait constituĂ© d’une balle calepinĂ©e en papier de 400 Grains, sur une charge de 75 Grains de poudre noire FFg. Elle donnait suffisamment de pouvoir d’arrĂŞt et de stabilitĂ© pour une utilisation dans les vents violents du dĂ©sert du Sahara. Mais la commande initiale de 60 000 fusils et carabines n’arriva jamais au Caire.

Juste avant le dĂ©but de la guerre Franco-Prussienne en 1870, la France envoya des acheteurs Ă  travers le monde pour se procurer des armes de tous types. La France Ă©tait en train de reconstruire et de moderniser frĂ©nĂ©tiquement ses forces, essentiellement armĂ©es de l’inefficace fusil Chassepot. D’une manière ou d’une autre, les acheteurs arrivèrent Ă  convaincre le gouvernement Egyptien qu’ils avaient besoin d’obtenir la toute nouvelle commande de Rolling Blocks, et les Egyptiens rĂ©silièrent d’eux-mĂŞmes le contrat qu’ils avaient conclu avec Remington. Le lot complet de fusils fut dĂ©tournĂ© vers Paris. En 1870-71, la France fit Ă  son tour une commande Ă  Remington, pour 130 000 fusils Rolling Block supplĂ©mentaires, mais elle dut les accepter en .43 Espagnol. MalgrĂ© ses fusils Rolling Block, son armĂ©e Ă©quipĂ©e de bric et de broc ne se dĂ©brouilla pas trop bien pendant la guerre Franco-Prussienne, et elle dut cĂ©der une grande partie de son territoire Ă  l’Allemagne. Mais, malgrĂ© ses pertes, la France, satisfaite de ses Remington Rolling Blocks, commanda 145 000 autres de ces fusils Ă  chargement par la culasse en 1874, sous le modèle « Garde Civile Â», et chambrĂ©s pour la nouvelle cartouche d’ordonnance en 11 MM Gras. Cette version arma les forces coloniales au Maroc, en AlgĂ©rie, et dans d’autres parties du monde.

En 1875, l’Egypte, après avoir passĂ© une nouvelle commande de 90 000 fusils Rolling Blocks, reçut finalement la quantitĂ© totale et les utilisa tout au long de la moitiĂ© du XIXe. siècle. Beaucoup des Rolling Block Egyptiens furent donnĂ©s au Soudan, et une quantitĂ© d’entre eux, dans les mains des Soudanais de Mahdi, les « fuzzy wuzzys Â», ou « foufous crĂ©pus Â», eut une part de responsabilitĂ© dans la dĂ©faite du GĂ©nĂ©ral Britannique Charles GORDON dit « le Chinois Â», lors du siège hĂ©roĂŻque de Khartoum en 1885.

Bien que le Danemark, l’Espagne, la France et l’Egypte fussent parmi les plus grands acheteurs de Remington, après 1873 beaucoup d’autres pays se portèrent acquĂ©reurs du « meilleur fusil militaire de son temps Â». En 1874, Les Etats Pontificaux commandèrent un nombre aujourd’hui inconnu de ces fusils pour armer les Gardes Suisses du Vatican, chambrĂ©s dans leur propre calibre 12,7 X 45 R MM dit « Remington Pontificio Â». Cette cartouche Ă  percussion centrale Ă©tait inhabituelle dans le fait que certaines Ă©taient fabriquĂ©es en papier et d’autres en cuivre, et que le bourrelet Ă©tait une pièce sĂ©parĂ©e attachĂ©e Ă  la douille. Entre 1871 et 1874, la Chine acheta 144 000 fusils, et en 1876, le Mexique fit sa deuxième acquisition de 4 000 armes avant de passer d’autres commandes. Le Rolling Block Ă©tait tellement populaire au Mexique que, mĂŞme bien après ses heures de gloire dans les annĂ©es 1870, beaucoup de ces vieux Remington Ă  poudre noire chevauchaient avec les soldados de Pancho VILLA en 1916. Le chambrage des Remington Rolling Block en .43 Espagnol concernait les trois-quarts des ventes de ce fusil entre 1870 et 1890, avec pratiquement toute l’AmĂ©rique Centrale et l’AmĂ©rique du Sud utilisant ce calibre.

Les seules exceptions furent le BrĂ©sil, qui commanda ses fusils en 11 MM « BrĂ©silien Comblain Â», et quelques autres pays d’AmĂ©rique Latine qui passèrent commande pour des armes rayĂ©es dans leur propres calibres. De toute Ă©vidence, beaucoup de clients militaires du Rolling Block ne voulaient pas de l’équipement standard des versions de production du Remington. C’était vrai Ă©galement pour les Etats Unis. Remington avait finalement rĂ©ussi Ă  convaincre au moins une partie de l’autoritĂ© militaire des Etats Unis que son Rolling Block Ă©tait un bon fusil de première ligne. En 1872, New York acheta un lot de fusils pour sa milice d’état, et demanda que ces armes chambrĂ©es en .50/70 fussent Ă©quipĂ©es d’un deuxième verrou de sĂ»retĂ©. Le Colonel George W. WINGATE dĂ©crivit le mieux ce mĂ©canisme dans son livre “Manual for Rifle Practice” Ă©crit en 1875 : Â« Le chien est disposĂ© de façon Ă  opĂ©rer en connexion avec un deuxième verrou, construit de manière Ă  permettre au chien de passer assez loin sous le bloc de culasse pour mettre celui-ci en sĂ©curitĂ© dès qu’il est fermĂ©. Dans cette position, le verrou secondaire est engagĂ© avec le cran du demi-armĂ©, et l’arme ne peut pas tirer sans que le chien soit armĂ© Ă  nouveau. Â» Ceci n’état pas une nouveautĂ© chez Remington, puisque le Rolling Block modèle 1871 de l’U.S. Army, fabriquĂ© chez Springfield Armory avait Ă©tĂ© construit avec un « système de sĂ©curitĂ© Â». On en sait pas si les armes produites Ă  Springfield l’ont Ă©tĂ© sous contrat avec Remington ou pas. Ce fusil ne fut cependant que l’un des concurrents aux essais des armes Ă  chargement par la culasse de 1872, et seules 10 000 de ces armes furent construites.

Vers les annĂ©es 1890, la fin de l’ère de la poudre noire approchait Ă  grands pas. En 1896, Remington sortit une version modernisĂ©e de son Rolling Block, le Fusil Militaire Modèle NumĂ©ro Cinq « Sans FumĂ©e Â», dit Modèle 1897. Ce fusil se vendit bien, malgrĂ© le fait que plusieurs fusils militaires Ă  rĂ©pĂ©tition tirant de la poudre sans fumĂ©e fussent dĂ©jĂ  en usage Ă  l’époque. La publicitĂ© de Remington elle-mĂŞme le dit peut-ĂŞtre mieux que n’importe autre dĂ©claration : Â«  Ces armes ont Ă©tĂ© produites pour satisfaire un besoin urgent de fusils Ă  grande puissance construits autour du système simple de Remington, que les armĂ©es connaissent si bien et pour qui les fusils compliquĂ©s Ă  chargeur ont Ă©tĂ© une source constante de problèmes et de dangers. Â» Une autre considĂ©ration importante dans la transition entre la poudre noire et la poudre sans fumĂ©e pour les autoritĂ©s militaires du monde entier, Ă©tait le prix. Un exemple : L’Allemagne prĂ©sentait ses divers modèles de fusils Ă  rĂ©pĂ©tition avec la culasse Mauser Ă  un prix standard de 35,00 $. Beaucoup de pays, particulièrement en AmĂ©rique Latine, ne pouvaient pas se permettre de payer ce prix, spĂ©cialement s’ils devaient rĂ©-armer leur force militaire toute entière. Les Remington Rolling Block modèles 1897 et 1902 Ă©taient listĂ©s Ă  20,00 $ pour le fusil et 18,00 $ pour la carabine, et ces prix Ă©taient souvent rĂ©duits jusqu’à 50 % pour les contrats militaires ! Après avoir fini le lot de 50 000 fusils chambrĂ©s en 8 MM Lebel qui avaient Ă©tĂ© commandĂ©s par la France de 1915 Ă  1916 pendant la Première Guerre Mondiale, la section « Rolling Block Â» de l’usine d’Ilion, dans l’état de New York, dĂ©monta et dĂ©mĂ©nagea tous ses outillages et Ă©quipements. Seul resta en fabrication le Fusil de Sport Modèle NumĂ©ro Quatre jusqu’en 1934, quand la production s’arrĂŞta pour lui aussi. L’utilitĂ© pratique du Remington Rolling Block militaire en tant qu’arme de combat efficace a depuis longtemps disparu. Sa dernière performance dans les mains d’une puissance militaire a Ă©tĂ© contre l’Espagne lors de la Guerre de 1898. Mais, entre 1961 et 1965, au dĂ©but de la Guerre du Vietnam, on a vu quelques Rolling Blocks dans les mains du Viet Cong. Ces fusils, chambrĂ©s pour la cartouche de 7,62 MM Russian, avaient probablement Ă©tĂ© donnĂ©s aux Nord-Vietnamiens par la Russie dans les annĂ©es 1950, et provenaient de surplus achetĂ©s par le gouvernement du Tsar Ă  Remington en 1915. Aujourd’hui, beaucoup de tireurs aux armes anciennes utilisent des fusils Remington Rolling Block et semblent vouloir continuer Ă  le faire pour les prochaines annĂ©es Ă  venir. Pendant plus d’un siècle, cette arme vĂ©nĂ©rable est restĂ©e, sans aucun doute, Â« Le Meilleur Choix du Monde ! Â»

Pour les Français, on retient : Premier contrat en 1870, 130 000 en .43 Espagnol ; Contrat Egyptien commandĂ© en 1869 et piquĂ© en 1871 : 60 000 en .43 Egyptien ; Deuxième contrat de 1871 Ă  1874 : 145 000 en 11 MM Gras ; Troisième contrat en 1915 : 50 000 en 8 MM Lebel. Soit un total de 385 000 fusils au moins sur une estimation de 2 000 000, ou près de 20 % de la production totale. Et nos acheteurs n’ont mĂŞme pas eu Ă  donner un morceau de terrain Ă  l’oncle Sam comme les Egyptiens, juste une montagne de pĂ©pètes pour des armes qui ne nous ont servi Ă  rien de bien Ă  l’époque… Derrière, la Chine avec 144 000 de 1871 Ă  1874, puis l’Espagne avec 95 000 en 1869 et l’Egypte avec 90 000 en 1875.

LA MORT DE « CHEVEUX JAUNES »

Traduction d’un article de Tom E. O’NEIL paru dans D.G.W. Blackpowder Annual 1993

C’était le 27 Juin 1876. La brume du petit matin se dissipait alors que les soldats du GĂ©nĂ©ral Alfred TERRY arrivaient dans la vallĂ©e de la rivière Little Big Horn. A cet endroit, deux jours plus tĂ´t, Georges Armstrong CUSTER ainsi que deux cent dix hommes de son bien-aimĂ© 7ème. U.S. Cavalry et sous son commandement, avaient rencontrĂ© leur destin. Au fur et Ă  mesure que les hommes de TERRY avançaient sur le champ de bataille, ils dĂ©couvraient des corps horriblement mutilĂ©s et le spectacle de ce qui avait du ĂŞtre un combat dĂ©sespĂ©rĂ©. Quand les soldats arrivèrent plus haut dans les collines, ils trouvèrent le corps de celui que la Guerre Civile avait rendu cĂ©lèbre, le chef de la Guerre Indienne, mort Ă  l’âge de trente six ans. On retrouva les restes de la « Fleur de l’ArmĂ©e AmĂ©ricaine Â» Ă©parpillĂ©s sur une surface que l’on pourrait appeler la zone de commandement, un petit promontoire en haut de ce qui est devenu « La Colline de la Dernière Position Â». C’est lĂ , aux cĂ´tĂ©s de celui de CUSTER, que l’on retrouva les corps de neuf hommes, dont son premier assistant, le Lieutenant William Winer COOKE, et son frère Thomas Ward CUSTER qui lui avait servi d’aide de camp pendant cette campagne. On retrouva le cadavre de CUSTER sur celui de deux cavaliers, le Chef Trompette Henry VOSS et le Porte-Drapeau le Sergent John VICTORY. VICTORY gisait face au ciel, le bras droit coupĂ© Ă  la hauteur de l’épaule. VOSS gisait en croix sur lui, face contre terre. CUSTER se trouvait entre les deux, presque nu, affaissĂ© en position couchĂ©e. Seules ses hanches touchaient le sol, son bras gauche Ă©tait Ă©tendu naturellement, et sa jambe droite reposait sur un autre corps couchĂ© Ă  ses pieds. Son avant-bras droit Ă©tait si contractĂ© que son coude s’appuyait sur l’un des corps sur lequel il Ă©tait couchĂ©. Sa tĂŞte pendait. On aurait vraiment cru qu’il Ă©tait en train de faire une de ses fameuses siestes, mais il ne devait jamais se rĂ©veiller de ce sommeil-lĂ . Le corps de CUSTER avait Ă©tĂ© dĂ©pouillĂ© de ses vĂŞtements, Ă  l’exception de ses chaussettes de laine et de la cambrure de l’une de ses bottes. Il y avait deux blessures par balles sur le cadavre : l’une dans la tempe gauche, Ă  mi-hauteur entre l’oreille et l’œil, et la deuxième traversait la cage thoracique juste sous le cĹ“ur. La mutilation du corps Ă©tait faible en comparaison de la plupart des soldats qui avaient Ă©tĂ© horriblement dĂ©figurĂ©s. Une flèche avait Ă©tĂ© poussĂ©e dans son pĂ©nis et la cuisse gauche avait Ă©tĂ© lacĂ©rĂ©e au couteau, mettant l’os Ă  nu. Son auriculaire droit avait Ă©tĂ© coupĂ©, probablement pour rĂ©cupĂ©rer son anneau de West Point. Le cadavre avait virĂ© au noir sous l’effet de l’exposition au soleil, et le torse et l’estomac Ă©taient gonflĂ©s par l’expansion des gaz qu’ils renfermaient. Des milliers de mouches tournaient autour du cadavre qui commençait dĂ©jĂ  Ă  pourrir. Bizarrement, au milieu de tout ce carnage, des tĂ©moins rapportèrent que son visage exprimait presque la paix, et qu’il ne laissait paraĂ®tre aucune trace d’agitation. On a suggĂ©rĂ© de dĂ©terrer le corps de CUSTER pour l’examiner avec des mĂ©thodes modernes et dĂ©terminer comment il mourut. CUSTER fut d’abord enterrĂ© dans une tombe peu profonde et une annĂ©e passa avant que l’armĂ©e revĂ®nt sur les lieux et enterrât Ă  nouveau les hommes. Il semble que le cadavre fut tirĂ© de son trou par les loups et les coyotes. La troupe chargĂ©e du nouvel enterrement, dirigĂ©e par le Capitaine Michael SHERIDAN, frère du GĂ©nĂ©ral Phil SHERIDAN, ne fut mĂŞme pas sĂ»re d’avoir trouvĂ© la bonne tombe. En toute connaissance de cause, les restes qui sont enterrĂ©s Ă  West Point sont au mieux le crâne de CUSTER, une partie de la colonne vertĂ©brale, et une poignĂ©e d’ossements plus petits.

A l’époque de sa mort, George Armstrong CUSTER avait le grade de Lieutenant Général, pas de Général. Comme beaucoup d’officiers, il avait gravi les échelons pendant la Guerre Civile. A l’âge de vingt quatre ans, CUSTER avait été nommé Major Général pour commander la Troisième Division de Cavalerie de l’Armée du Potomac. Ceci ferait de lui le deuxième des officiers supérieurs les plus jeunes de l’Histoire, une distinction qu’il tient toujours. Seul le Marquis de Lafayette, lors de la Guerre de la Révolution, était plus jeune que lui. A la fin de la Guerre Civile, tous les officiers brevetés reprirent leur rang normal dans l’armée. Encore Major Général, CUSTER avait été envoyé au Texas pour combattre éventuellement contre les Français au Mexique. Au Texas, CUSTER se vit notifier qu’il avait été relégué à son rang normal de Capitaine. Il ne s’agissait pas là d’une punition, mais d’une pratique militaire courante en ces temps-là. En un rien de temps, CUSTER fut promu Major, puis Lieutenant Colonel. On n’avait encore pratiquement jamais vu ce genre de promotion à l’époque et elle en dit beaucoup sur la confiance que les supérieurs de CUSTER plaçaient en lui.

En fait, CUSTER n’était pas le vrai commandant officiel du tout nouveau 7ème. U.S. Cavalry. Ce poste Ă©tait occupĂ© par un certain Colonel SMITH, puis par un Colonel STURGIS, dont le fils allait d’ailleurs mourir avec CUSTER. Le GĂ©nĂ©ral SHERIDAN gardait toujours ces Colonels loin du 7ème. Cavalry lorsque celui-ci Ă©tait en campagne. C’est pourquoi CUSTER Ă©tait, en mission, considĂ©rĂ© comme le vrai commandant du 7ème. Pour le public, le 7ème. Ă©tait « Celui de CUSTER. Â»

Les annĂ©es passant, beaucoup de lĂ©gendes ont crĂ» sur la vraie cause de la mort de CUSTER, certaines d’entre elles sortant tout droit d’Hollywood. Nous allons essayer de retracer tous ses gestes et tenter de montrer comment CUSTER mourut probablement, et quand. La cause exacte de la mort de CUSTER restera un mystère Ă©ternel. Ce n’est rien d’autre que l’un de tous ces puzzles formant ce Dimanche de Juin 1876, l’annĂ©e oĂą la nation cĂ©lĂ©brait son centenaire. Si l’on veut Ă©tudier la nature de sa mort, il faut en mĂŞme temps prendre en compte tous les endroits oĂą elle eĂ»t pu avoir lieu. Parmi toutes les thĂ©ories sur l’endroit oĂą CUSTER est mort, on a : il a Ă©tĂ© tuĂ© par l’un des Ă©claireurs Indiens avant que l’unitĂ© fĂ»t vraiment engagĂ©e dans la bataille ; il a Ă©tĂ© tuĂ© par une balle Indienne Ă  l’endroit oĂą le canyon Medecine Tail Coulee donne sur la Little Big Horn River ; il a Ă©tĂ© tuĂ© en haut des collines s’éloignant de Calhoun Hill ; ou il a Ă©tĂ© tuĂ© sur la « colline de la Dernière Position Â». Dans les « tueurs Â» de CUSTER on trouve, mis Ă  part l’éclaireur mentionnĂ© prĂ©cĂ©demment, ou les Ă©claireurs, certains Indiens, son frère Tom, ou d’autres officiers. Certains suggèrent qu’il mourut de sa propre main. Beaucoup de ces scĂ©narios de mort, Ă  cause de leur cĂ´tĂ© « sensationnel Â», ont trouvĂ© leur voie dans des publications prestigieuses. Malheureusement, peu d’entre elles constituent des preuves de ce qui s’est vraiment passĂ©. Depuis 1876, chacun de ces scĂ©narios de mort a eu ses champions, et en analyse finale, chacun d’eux mĂ©rite un peu de crĂ©dibilitĂ© puisque la vĂ©ritĂ© ne sera jamais connue. Mais un peu de travail de dĂ©tective permettra de mieux comprendre le mystère, Ă  dĂ©faut d’arriver Ă  une conclusion certaine.

Il y a très peu de preuves que CUSTER pĂ»t ĂŞtre tuĂ© plus tĂ´t ou près de Cedar Coulee, ou mĂŞme un peu après, lĂ  oĂą le Medecine Tail Coulee donne sur la rivière. Cette version de la mort de CUSTER ressemble plus Ă  de la fiction qu’à une sĂ©rieuse investigation historique et/ou militaire. D’après ce que nous savons des mouvements militaires ce jour-lĂ , l’éventualitĂ© d’une blessure ou d’une mort prĂ©maturĂ©es de CUSTER reste assez faible. Par exemple, David H. MILLER raconta que l’Indien White Cow Bull prĂ©tendit en 1938 avoir tuĂ© un homme vĂŞtu de peau Ă  l’embranchement du Medecine Tail Coulee, et que la monture de sa victime avait quatre « chaussettes Â» blanches, tout comme Vic, le cheval sur lequel Ă©tait montĂ© CUSTER lors de la bataille. Il est vraiment extraordinaire que la mĂ©moire de cet Indien fĂ»t restĂ©e aussi vive soixante deux ans après le peu de temps que dura cette action Ă  cet endroit-lĂ . Il faut prendre en considĂ©ration deux Ă©tats de fait importants. Le premier, c’est que plus tĂ´t dans la journĂ©e, CUSTER avait enlevĂ© sa veste de peau et avait mis sa chemise bleue. Avec une tempĂ©rature ambiante tournant autour de 90°, soit + 32,22 ° C, et une saturation en vapeur d’eau en rapport avec cela, il est hautement improbable qu’il ait remis sa veste depuis. Le deuxième, c’est que si White Cow Bull Ă©tait vraiment lĂ , dans un air chargĂ© de fumĂ©e et de poussière, il devait ĂŞtre lui-mĂŞme en train de courir de tous les cĂ´tĂ©s pour Ă©viter qu’on lui tire dessus. En gardant cette situation Ă  l’esprit, il est plutĂ´t difficile de croire que quelqu’un pĂ»t se souvenir de la couleur des chaussettes d’un cheval qu’il voyait de l’autre cĂ´tĂ© de la rivière. Une autre thĂ©orie dit que CUSTER fut abattu par un Ă©claireur Indien fĂ©lon. Cette histoire est presque aussi vieille que la bataille elle-mĂŞme. Elle a Ă©tĂ© exploitĂ©e au point de dĂ©signer l’éclaireur Mitch BOUYER. La lĂ©gende selon laquelle BOUYER Ă©tait de connivence secrète avec les hostiles parce qu’il Ă©tait demi-sang eut sa ration de gloire dans la presse, mais elle ne rĂ©siste pas non plus Ă  l’analyse. Premièrement, il n’y a aucune raison pour laquelle BOUYER ou tout autre Ă©claireur eĂ»t pu tuer CUSTER. A quoi cela aurait-il servi ? Et imaginer une situation oĂą CUSTER ou ses officiers autour de lui eussent pu regarder calmement l’un ou l’autre des Ă©claireurs sorte son arme et lui tire dessus, est plutĂ´t tirĂ© par les cheveux. Si BOUYER ou tout autre Ă©claireur avaient fait ça, il aurait Ă©tĂ© abattu sur le champ, et le corps du meurtrier, ou de celui qui aurait essayĂ© de le devenir, aurait Ă©tĂ© retrouvĂ© Ă  cet endroit. Avant l’engagement final, CUSTER libĂ©ra tous les Ă©claireurs de leur service sauf BOUYER lui-mĂŞme, et les Ă©claireurs quittèrent la zone des combats et vĂ©curent jusqu’à des âges avancĂ©s. Le corps de BOUYER fut retrouvĂ© Ă  des miles de l’endroit oĂą il aurait tuĂ© CUSTER.

L’autre histoire sur un CUSTER blessĂ© aurait eu lieu le long de la zone de bataille après qu’il eĂ»t quittĂ© Calhoun Hill. Il faut rĂ©flĂ©chir sur les raisons pour lesquelles le rĂ©giment dut manĹ“uvrer Ă  Calhoun Hill comme il l’a fait. Selon toute probabilitĂ©, lorsque CUSTER y arriva depuis la colline de Nye-Cartwright Ridge, il en avait assez d’attendre le Capitaine Frederick BENTEEN comme l’autre le lui avait proposĂ© directement. Plus tĂ´t dans la journĂ©e, BENTEEN avait Ă©tĂ© envoyĂ© en Ă©claireur vers le Sud avec deux compagnies pour observer les Indiens et les empĂŞcher de se sauver. Lorsque CUSTER trouva finalement le village principal, il envoya un ordre Ă  BENTEEN qui disait : Â« BENTEEN, revenez. Grand village. Faites vite. Apportez les bagages. W.W. COOKE. P.S. Apportez les bagages Â». CUSTER donnait lĂ  au Capitaine l’ordre exprès de revenir aussi vite que possible, en apportant avec lui la logistique qui incluait les rĂ©serves de munitions pour le rĂ©giment. L’ordre Ă©tait signĂ© de l’adjoint de CUSTER, William Winer COOKE, un officier nĂ© au Canada qui avait servi pendant la Guerre Civile. BENTEEN semble s’être dĂ©placĂ© Ă  la vitesse d’un singe paresseux alors qu’un trot ou un galop s’imposaient, et n’apporta pas non plus les rĂ©serves de munitions. En fait, il ne rĂ©percuta jamais l’ordre de CUSTER au train ! Au lieu de cela, BENTEEN rejoignit le Major Marcus RENO sur le haut d’une colline Ă  plus de quatre miles de l’endroit oĂą CUSTER se battait. RENO lui-mĂŞme avait reçu l’ordre de charger les Indiens, mais au lieu de cela et rencontrant peu d’opposition de l’ennemi, fit mettre pied Ă  terre par ses hommes juste en dehors du village. De lĂ , il emmena ses soldats dans une forĂŞt proche, puis suivit un chemin dans la vallĂ©e, traversa la rivière, et remonta les flancs de la colline, de l’autre cĂ´tĂ© de la rivière. CUSTER dĂ©cida qu’il ne pouvait pas attendre BENTEEN plus longtemps. Si l’on voulait obtenir la victoire, les unitĂ©s devraient aller jusqu’à l’intĂ©rieur du village mĂŞme. Sans la capture du camp ennemi, il n’y aurait aucune chance de gagner, ou peut-ĂŞtre mĂŞme de garder le commandement. Pour Georges Armstrong CUSTER, les concepts d’attaque et de victoire ne faisaient qu’un. Il est Ă©tonnant que, l’une des rares fois dans sa carrière militaire, CUSTER ait montrĂ© autant de patience jusque lĂ . Peut-ĂŞtre trop de patience. Cependant, des mouvements de troupes furent dĂ©libĂ©rĂ©ment ordonnĂ©s depuis Calhoun Hill, et ce n’est sĂ»rement pas un CUSTER blessĂ© qui aurait ordonnĂ© d’aller en avant. La nature de sa blessure au thorax l’aurait rendu incapable de faire quoi que ce soit, et le commandement serait passĂ© au Capitaine Miles KEOGH. On ne peut imaginer que KEOGH eĂ»t pu ordonner d’aller en avant avec un CUSTER blessĂ©. En fait, ce cas de figure dĂ©passe le possible car il ne correspond pas avec les circonstances. Il est ridicule de croire que KEOGH aurait fait traĂ®ner avec lui, sur un champ de bataille oĂą l’action rapide s’imposait, un CUSTER mort pour le dĂ©poser beaucoup plus loin, lĂ  oĂą son corps fut retrouvĂ©. En plus de cela, si KEOGH avait Ă©tĂ© obligĂ© de prendre le commandement, le premier adjoint, le lieutenant COOKE, aurait Ă©tĂ© retrouvĂ© mort Ă  cĂ´tĂ© de lui ou pas loin. On retrouva COOKE avec CUSTER. Cet Ă©tat de fait force Ă  penser que CUSTER Ă©tait vivant lorsqu’il mena ses hommes Ă  Â« Last Stand Hill Â», la colline de la dernière position ou, comme elle est parfois appelĂ©e, « Custer’s Hill », la colline de Custer. C’est donc un CUSTER bien vivant qui menait trois de ses cinq troupes jusqu’à l’endroit oĂą on le retrouva, les hommes de KEOGH et de CALHOUN restant derrière pour protĂ©ger les flancs. La « Colline de la Dernière Position Â» est le point le plus Ă©levĂ© de cette zone et surplombe le village Indien. Vers la fin de la bataille, cet endroit fut choisi pour des raisons de dĂ©fense. Il semble que, juste après avoir quittĂ© Calhoun Hill, CUSTER perdit toute possibilitĂ© d’agir indĂ©pendamment. En termes de militaire, il Ă©tait « engagĂ© de manière dĂ©cisive Â». Ce qui veut dire qu’il ne pouvait plus agir de sa propre initiative, sauf rĂ©pondre aux mouvements des Indiens. Une fois Ă  cet endroit, les hommes de CUSTER ne pouvaient plus rien faire d’autre qu’attendre la mort, puisque RENO et BENTEEN refusaient de quitter leur position relativement sĂ©curisĂ©e, bien qu’entendant les coups de feu qui venaient de la position de CUSTER. C’est lĂ  que CUSTER tomba, sur « Command Hill Â» tout en haut de « Last Stand Hill Â». C’est lĂ  qu’il faut pondĂ©rer sur la thĂ©orie du suicide, sinon pour sa logique, au moins pour l’attention qui lui a dĂ©jĂ  Ă©tĂ© portĂ©e. On a vu que seules deux blessures ont Ă©tĂ© observĂ©es sur le corps de CUSTER. Comme la blessure Ă  la tĂŞte se trouvait du cĂ´tĂ© gauche de la tempe, le suicide peut ĂŞtre Ă©cartĂ©. CUSTER Ă©tait droitier, et un droitier ne tente pas de se suicider en mettant un pistolet sur le cĂ´tĂ© gauche de la tĂŞte. Cela aurait Ă©tĂ© extrĂŞmement difficile et il n’y a pas de garantie de mort instantanĂ©e avec un coup. D’après ce que l’on sait sur sa personnalitĂ©, il ne semble pas que CUSTER se soit suicidĂ©. Le suicide ne correspond pas avec la nature de l’homme, dont mĂŞme ses ennemis disaient qu’il ne connaissait pas la peur.

Par-dessus tout, CUSTER Ă©tait un homme de son temps et il avait la nature d’un guerrier romantique. Bien qu’il eĂ»t vu d’autres mourir dans les mains des Indiens, la mort de sa propre main aurait Ă©tĂ© totalement contraire Ă  sa philosophie. Il est plus vraisemblable que la blessure sur le cĂ´tĂ© gauche du thorax fut la première insulte Ă  son corps. Il n’y a pas de raison pour qu’elle ait Ă©tĂ© faite après le coup dans la tĂŞte. Cette blessure au thorax, bien que probablement pas mortelle tout de suite, aurait gravement handicapĂ© le cĂ´tĂ© gauche du corps, rendant tout mouvement du bras gauche extrĂŞmement douloureux, sinon impossible. Ceci exclut le coup de feu dans la tĂŞte en utilisant la main gauche, et transforme une balle dans la tempe gauche avec la main droite en quasi impossibilitĂ©. Dans l’éventualitĂ© oĂą CUSTER eĂ»t pointĂ© un pistolet sur sa tempe, n’importe quel coup aurait laissĂ© deux marques. D’abord, il y aurait eu les brĂ»lures de la poudre, de grosses brĂ»lures. Ensuite, ce grand coup dans la tĂŞte aurait arrachĂ© une partie de la boĂ®te crânienne. Aucune de ces conditions ne fut observĂ©e sur le corps. Il semblerait donc que le suicide, en considĂ©rant les perspectives apportĂ©es par sa personnalitĂ© et les lois de la physique, n’est pas probable. Qu’en est-il alors de son frère ou d’un autre officier qui aurait abattu le commandant d’un coup de feu pour lui Ă©viter la capture et la torture ? Ceux qui ont Ă©tudiĂ© les personnalitĂ©s et les relations de ces frères pensent que c’est presque impossible Ă  croire, et la thĂ©orie n’est appuyĂ©e d’aucune preuve. N’importe quel coup tirĂ© Ă  bout portant, que ce soit par Tom CUSTER ou un autre officier, aurait laissĂ© les mĂŞmes traces que s’il l’avait fait lui-mĂŞme : de grosses brĂ»lures ou une partie du crâne arrachĂ©e. Et un officier qui lui aurait tirĂ© dessus depuis plus loin ? A cause de la fumĂ©e, de la poussière, de la confusion et de l’intensitĂ© de la bataille, les chances que cette hypothèse soit vraie sont minimes. On peut tirer de ces faits quelques conclusions, qui ont plus de mĂ©rite que toute autre faite Ă  ce jour. D’abord, CUSTER a probablement Ă©tĂ© blessĂ© au thorax Ă , ou près de, « Last Stand Hill Â». On ne saura jamais Ă  quel degrĂ© d’incapacitĂ©, mais il est probable que ce fut un coup perdu ou un coup heureux, car il est connu que les Indiens tiraient mal. Les dernières Ă©tudes archĂ©ologiques faites sur le champ de bataille indiquent que quatre vingt dix pour cent des soldats avaient Ă©tĂ© blessĂ©s et Ă©taient encore vivants lorsque le combat prit fin. C’est un fait qui revient tout le temps lors des combats dans l’histoire. Ces blessĂ©s furent tuĂ©s plus tard, beaucoup par les femmes et les enfants qui se dĂ©plaçaient avec les guerriers. A ce moment-lĂ , CUSTER, s’il n’était pas dĂ©jĂ  mort, fut tuĂ© par un Indien depuis une distance oĂą un coup fatal n’aurait pas laissĂ© de traces de poudre brĂ»lĂ©e. A six heures le soir du 25 Juin 1876, George Armstrong CUSTER Ă©tait mort des suites de la bataille. Ce qu’il avait cherchĂ© toute sa vie Ă©tait maintenant Ă  lui : une gloire Ă©ternelle et immortelle. Moi, je dis que cet amerloque peut se tromper, car les cavaliers de l’époque, bien que droitiers, utilisaient toujours le pistolet de la main gauche, la main droite Ă©tant celle qui tenait le sabre, plus noble. Au corps Ă  corps, continuant Ă  se dĂ©fendre de la main droite dans laquelle il tenait son sabre, il peut très bien s’être tirĂ© une balle dans la tĂŞte avec la main gauche. L’auteur invoque la peur en l’associant au suicide. Mais le suicide dans une telle bataille n’est pas forcĂ©ment un signe de peur. Il peut très bien vouloir dire aussi Â« Vous ne m’aurez pas vivant, bande de macaques ! Ah, vous voulez me torturer ? Eh bien, regardez un peu ce que j’en fais, moi, de votre canoĂ©-kayak ! Â» J’imagine très bien un Indien qui lui enfonce sa lance dans le cĹ“ur juste après pour dire qu’il a tuĂ© le grand chef « Cheveux Jaunes Â» et s’en vanter ensuite auprès des autres guerriers, ou simplement de rage parce que l’autre est parti voir le Grand Esprit avant qu’on ne lui donne son billet. Mais, lorsqu’on sait comment ça crache les flammes, un revolver qui tire de la poudre noire, on aurait du remarquer que la tempe de ce monsieur Ă©tait brĂ»lĂ©e tout autour du trou fait par la balle. Comme les corps Ă©taient mutilĂ©s, noircis, gonflĂ©s, très probablement maculĂ©s de sang partout et dĂ©jĂ  en dĂ©composition, bonjour d’odeur et le bruit des mouches, il n’est pas impossible que les tĂ©moins qui ont ensuite dĂ©crit ce qu’ils ont vu, des militaires et pas des mĂ©decins chargĂ©s d’un autopsie en règle, ne se soient pas trop attardĂ©s sur les dĂ©tails et qu’ils aient nĂ©gligĂ© de signaler les brĂ»lures. Quant Ă  l’histoire oĂą la moitiĂ© de la tĂŞte aurait dĂ» partir avec le coup, c’est pas Ă©vident. On a vu des photographies de l’époque avec des bandits criblĂ©s de trous faits par des balles de .44, dont plusieurs dans la tĂŞte, et la boĂ®te crânienne a tenu bon. N’éliminons pas la thèse du coup de revolver tirĂ© de plus loin que le canon sur la tempe, par un collègue pour lui Ă©viter la honte de la capture oĂą il aurait Ă©tĂ© exhibĂ© de partout, ce grand chef Blanc qui voulait notre mort et qu’on a enfin vaincu, et bien entendu la torture, longue et douloureuse pour bien le faire souffrir, ce salaud qui disait partout qu’un « bon Indien est un Indien mort Â». Ca collerait bien. Mais un coup de lance perdue dans le thorax qui le fait crever en dernier, puis un coup de carabine Indienne dans la tĂŞte depuis dix mètres, ça collerait aussi…

Deux nouveaux stands de tir Ă  l’Aubinière

Au bout du champ de tir de 300 m, les cibles avec derrière une tranchée où sont récupérées les balles pour être recyclées.
Au bout du champ de tir de 300 m, les cibles avec derrière une tranchée où sont récupérées les balles pour être recyclées.

Les Arquebusiers du pays d’Ancenis ont inaugurĂ© leur nouvel Ă©quipement, jeudi, avec notamment un stand de tir sportif Ă  300 mètres.

« Nous sommes parmi les rares clubs de l’Ouest Ă  possĂ©der un tel stand de tir sur cette distance. » Yves Cottinneau, prĂ©sident des Arquebusiers du pays d’Ancenis, Ă©tait heureux, jeudi Ă  l’Aubinière, d’inaugurer le nouvel Ă©quipement du club de tir sportif, soit deux stands, l’un Ă  10 m, l’autre Ă  300 m.

Cet investissement a pu se rĂ©aliser grâce Ă  des subventions de la rĂ©gion, de la communautĂ© de communes du pays d’Ancenis dans le cadre du contrat de territoire, de la ville d’Ancenis. Il a Ă©tĂ© fait appel, aussi, aux sociĂ©taires, pour des dons et des emprunts, afin de finaliser les travaux… Sans oublier la participation active des bĂ©nĂ©voles sur le chantier.

Afin de marquer cet Ă©vĂ©nement, les Arquebusiers avaient invitĂ© Laurent Guioullier, champion de France et deux fois champion d’Europe aux armes anciennes. Il a prĂ©sentĂ© les copies de deux armes, amĂ©ricaine et anglaise, utilisĂ©es dans les annĂ©es 1860-1880 et dont le chargement s’effectue par le canon. Poudre et balle provoquent au dĂ©clenchement de la gâchette un bruit Ă©tourdissant dans le hall de tir bien protĂ©gĂ© et Ă  l’extĂ©rieur.

Ces nouveaux stands s’inscrivent dans une longue histoire. Un premier stand a en effet Ă©tĂ© construit en 1896 afin d’entraĂ®ner les soldats stationnĂ©s Ă  Ancenis. L’association, originaire de Nantes, devient, Ă  Ancenis, celle des Arquebusiers de l’Ouest. Ă€ ses dĂ©buts, en 1966, elle comptait une vingtaine de membres.

En 1987, le stand Ă©tait en friche. Les sociĂ©taires ont alors nettoyĂ© et installĂ© huit postes de tir pour le 100 m/200 m, trois postes Ă  100 m, un pas de tir de dix postes Ă  25 m. Ils ont aussi effectuĂ© des travaux de sĂ©curisation. Le bâtiment d’accueil est construit en 2004.

Tir sportif

« Aujourd’hui, nous sommes 250 inscrits, calcule le prĂ©sident, respectant l’esprit des arquebusiers, qui se traduit par la convivialitĂ©, l’entraide. » Les tireurs ont Ă  leur disposition cinq postes Ă  300 m et six postes Ă  10 m.

Le club assure la formation des nouveaux adhĂ©rents au cours d’une pĂ©riode de six mois Ă  raison d’un samedi par mois consacrĂ© la pratique (carabines, pistolets) et Ă  la lĂ©gislation des armes. La formation se termine par des tests Ă©crits et pratiques. « On ne s’inscrit pas dans un club pour avoir des armes mais pour pratiquer le tir sportif », insistent les responsables.

Les moniteurs de tir, les Ă©ducateurs du service des sports d’Ancenis et de l’Adapei (Association dĂ©partementale des parents et amis de personnes handicapĂ©es mentales) organisent des stages qui connaissent un vif succès.

L’association propose aussi des animations spĂ©cialisĂ©es comme le tir aux armes rĂ©glementaires, le tir western, le tir sportif de vitesse, le ball-trap. De grands rassemblements sont organisĂ©s Ă  l’occasion de la Duchesse-Anne, le challenge amical qui regroupe soixante-dix tireurs venus de toute la France pendant quatre jours, la coupe Galland…

Source (Ouest-France)

Un complexe de tir à 300 mètres

Sur le terrain du 300 mètres, Yves Cottineau (à droite) et Philippe Régnier (1er plan à gauche) préparent la nouvelle saison.
Sur le terrain du 300 mètres, Yves Cottineau (à droite) et Philippe Régnier (1er plan à gauche) préparent la nouvelle saison.

 

Avant le concours de tir en octobre, les Arquebusiers vont bĂ©nĂ©ficier d’un nouveau stand de tir Ă  300 mètres.

Il y a quelques jours, les Arquebusiers du Pays d’Ancenis ont prĂ©sentĂ© le concours de tir de loisir des trois Pays Challenge du Pays. La compĂ©tition se dĂ©roulera les 13 et 14 octobre, au stand de l’Aubinière Ă  Ancenis. « Il y aura six disciplines pour armes d’Ă©paules Ă  200 mètres », rappelle Philippe RĂ©gnier, le secrĂ©taire.

Dans quelques semaines, les Arquebusiers dĂ©voileront Ă©galement leur nouveau stand de tir Ă  300 mètres. « Notre complexe de tir comprend actuellement un tir Ă  25 mètres, 50 mètres, 100 mètres, 200 mètres. Prochainement, on pourra tirer Ă  10 mètres et enfin Ă  300 mètres. Nous aurons le 6e stand de tir civil en France Ă  possĂ©der un tir Ă  300 mètres. Cela grâce aux efforts de nombreux bĂ©nĂ©voles du club qui ont oeuvrĂ© pour la rĂ©ussite de cet investissement », souligne Yves Cottineau. Le vice-prĂ©sident n’a pas mĂ©nagĂ© sa peine pour parvenir Ă  offrir aux Anceniens et aux habitants du Pays, un vrai atout pour les amateurs et amoureux des armes.

Ă€ noter que le 26 juillet dernier, s’est dĂ©roulĂ© une animation « Couleurs Parasol » au stand de L’Aubinière. Cinquante enfants ont tirĂ© sur des cibles Ă  25 mètres. Tout cela en toute sĂ©curitĂ©. Ils ont apprĂ©ciĂ© les conseils et les explications des Arquebusiers bĂ©nĂ©voles qui ici vivent leur passion.

 

Source (Ouest-France)

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