2014

Le Remington « rolling block » militaire

Traduction d’un article de George J LAYMAN paru dans D.G.W. Blackpowder Annual 1988

« D’une simplicitĂ©, d’une robustesse, d’une durabilitĂ© et d’une rapiditĂ© de feu inĂ©galĂ©es… Plus de 1 600 000 du cĂ©lèbre fusil Remington ont Ă©tĂ© vendus Â» Ces mots sont tirĂ©s du catalogue d’armes Remington de 1902.

Des déclarations aussi vantardes que celle-là, faites en tant que publicité pour le fusil militaire Remington Rolling Block modèle 1897 qui venait de sortir, rappelait au monde que cette célèbre famille d’armes à feu n’était toujours pas près d’être mise à la retraite.

Le Springfield Trapdoor, le fusil Sharps et presque toutes les autres armes d’épaule militaires à un coup étaient tous, il est vrai, condamnés à l’obsolescence pour le tournant du siècle. Mais le fusil à chargement par la culasse conçu par Joseph RIDER et inspiré de Leonard GEIGER n’était, lui, pourtant pas encore considéré comme dépassé. Jusqu’à 1900, pas moins de vingt-cinq nations avaient, soit adopté, soit commandé, d’innombrables quantités de Remington Rolling Block pour leurs forces armées ou garde nationale ou civile. Jusqu’à une époque aussi tardive que la Première Guerre Mondiale, le gouvernement Français avait commandé plusieurs milliers du fusil Remington Rolling Block pour poudre sans fumée en calibre 8 millimètres, et dans cette deuxième décade du vingtième siècle, ils combattaient aux côtés des Browning Automatic Rifle et d’autres armes contemporaines de l’époque.

Au moins quatre pays avaient obtenu des droits de fabrication pour produire l’arme dans leurs propres arsenaux. A la fin de la Première Guerre Mondiale, plus de 2 000 000 de ces fusils Ă  bloc roulant existaient, produits soit par Remington ou par d’autres nations outre Atlantique.

Mais les temps n’avaient cependant pas toujours été fastes pour la Remington Arms Company, car la compagnie avait presque sombré dans l’oubli juste avant que le système du bloc roulant grimpât vers la gloire. En 1865, Remington fit l’expérience d’un baisse d’affaires due à la saturation en matière d’armes juste après la Guerre Civile, tout comme pratiquement la totalité de ses concurrents. Après avoir vendu plusieurs milliers de ses excellents revolvers à percussion au Gouvernement Fédéral, Remington se retrouva brusquement en compétition avec le gouvernement des Etats Unis, pour le marché des surplus d’armes et de munition à la fin de la guerre. Les institutions militaires n’avait plus besoin maintenant de ces vastes quantités d’armes d’ordonnance qu’elles avaient en trop. Il fallait quelque chose de révolutionnaire pour satisfaire le nouveau marché sophistiqué de l’armement d’ordonnance américain.

L’usine d’Oliver WINCHESTER à New Haven, état du Connecticut, avait innové avec B. Tyler HENRY, sous la forme de la Winchester modèle 1866 en fusil et en carabine. C’est ce qui mit le concurrent direct du fusil Henry à l’époque de la guerre, la Spencer Repeating Arms Company, sur le chemin de la catastrophe financière. Le pain et le beurre de Remington étaient à ce moment-là les revolvers à percussion modèles New Army et Navy, qui avaient été ponctuellement livrés au gouvernement. Son concurrent le plus sérieux, la Colt Patent Firearms Company, qui avait commencé elle aussi comme fabricant de revolvers, était déjà en train d’améliorer ses armes de poing à percussion en les transformant pour tirer des cartouches métalliques.

Vers la fin de 1863, Remington donna des instructions à Joseph RIDER de Newark, Ohio, pour qu’il reprît un système d’arme d’épaule à un coup qui lui avait été proposé à l’origine par Leonard GEIGER de New York. Joseph RIDER fut donc le concepteur du fusil Remington Rolling Block. Le premier brevet du nouveau système fut déposé en 1868. RIDER naquit en 1817 et mourut en 1901. Il était originaire de Newark, Ohio. Le résultat final des travaux de RIDER deviendrait la pain béni de Remington, en donnant au public l’occasion d’acquérir une arme extraordinaire.

Bien que RIDER commençât déjà à travailler sur le système original GEIGER vers la fin de 1863, l’arme ne fut pas produite avant le début de 1865, quand les hostilités entre le Nord et le Sud furent sur le point de s’achever. Connue sous le nom de carabine Remington Split Breech, soit à bloc pivotant, ce précurseur du bloc tournant fut immédiatement achetée par le gouvernement, mais arriva trop tard en service pour voir le combat. Bien que l’arme fût chambrée pour la cartouche relativement moyenne à percussion annulaire Spencer en calibre .56, RIDER savait que son système de bloc pivotant laissait beaucoup à désirer en matière de solidité. Il eut tôt fait d’améliorer le système, en remplaçant le bloc d’origine se séparant en deux, par un autre beaucoup plus robuste.

La carabine Remington Ă  bloc pivotant de RIDER

remington 2

Croquis original du brevet de Leonard GEIGER du 27.01.1862

remington 1

RIDER le prĂ©senta Ă  l’inspection chez Remington vers la fin de 1865, et il devint le système Number One, c’est-Ă -dire NumĂ©ro Un. ProfondĂ©ment confiant, Remington fut persuadĂ© que le fusil avec son nouveau système de bloc roulant serait un coup au but immĂ©diat dans les forces des Etats Unis. MalgrĂ© les arguments plutĂ´t convaincants de la compagnie que le nouveau fusil serait le bon choix pour convertir les milliers de mousquets Ă  chargement par la bouche en calibre .58 disponibles dans les inventaires du gouvernement, le Ministère de la Guerre, ou War Department, avait dĂ©jĂ  d’autres idĂ©es en tĂŞte. Après avoir Ă©tĂ© choisi lors des essais d’armes Ă  chargement par la culasse de 1865, le système dit « Trapdoor Â» conçu par F.S. ALLIN chez Springfield Armory Ă©tait parti pour devenir la nouvelle arme de service de l’Army. En dĂ©pit du fait que l’arme de Remington possĂ©dait une système plus simple, supĂ©rieur, l’Army se cantonna dans son choix « maison Â». Le Rolling Block ne fut achetĂ© qu’en quantitĂ©s limitĂ©es pour les tests et les Ă©valuations.

Le brevet de Joseph RIDER renouvelé le 31.12.1872

remington 3

Jamais découragés ni lents à la détente, les frères REMINGTON ouvrirent intrépidement un marché nouveau et lucratif de l’autre côté de l’Atlantique ! Si l’habileté au commerce fut jamais un facteur de succès en matière d’affaires, ce fut bien là la clé de l’ascension du Remington Rolling Block vers la gloire. En Février 1866, les frères étaient prêts à lancer une tournée de démonstration du bloc roulant en Europe. Entre eux, ils décidèrent que celui qui serait le plus capable et le plus convaincant de toute la famille, serait Samuel. Samuel REMINGTON était un gentilhomme poli, sociable et à l’esprit vif, dont la qualité exceptionnelle était qu’il pouvait être parfaitement à l’aise, aussi bien avec les gens les plus frustes qu’avec le prince le plus impérial. Cette qualité s’avérera être le secret du volume des ventes du Rolling Block. En été 1866, Sam s’embarqua pour l’Europe, emportant avec lui des fusils et des carabines à bloc roulant. Au fur et à mesure qu’il voyageait à travers le continent, les observateurs militaires de tous les pays apportèrent une attention toute particulière à ces armes. A elle toute seule, l’Europe était sur la brèche pour l’adoption d’une arme à chargement par la culasse de bonne conception. Aidées par la personnalité extravertie et vive de Sam, les présentations firent que le système à bloc roulant devint incroyablement populaire auprès de beaucoup de hauts dignitaires Européens. Lors de l’Exposition Impériale de Paris en 1867, à la surprise de Samuel REMINGTON lui-même, la Haute Commission de l’Armement, sous la présidence du Maréchal de France CANROBERT et les experts en armes d’ordonnance de Belgique, d’Autriche, de Suède, d’Espagne et de l’Italie, accordèrent la Médaille d’Argent de l’exposition au système Remington Rolling Block !

Peu de temps après, Sam prit la première grosse commande de sa compagnie de la part d’un client EuropĂ©en, le Danemark. Ce pays commanda 42 000 fusils et carabines pour ses forces armĂ©es et, en travaillant ensemble, Remington et les autoritĂ©s d’ordonnance danoises dĂ©veloppèrent la cartouche de 11,7 X 51 MM dite aussi « Remington Danois Â». Il s’agissait d’une cartouche Ă  percussion annulaire utilisant une balle de 380 Grains poussĂ©e par 50 Grains de poudre noire Fg. En 1871, le Danemark avait obtenu les droits de fabrication pour produire le Rolling Block Ă  son propre arsenal de Copenhagen, et avait modifiĂ© la cartouche en percussion centrale. Le Rolling Block fut utilisĂ© par les Danois comme arme militaire de première ligne jusqu’en 1884, oĂą elle fut remplacĂ©e par une arme Ă  rĂ©pĂ©tition. En 1868, la Suède commanda 40 000 fusils, Ă  livrer sur une pĂ©riode de deux ans. Son voisin la Norvège suivit peu de temps après. La cartouche qui fut dĂ©veloppĂ©e pour ces deux pays scandinaves fut la 12,11 MM dite « Remington NorvĂ©gien/SuĂ©dois Â», dont la longueur n’était qu’un tout petit peu plus courte que la cartouche de .50/70 Govt. des Etats Unis. Comme par rĂ©action en chaĂ®ne, Samuel REMINGTON prenait des commandes partout oĂą il s’arrĂŞtait. Et sur le chemin du retour, la Marine des Etats Unis, la cĂ©lèbre United States Navy, dĂ©jĂ  satisfaite de ses pistolets Rolling Block qu’elle avait achetĂ©s en 1866, commanda 5 000 carabines Ă  la fin de 1868. En 1870, la Navy commanda 12 000 fusils « Ă  deux bandes Â» en .50/70 Govt., qui furent distribuĂ©s au Marine Corps et furent les premières armes d’épaule militaires tirant Ă  cartouche utilisĂ©es par les Etats Unis lors d’un conflit Ă  l’étranger. En 1871, le navire USS « COLORADO Â» et une petite flottille de vapeurs jeta l’ancre sur la cĂ´te CorĂ©enne, près de l’île de Kanghwa Do. Quand les nĂ©gociations pour ouvrir les portes du royaume ermite CorĂ©en s’envenimèrent, une altercation s’ensuivit et dĂ©gĂ©nĂ©ra en une sĂ©vère fusillade. Les fusiliers marins de la Navy se retrouvèrent infĂ©rieurs en nombre mais, après plusieurs jours d’accrochages, les forces CorĂ©ennes furent maĂ®trisĂ©es et le bastion de l’île fut pris. La fiabilitĂ© et le tir rapide du Remington Rolling Block avaient assurĂ© aux U.S. leur première victoire en terre Ă©trangère. En termes de chiffres purs dans les achats de Remington Rolling Block, l’Espagne remporta la première place des premiers clients en grande quantitĂ©. En 1866, les Espagnols achetèrent 10 000 conversions du fusil Ă  chargement par la bouche en calibre .58. Parfaitement satisfaite après l’évaluation du nouveau système, l’Espagne commanda 85 000 fusils et 10 000 carabines en 1869, dans le calibre 11,5 X 58 MM dit « Remington Espagnol Â». Ce calibre de 11 MM, alias .43 Espagnol, avait Ă©tĂ© conçu spĂ©cialement pour ĂŞtre le nouveau calibre rĂ©glementaire de l’Espagne, et il servit aux cĂ´tĂ©s de son homologue local, dit .43 Reformado, pendant plus de vingt-cinq ans. La fin officielle de son service fut l’annĂ©e 1898. Au dĂ©but de 1870, l’Espagne obtint les droits pour la fabrication du Rolling Block Ă  Oviedo, et il y Ă©tait encore fabriquĂ© dans les annĂ©es 1930 pour le marchĂ© civil espagnol.

Au cours des dĂ©monstrations de Samuel REMINGTON Ă  la fin des annĂ©es 1860, l’Egypte se montra fort intĂ©ressĂ©e par l’acquisition d’une arme Ă  chargement par la culasse pour son armĂ©e. Après voir envoyĂ© une commission Ă  l’Exposition ImpĂ©riale de Paris de 1867 pour se renseigner sur le Remington Rolling Block, le KhĂ©dive d’Egypte, IsmaĂ«l PACHA, invita Sam au Caire pour une Ă©valuation officielle. Les forces armĂ©es Ă©gyptiennes Ă©taient en cours de rĂ©-organisation par l’ancien GĂ©nĂ©ral ConfĂ©dĂ©rĂ© STONE et, après que leur utilisation du Remington Rolling Block eĂ»t Ă©tĂ© homologuĂ©e en 1869, le KhĂ©dive estimait qu’il Ă©tait impĂ©ratif pour lui d’en prendre livraison le plus vite possible. Dans l’esprit de faciliter une expĂ©dition rapide de 60 000 fusils et carabines, le dirigeant Egyptien offrit Ă  REMINGTON une parcelle de terrain dans le quartier le plus chic du Caire. Incapable de refuser sans offenser le KhĂ©dive, Samuel accepta et y fit construire une riche rĂ©sidence. Il ne l’utilisa toutefois qu’occasionnellement, et l’endroit servit aux Britanniques jusque dans les annĂ©es 1950, comme rĂ©sidence pour leurs personnalitĂ©s basĂ©es en Egypte. Les fusils Ă©gyptiens furent, tout comme leurs prĂ©dĂ©cesseurs des contrats europĂ©ens, chambrĂ©s pour une autre de ces cartouches Ă  percussion centrale dĂ©veloppĂ©es par Remington. Le 11 X 50 R MM dit « Remington Egyptien Â» ou .43 Egyptien, Ă©tait constituĂ© d’une balle calepinĂ©e en papier de 400 Grains, sur une charge de 75 Grains de poudre noire FFg. Elle donnait suffisamment de pouvoir d’arrĂŞt et de stabilitĂ© pour une utilisation dans les vents violents du dĂ©sert du Sahara. Mais la commande initiale de 60 000 fusils et carabines n’arriva jamais au Caire.

Juste avant le dĂ©but de la guerre Franco-Prussienne en 1870, la France envoya des acheteurs Ă  travers le monde pour se procurer des armes de tous types. La France Ă©tait en train de reconstruire et de moderniser frĂ©nĂ©tiquement ses forces, essentiellement armĂ©es de l’inefficace fusil Chassepot. D’une manière ou d’une autre, les acheteurs arrivèrent Ă  convaincre le gouvernement Egyptien qu’ils avaient besoin d’obtenir la toute nouvelle commande de Rolling Blocks, et les Egyptiens rĂ©silièrent d’eux-mĂŞmes le contrat qu’ils avaient conclu avec Remington. Le lot complet de fusils fut dĂ©tournĂ© vers Paris. En 1870-71, la France fit Ă  son tour une commande Ă  Remington, pour 130 000 fusils Rolling Block supplĂ©mentaires, mais elle dut les accepter en .43 Espagnol. MalgrĂ© ses fusils Rolling Block, son armĂ©e Ă©quipĂ©e de bric et de broc ne se dĂ©brouilla pas trop bien pendant la guerre Franco-Prussienne, et elle dut cĂ©der une grande partie de son territoire Ă  l’Allemagne. Mais, malgrĂ© ses pertes, la France, satisfaite de ses Remington Rolling Blocks, commanda 145 000 autres de ces fusils Ă  chargement par la culasse en 1874, sous le modèle « Garde Civile Â», et chambrĂ©s pour la nouvelle cartouche d’ordonnance en 11 MM Gras. Cette version arma les forces coloniales au Maroc, en AlgĂ©rie, et dans d’autres parties du monde.

En 1875, l’Egypte, après avoir passĂ© une nouvelle commande de 90 000 fusils Rolling Blocks, reçut finalement la quantitĂ© totale et les utilisa tout au long de la moitiĂ© du XIXe. siècle. Beaucoup des Rolling Block Egyptiens furent donnĂ©s au Soudan, et une quantitĂ© d’entre eux, dans les mains des Soudanais de Mahdi, les « fuzzy wuzzys Â», ou « foufous crĂ©pus Â», eut une part de responsabilitĂ© dans la dĂ©faite du GĂ©nĂ©ral Britannique Charles GORDON dit « le Chinois Â», lors du siège hĂ©roĂŻque de Khartoum en 1885.

Bien que le Danemark, l’Espagne, la France et l’Egypte fussent parmi les plus grands acheteurs de Remington, après 1873 beaucoup d’autres pays se portèrent acquĂ©reurs du « meilleur fusil militaire de son temps Â». En 1874, Les Etats Pontificaux commandèrent un nombre aujourd’hui inconnu de ces fusils pour armer les Gardes Suisses du Vatican, chambrĂ©s dans leur propre calibre 12,7 X 45 R MM dit « Remington Pontificio Â». Cette cartouche Ă  percussion centrale Ă©tait inhabituelle dans le fait que certaines Ă©taient fabriquĂ©es en papier et d’autres en cuivre, et que le bourrelet Ă©tait une pièce sĂ©parĂ©e attachĂ©e Ă  la douille. Entre 1871 et 1874, la Chine acheta 144 000 fusils, et en 1876, le Mexique fit sa deuxième acquisition de 4 000 armes avant de passer d’autres commandes. Le Rolling Block Ă©tait tellement populaire au Mexique que, mĂŞme bien après ses heures de gloire dans les annĂ©es 1870, beaucoup de ces vieux Remington Ă  poudre noire chevauchaient avec les soldados de Pancho VILLA en 1916. Le chambrage des Remington Rolling Block en .43 Espagnol concernait les trois-quarts des ventes de ce fusil entre 1870 et 1890, avec pratiquement toute l’AmĂ©rique Centrale et l’AmĂ©rique du Sud utilisant ce calibre.

Les seules exceptions furent le BrĂ©sil, qui commanda ses fusils en 11 MM « BrĂ©silien Comblain Â», et quelques autres pays d’AmĂ©rique Latine qui passèrent commande pour des armes rayĂ©es dans leur propres calibres. De toute Ă©vidence, beaucoup de clients militaires du Rolling Block ne voulaient pas de l’équipement standard des versions de production du Remington. C’était vrai Ă©galement pour les Etats Unis. Remington avait finalement rĂ©ussi Ă  convaincre au moins une partie de l’autoritĂ© militaire des Etats Unis que son Rolling Block Ă©tait un bon fusil de première ligne. En 1872, New York acheta un lot de fusils pour sa milice d’état, et demanda que ces armes chambrĂ©es en .50/70 fussent Ă©quipĂ©es d’un deuxième verrou de sĂ»retĂ©. Le Colonel George W. WINGATE dĂ©crivit le mieux ce mĂ©canisme dans son livre “Manual for Rifle Practice” Ă©crit en 1875 : Â« Le chien est disposĂ© de façon Ă  opĂ©rer en connexion avec un deuxième verrou, construit de manière Ă  permettre au chien de passer assez loin sous le bloc de culasse pour mettre celui-ci en sĂ©curitĂ© dès qu’il est fermĂ©. Dans cette position, le verrou secondaire est engagĂ© avec le cran du demi-armĂ©, et l’arme ne peut pas tirer sans que le chien soit armĂ© Ă  nouveau. Â» Ceci n’état pas une nouveautĂ© chez Remington, puisque le Rolling Block modèle 1871 de l’U.S. Army, fabriquĂ© chez Springfield Armory avait Ă©tĂ© construit avec un « système de sĂ©curitĂ© Â». On en sait pas si les armes produites Ă  Springfield l’ont Ă©tĂ© sous contrat avec Remington ou pas. Ce fusil ne fut cependant que l’un des concurrents aux essais des armes Ă  chargement par la culasse de 1872, et seules 10 000 de ces armes furent construites.

Vers les annĂ©es 1890, la fin de l’ère de la poudre noire approchait Ă  grands pas. En 1896, Remington sortit une version modernisĂ©e de son Rolling Block, le Fusil Militaire Modèle NumĂ©ro Cinq « Sans FumĂ©e Â», dit Modèle 1897. Ce fusil se vendit bien, malgrĂ© le fait que plusieurs fusils militaires Ă  rĂ©pĂ©tition tirant de la poudre sans fumĂ©e fussent dĂ©jĂ  en usage Ă  l’époque. La publicitĂ© de Remington elle-mĂŞme le dit peut-ĂŞtre mieux que n’importe autre dĂ©claration : Â«  Ces armes ont Ă©tĂ© produites pour satisfaire un besoin urgent de fusils Ă  grande puissance construits autour du système simple de Remington, que les armĂ©es connaissent si bien et pour qui les fusils compliquĂ©s Ă  chargeur ont Ă©tĂ© une source constante de problèmes et de dangers. Â» Une autre considĂ©ration importante dans la transition entre la poudre noire et la poudre sans fumĂ©e pour les autoritĂ©s militaires du monde entier, Ă©tait le prix. Un exemple : L’Allemagne prĂ©sentait ses divers modèles de fusils Ă  rĂ©pĂ©tition avec la culasse Mauser Ă  un prix standard de 35,00 $. Beaucoup de pays, particulièrement en AmĂ©rique Latine, ne pouvaient pas se permettre de payer ce prix, spĂ©cialement s’ils devaient rĂ©-armer leur force militaire toute entière. Les Remington Rolling Block modèles 1897 et 1902 Ă©taient listĂ©s Ă  20,00 $ pour le fusil et 18,00 $ pour la carabine, et ces prix Ă©taient souvent rĂ©duits jusqu’à 50 % pour les contrats militaires ! Après avoir fini le lot de 50 000 fusils chambrĂ©s en 8 MM Lebel qui avaient Ă©tĂ© commandĂ©s par la France de 1915 Ă  1916 pendant la Première Guerre Mondiale, la section « Rolling Block Â» de l’usine d’Ilion, dans l’état de New York, dĂ©monta et dĂ©mĂ©nagea tous ses outillages et Ă©quipements. Seul resta en fabrication le Fusil de Sport Modèle NumĂ©ro Quatre jusqu’en 1934, quand la production s’arrĂŞta pour lui aussi. L’utilitĂ© pratique du Remington Rolling Block militaire en tant qu’arme de combat efficace a depuis longtemps disparu. Sa dernière performance dans les mains d’une puissance militaire a Ă©tĂ© contre l’Espagne lors de la Guerre de 1898. Mais, entre 1961 et 1965, au dĂ©but de la Guerre du Vietnam, on a vu quelques Rolling Blocks dans les mains du Viet Cong. Ces fusils, chambrĂ©s pour la cartouche de 7,62 MM Russian, avaient probablement Ă©tĂ© donnĂ©s aux Nord-Vietnamiens par la Russie dans les annĂ©es 1950, et provenaient de surplus achetĂ©s par le gouvernement du Tsar Ă  Remington en 1915. Aujourd’hui, beaucoup de tireurs aux armes anciennes utilisent des fusils Remington Rolling Block et semblent vouloir continuer Ă  le faire pour les prochaines annĂ©es Ă  venir. Pendant plus d’un siècle, cette arme vĂ©nĂ©rable est restĂ©e, sans aucun doute, Â« Le Meilleur Choix du Monde ! Â»

Pour les Français, on retient : Premier contrat en 1870, 130 000 en .43 Espagnol ; Contrat Egyptien commandĂ© en 1869 et piquĂ© en 1871 : 60 000 en .43 Egyptien ; Deuxième contrat de 1871 Ă  1874 : 145 000 en 11 MM Gras ; Troisième contrat en 1915 : 50 000 en 8 MM Lebel. Soit un total de 385 000 fusils au moins sur une estimation de 2 000 000, ou près de 20 % de la production totale. Et nos acheteurs n’ont mĂŞme pas eu Ă  donner un morceau de terrain Ă  l’oncle Sam comme les Egyptiens, juste une montagne de pĂ©pètes pour des armes qui ne nous ont servi Ă  rien de bien Ă  l’époque… Derrière, la Chine avec 144 000 de 1871 Ă  1874, puis l’Espagne avec 95 000 en 1869 et l’Egypte avec 90 000 en 1875.

LA MORT DE « CHEVEUX JAUNES »

Traduction d’un article de Tom E. O’NEIL paru dans D.G.W. Blackpowder Annual 1993

C’était le 27 Juin 1876. La brume du petit matin se dissipait alors que les soldats du GĂ©nĂ©ral Alfred TERRY arrivaient dans la vallĂ©e de la rivière Little Big Horn. A cet endroit, deux jours plus tĂ´t, Georges Armstrong CUSTER ainsi que deux cent dix hommes de son bien-aimĂ© 7ème. U.S. Cavalry et sous son commandement, avaient rencontrĂ© leur destin. Au fur et Ă  mesure que les hommes de TERRY avançaient sur le champ de bataille, ils dĂ©couvraient des corps horriblement mutilĂ©s et le spectacle de ce qui avait du ĂŞtre un combat dĂ©sespĂ©rĂ©. Quand les soldats arrivèrent plus haut dans les collines, ils trouvèrent le corps de celui que la Guerre Civile avait rendu cĂ©lèbre, le chef de la Guerre Indienne, mort Ă  l’âge de trente six ans. On retrouva les restes de la « Fleur de l’ArmĂ©e AmĂ©ricaine Â» Ă©parpillĂ©s sur une surface que l’on pourrait appeler la zone de commandement, un petit promontoire en haut de ce qui est devenu « La Colline de la Dernière Position Â». C’est lĂ , aux cĂ´tĂ©s de celui de CUSTER, que l’on retrouva les corps de neuf hommes, dont son premier assistant, le Lieutenant William Winer COOKE, et son frère Thomas Ward CUSTER qui lui avait servi d’aide de camp pendant cette campagne. On retrouva le cadavre de CUSTER sur celui de deux cavaliers, le Chef Trompette Henry VOSS et le Porte-Drapeau le Sergent John VICTORY. VICTORY gisait face au ciel, le bras droit coupĂ© Ă  la hauteur de l’épaule. VOSS gisait en croix sur lui, face contre terre. CUSTER se trouvait entre les deux, presque nu, affaissĂ© en position couchĂ©e. Seules ses hanches touchaient le sol, son bras gauche Ă©tait Ă©tendu naturellement, et sa jambe droite reposait sur un autre corps couchĂ© Ă  ses pieds. Son avant-bras droit Ă©tait si contractĂ© que son coude s’appuyait sur l’un des corps sur lequel il Ă©tait couchĂ©. Sa tĂŞte pendait. On aurait vraiment cru qu’il Ă©tait en train de faire une de ses fameuses siestes, mais il ne devait jamais se rĂ©veiller de ce sommeil-lĂ . Le corps de CUSTER avait Ă©tĂ© dĂ©pouillĂ© de ses vĂŞtements, Ă  l’exception de ses chaussettes de laine et de la cambrure de l’une de ses bottes. Il y avait deux blessures par balles sur le cadavre : l’une dans la tempe gauche, Ă  mi-hauteur entre l’oreille et l’œil, et la deuxième traversait la cage thoracique juste sous le cĹ“ur. La mutilation du corps Ă©tait faible en comparaison de la plupart des soldats qui avaient Ă©tĂ© horriblement dĂ©figurĂ©s. Une flèche avait Ă©tĂ© poussĂ©e dans son pĂ©nis et la cuisse gauche avait Ă©tĂ© lacĂ©rĂ©e au couteau, mettant l’os Ă  nu. Son auriculaire droit avait Ă©tĂ© coupĂ©, probablement pour rĂ©cupĂ©rer son anneau de West Point. Le cadavre avait virĂ© au noir sous l’effet de l’exposition au soleil, et le torse et l’estomac Ă©taient gonflĂ©s par l’expansion des gaz qu’ils renfermaient. Des milliers de mouches tournaient autour du cadavre qui commençait dĂ©jĂ  Ă  pourrir. Bizarrement, au milieu de tout ce carnage, des tĂ©moins rapportèrent que son visage exprimait presque la paix, et qu’il ne laissait paraĂ®tre aucune trace d’agitation. On a suggĂ©rĂ© de dĂ©terrer le corps de CUSTER pour l’examiner avec des mĂ©thodes modernes et dĂ©terminer comment il mourut. CUSTER fut d’abord enterrĂ© dans une tombe peu profonde et une annĂ©e passa avant que l’armĂ©e revĂ®nt sur les lieux et enterrât Ă  nouveau les hommes. Il semble que le cadavre fut tirĂ© de son trou par les loups et les coyotes. La troupe chargĂ©e du nouvel enterrement, dirigĂ©e par le Capitaine Michael SHERIDAN, frère du GĂ©nĂ©ral Phil SHERIDAN, ne fut mĂŞme pas sĂ»re d’avoir trouvĂ© la bonne tombe. En toute connaissance de cause, les restes qui sont enterrĂ©s Ă  West Point sont au mieux le crâne de CUSTER, une partie de la colonne vertĂ©brale, et une poignĂ©e d’ossements plus petits.

A l’époque de sa mort, George Armstrong CUSTER avait le grade de Lieutenant Général, pas de Général. Comme beaucoup d’officiers, il avait gravi les échelons pendant la Guerre Civile. A l’âge de vingt quatre ans, CUSTER avait été nommé Major Général pour commander la Troisième Division de Cavalerie de l’Armée du Potomac. Ceci ferait de lui le deuxième des officiers supérieurs les plus jeunes de l’Histoire, une distinction qu’il tient toujours. Seul le Marquis de Lafayette, lors de la Guerre de la Révolution, était plus jeune que lui. A la fin de la Guerre Civile, tous les officiers brevetés reprirent leur rang normal dans l’armée. Encore Major Général, CUSTER avait été envoyé au Texas pour combattre éventuellement contre les Français au Mexique. Au Texas, CUSTER se vit notifier qu’il avait été relégué à son rang normal de Capitaine. Il ne s’agissait pas là d’une punition, mais d’une pratique militaire courante en ces temps-là. En un rien de temps, CUSTER fut promu Major, puis Lieutenant Colonel. On n’avait encore pratiquement jamais vu ce genre de promotion à l’époque et elle en dit beaucoup sur la confiance que les supérieurs de CUSTER plaçaient en lui.

En fait, CUSTER n’était pas le vrai commandant officiel du tout nouveau 7ème. U.S. Cavalry. Ce poste Ă©tait occupĂ© par un certain Colonel SMITH, puis par un Colonel STURGIS, dont le fils allait d’ailleurs mourir avec CUSTER. Le GĂ©nĂ©ral SHERIDAN gardait toujours ces Colonels loin du 7ème. Cavalry lorsque celui-ci Ă©tait en campagne. C’est pourquoi CUSTER Ă©tait, en mission, considĂ©rĂ© comme le vrai commandant du 7ème. Pour le public, le 7ème. Ă©tait « Celui de CUSTER. Â»

Les annĂ©es passant, beaucoup de lĂ©gendes ont crĂ» sur la vraie cause de la mort de CUSTER, certaines d’entre elles sortant tout droit d’Hollywood. Nous allons essayer de retracer tous ses gestes et tenter de montrer comment CUSTER mourut probablement, et quand. La cause exacte de la mort de CUSTER restera un mystère Ă©ternel. Ce n’est rien d’autre que l’un de tous ces puzzles formant ce Dimanche de Juin 1876, l’annĂ©e oĂą la nation cĂ©lĂ©brait son centenaire. Si l’on veut Ă©tudier la nature de sa mort, il faut en mĂŞme temps prendre en compte tous les endroits oĂą elle eĂ»t pu avoir lieu. Parmi toutes les thĂ©ories sur l’endroit oĂą CUSTER est mort, on a : il a Ă©tĂ© tuĂ© par l’un des Ă©claireurs Indiens avant que l’unitĂ© fĂ»t vraiment engagĂ©e dans la bataille ; il a Ă©tĂ© tuĂ© par une balle Indienne Ă  l’endroit oĂą le canyon Medecine Tail Coulee donne sur la Little Big Horn River ; il a Ă©tĂ© tuĂ© en haut des collines s’éloignant de Calhoun Hill ; ou il a Ă©tĂ© tuĂ© sur la « colline de la Dernière Position Â». Dans les « tueurs Â» de CUSTER on trouve, mis Ă  part l’éclaireur mentionnĂ© prĂ©cĂ©demment, ou les Ă©claireurs, certains Indiens, son frère Tom, ou d’autres officiers. Certains suggèrent qu’il mourut de sa propre main. Beaucoup de ces scĂ©narios de mort, Ă  cause de leur cĂ´tĂ© « sensationnel Â», ont trouvĂ© leur voie dans des publications prestigieuses. Malheureusement, peu d’entre elles constituent des preuves de ce qui s’est vraiment passĂ©. Depuis 1876, chacun de ces scĂ©narios de mort a eu ses champions, et en analyse finale, chacun d’eux mĂ©rite un peu de crĂ©dibilitĂ© puisque la vĂ©ritĂ© ne sera jamais connue. Mais un peu de travail de dĂ©tective permettra de mieux comprendre le mystère, Ă  dĂ©faut d’arriver Ă  une conclusion certaine.

Il y a très peu de preuves que CUSTER pĂ»t ĂŞtre tuĂ© plus tĂ´t ou près de Cedar Coulee, ou mĂŞme un peu après, lĂ  oĂą le Medecine Tail Coulee donne sur la rivière. Cette version de la mort de CUSTER ressemble plus Ă  de la fiction qu’à une sĂ©rieuse investigation historique et/ou militaire. D’après ce que nous savons des mouvements militaires ce jour-lĂ , l’éventualitĂ© d’une blessure ou d’une mort prĂ©maturĂ©es de CUSTER reste assez faible. Par exemple, David H. MILLER raconta que l’Indien White Cow Bull prĂ©tendit en 1938 avoir tuĂ© un homme vĂŞtu de peau Ă  l’embranchement du Medecine Tail Coulee, et que la monture de sa victime avait quatre « chaussettes Â» blanches, tout comme Vic, le cheval sur lequel Ă©tait montĂ© CUSTER lors de la bataille. Il est vraiment extraordinaire que la mĂ©moire de cet Indien fĂ»t restĂ©e aussi vive soixante deux ans après le peu de temps que dura cette action Ă  cet endroit-lĂ . Il faut prendre en considĂ©ration deux Ă©tats de fait importants. Le premier, c’est que plus tĂ´t dans la journĂ©e, CUSTER avait enlevĂ© sa veste de peau et avait mis sa chemise bleue. Avec une tempĂ©rature ambiante tournant autour de 90°, soit + 32,22 ° C, et une saturation en vapeur d’eau en rapport avec cela, il est hautement improbable qu’il ait remis sa veste depuis. Le deuxième, c’est que si White Cow Bull Ă©tait vraiment lĂ , dans un air chargĂ© de fumĂ©e et de poussière, il devait ĂŞtre lui-mĂŞme en train de courir de tous les cĂ´tĂ©s pour Ă©viter qu’on lui tire dessus. En gardant cette situation Ă  l’esprit, il est plutĂ´t difficile de croire que quelqu’un pĂ»t se souvenir de la couleur des chaussettes d’un cheval qu’il voyait de l’autre cĂ´tĂ© de la rivière. Une autre thĂ©orie dit que CUSTER fut abattu par un Ă©claireur Indien fĂ©lon. Cette histoire est presque aussi vieille que la bataille elle-mĂŞme. Elle a Ă©tĂ© exploitĂ©e au point de dĂ©signer l’éclaireur Mitch BOUYER. La lĂ©gende selon laquelle BOUYER Ă©tait de connivence secrète avec les hostiles parce qu’il Ă©tait demi-sang eut sa ration de gloire dans la presse, mais elle ne rĂ©siste pas non plus Ă  l’analyse. Premièrement, il n’y a aucune raison pour laquelle BOUYER ou tout autre Ă©claireur eĂ»t pu tuer CUSTER. A quoi cela aurait-il servi ? Et imaginer une situation oĂą CUSTER ou ses officiers autour de lui eussent pu regarder calmement l’un ou l’autre des Ă©claireurs sorte son arme et lui tire dessus, est plutĂ´t tirĂ© par les cheveux. Si BOUYER ou tout autre Ă©claireur avaient fait ça, il aurait Ă©tĂ© abattu sur le champ, et le corps du meurtrier, ou de celui qui aurait essayĂ© de le devenir, aurait Ă©tĂ© retrouvĂ© Ă  cet endroit. Avant l’engagement final, CUSTER libĂ©ra tous les Ă©claireurs de leur service sauf BOUYER lui-mĂŞme, et les Ă©claireurs quittèrent la zone des combats et vĂ©curent jusqu’à des âges avancĂ©s. Le corps de BOUYER fut retrouvĂ© Ă  des miles de l’endroit oĂą il aurait tuĂ© CUSTER.

L’autre histoire sur un CUSTER blessĂ© aurait eu lieu le long de la zone de bataille après qu’il eĂ»t quittĂ© Calhoun Hill. Il faut rĂ©flĂ©chir sur les raisons pour lesquelles le rĂ©giment dut manĹ“uvrer Ă  Calhoun Hill comme il l’a fait. Selon toute probabilitĂ©, lorsque CUSTER y arriva depuis la colline de Nye-Cartwright Ridge, il en avait assez d’attendre le Capitaine Frederick BENTEEN comme l’autre le lui avait proposĂ© directement. Plus tĂ´t dans la journĂ©e, BENTEEN avait Ă©tĂ© envoyĂ© en Ă©claireur vers le Sud avec deux compagnies pour observer les Indiens et les empĂŞcher de se sauver. Lorsque CUSTER trouva finalement le village principal, il envoya un ordre Ă  BENTEEN qui disait : Â« BENTEEN, revenez. Grand village. Faites vite. Apportez les bagages. W.W. COOKE. P.S. Apportez les bagages Â». CUSTER donnait lĂ  au Capitaine l’ordre exprès de revenir aussi vite que possible, en apportant avec lui la logistique qui incluait les rĂ©serves de munitions pour le rĂ©giment. L’ordre Ă©tait signĂ© de l’adjoint de CUSTER, William Winer COOKE, un officier nĂ© au Canada qui avait servi pendant la Guerre Civile. BENTEEN semble s’être dĂ©placĂ© Ă  la vitesse d’un singe paresseux alors qu’un trot ou un galop s’imposaient, et n’apporta pas non plus les rĂ©serves de munitions. En fait, il ne rĂ©percuta jamais l’ordre de CUSTER au train ! Au lieu de cela, BENTEEN rejoignit le Major Marcus RENO sur le haut d’une colline Ă  plus de quatre miles de l’endroit oĂą CUSTER se battait. RENO lui-mĂŞme avait reçu l’ordre de charger les Indiens, mais au lieu de cela et rencontrant peu d’opposition de l’ennemi, fit mettre pied Ă  terre par ses hommes juste en dehors du village. De lĂ , il emmena ses soldats dans une forĂŞt proche, puis suivit un chemin dans la vallĂ©e, traversa la rivière, et remonta les flancs de la colline, de l’autre cĂ´tĂ© de la rivière. CUSTER dĂ©cida qu’il ne pouvait pas attendre BENTEEN plus longtemps. Si l’on voulait obtenir la victoire, les unitĂ©s devraient aller jusqu’à l’intĂ©rieur du village mĂŞme. Sans la capture du camp ennemi, il n’y aurait aucune chance de gagner, ou peut-ĂŞtre mĂŞme de garder le commandement. Pour Georges Armstrong CUSTER, les concepts d’attaque et de victoire ne faisaient qu’un. Il est Ă©tonnant que, l’une des rares fois dans sa carrière militaire, CUSTER ait montrĂ© autant de patience jusque lĂ . Peut-ĂŞtre trop de patience. Cependant, des mouvements de troupes furent dĂ©libĂ©rĂ©ment ordonnĂ©s depuis Calhoun Hill, et ce n’est sĂ»rement pas un CUSTER blessĂ© qui aurait ordonnĂ© d’aller en avant. La nature de sa blessure au thorax l’aurait rendu incapable de faire quoi que ce soit, et le commandement serait passĂ© au Capitaine Miles KEOGH. On ne peut imaginer que KEOGH eĂ»t pu ordonner d’aller en avant avec un CUSTER blessĂ©. En fait, ce cas de figure dĂ©passe le possible car il ne correspond pas avec les circonstances. Il est ridicule de croire que KEOGH aurait fait traĂ®ner avec lui, sur un champ de bataille oĂą l’action rapide s’imposait, un CUSTER mort pour le dĂ©poser beaucoup plus loin, lĂ  oĂą son corps fut retrouvĂ©. En plus de cela, si KEOGH avait Ă©tĂ© obligĂ© de prendre le commandement, le premier adjoint, le lieutenant COOKE, aurait Ă©tĂ© retrouvĂ© mort Ă  cĂ´tĂ© de lui ou pas loin. On retrouva COOKE avec CUSTER. Cet Ă©tat de fait force Ă  penser que CUSTER Ă©tait vivant lorsqu’il mena ses hommes Ă  Â« Last Stand Hill Â», la colline de la dernière position ou, comme elle est parfois appelĂ©e, « Custer’s Hill », la colline de Custer. C’est donc un CUSTER bien vivant qui menait trois de ses cinq troupes jusqu’à l’endroit oĂą on le retrouva, les hommes de KEOGH et de CALHOUN restant derrière pour protĂ©ger les flancs. La « Colline de la Dernière Position Â» est le point le plus Ă©levĂ© de cette zone et surplombe le village Indien. Vers la fin de la bataille, cet endroit fut choisi pour des raisons de dĂ©fense. Il semble que, juste après avoir quittĂ© Calhoun Hill, CUSTER perdit toute possibilitĂ© d’agir indĂ©pendamment. En termes de militaire, il Ă©tait « engagĂ© de manière dĂ©cisive Â». Ce qui veut dire qu’il ne pouvait plus agir de sa propre initiative, sauf rĂ©pondre aux mouvements des Indiens. Une fois Ă  cet endroit, les hommes de CUSTER ne pouvaient plus rien faire d’autre qu’attendre la mort, puisque RENO et BENTEEN refusaient de quitter leur position relativement sĂ©curisĂ©e, bien qu’entendant les coups de feu qui venaient de la position de CUSTER. C’est lĂ  que CUSTER tomba, sur « Command Hill Â» tout en haut de « Last Stand Hill Â». C’est lĂ  qu’il faut pondĂ©rer sur la thĂ©orie du suicide, sinon pour sa logique, au moins pour l’attention qui lui a dĂ©jĂ  Ă©tĂ© portĂ©e. On a vu que seules deux blessures ont Ă©tĂ© observĂ©es sur le corps de CUSTER. Comme la blessure Ă  la tĂŞte se trouvait du cĂ´tĂ© gauche de la tempe, le suicide peut ĂŞtre Ă©cartĂ©. CUSTER Ă©tait droitier, et un droitier ne tente pas de se suicider en mettant un pistolet sur le cĂ´tĂ© gauche de la tĂŞte. Cela aurait Ă©tĂ© extrĂŞmement difficile et il n’y a pas de garantie de mort instantanĂ©e avec un coup. D’après ce que l’on sait sur sa personnalitĂ©, il ne semble pas que CUSTER se soit suicidĂ©. Le suicide ne correspond pas avec la nature de l’homme, dont mĂŞme ses ennemis disaient qu’il ne connaissait pas la peur.

Par-dessus tout, CUSTER Ă©tait un homme de son temps et il avait la nature d’un guerrier romantique. Bien qu’il eĂ»t vu d’autres mourir dans les mains des Indiens, la mort de sa propre main aurait Ă©tĂ© totalement contraire Ă  sa philosophie. Il est plus vraisemblable que la blessure sur le cĂ´tĂ© gauche du thorax fut la première insulte Ă  son corps. Il n’y a pas de raison pour qu’elle ait Ă©tĂ© faite après le coup dans la tĂŞte. Cette blessure au thorax, bien que probablement pas mortelle tout de suite, aurait gravement handicapĂ© le cĂ´tĂ© gauche du corps, rendant tout mouvement du bras gauche extrĂŞmement douloureux, sinon impossible. Ceci exclut le coup de feu dans la tĂŞte en utilisant la main gauche, et transforme une balle dans la tempe gauche avec la main droite en quasi impossibilitĂ©. Dans l’éventualitĂ© oĂą CUSTER eĂ»t pointĂ© un pistolet sur sa tempe, n’importe quel coup aurait laissĂ© deux marques. D’abord, il y aurait eu les brĂ»lures de la poudre, de grosses brĂ»lures. Ensuite, ce grand coup dans la tĂŞte aurait arrachĂ© une partie de la boĂ®te crânienne. Aucune de ces conditions ne fut observĂ©e sur le corps. Il semblerait donc que le suicide, en considĂ©rant les perspectives apportĂ©es par sa personnalitĂ© et les lois de la physique, n’est pas probable. Qu’en est-il alors de son frère ou d’un autre officier qui aurait abattu le commandant d’un coup de feu pour lui Ă©viter la capture et la torture ? Ceux qui ont Ă©tudiĂ© les personnalitĂ©s et les relations de ces frères pensent que c’est presque impossible Ă  croire, et la thĂ©orie n’est appuyĂ©e d’aucune preuve. N’importe quel coup tirĂ© Ă  bout portant, que ce soit par Tom CUSTER ou un autre officier, aurait laissĂ© les mĂŞmes traces que s’il l’avait fait lui-mĂŞme : de grosses brĂ»lures ou une partie du crâne arrachĂ©e. Et un officier qui lui aurait tirĂ© dessus depuis plus loin ? A cause de la fumĂ©e, de la poussière, de la confusion et de l’intensitĂ© de la bataille, les chances que cette hypothèse soit vraie sont minimes. On peut tirer de ces faits quelques conclusions, qui ont plus de mĂ©rite que toute autre faite Ă  ce jour. D’abord, CUSTER a probablement Ă©tĂ© blessĂ© au thorax Ă , ou près de, « Last Stand Hill Â». On ne saura jamais Ă  quel degrĂ© d’incapacitĂ©, mais il est probable que ce fut un coup perdu ou un coup heureux, car il est connu que les Indiens tiraient mal. Les dernières Ă©tudes archĂ©ologiques faites sur le champ de bataille indiquent que quatre vingt dix pour cent des soldats avaient Ă©tĂ© blessĂ©s et Ă©taient encore vivants lorsque le combat prit fin. C’est un fait qui revient tout le temps lors des combats dans l’histoire. Ces blessĂ©s furent tuĂ©s plus tard, beaucoup par les femmes et les enfants qui se dĂ©plaçaient avec les guerriers. A ce moment-lĂ , CUSTER, s’il n’était pas dĂ©jĂ  mort, fut tuĂ© par un Indien depuis une distance oĂą un coup fatal n’aurait pas laissĂ© de traces de poudre brĂ»lĂ©e. A six heures le soir du 25 Juin 1876, George Armstrong CUSTER Ă©tait mort des suites de la bataille. Ce qu’il avait cherchĂ© toute sa vie Ă©tait maintenant Ă  lui : une gloire Ă©ternelle et immortelle. Moi, je dis que cet amerloque peut se tromper, car les cavaliers de l’époque, bien que droitiers, utilisaient toujours le pistolet de la main gauche, la main droite Ă©tant celle qui tenait le sabre, plus noble. Au corps Ă  corps, continuant Ă  se dĂ©fendre de la main droite dans laquelle il tenait son sabre, il peut très bien s’être tirĂ© une balle dans la tĂŞte avec la main gauche. L’auteur invoque la peur en l’associant au suicide. Mais le suicide dans une telle bataille n’est pas forcĂ©ment un signe de peur. Il peut très bien vouloir dire aussi Â« Vous ne m’aurez pas vivant, bande de macaques ! Ah, vous voulez me torturer ? Eh bien, regardez un peu ce que j’en fais, moi, de votre canoĂ©-kayak ! Â» J’imagine très bien un Indien qui lui enfonce sa lance dans le cĹ“ur juste après pour dire qu’il a tuĂ© le grand chef « Cheveux Jaunes Â» et s’en vanter ensuite auprès des autres guerriers, ou simplement de rage parce que l’autre est parti voir le Grand Esprit avant qu’on ne lui donne son billet. Mais, lorsqu’on sait comment ça crache les flammes, un revolver qui tire de la poudre noire, on aurait du remarquer que la tempe de ce monsieur Ă©tait brĂ»lĂ©e tout autour du trou fait par la balle. Comme les corps Ă©taient mutilĂ©s, noircis, gonflĂ©s, très probablement maculĂ©s de sang partout et dĂ©jĂ  en dĂ©composition, bonjour d’odeur et le bruit des mouches, il n’est pas impossible que les tĂ©moins qui ont ensuite dĂ©crit ce qu’ils ont vu, des militaires et pas des mĂ©decins chargĂ©s d’un autopsie en règle, ne se soient pas trop attardĂ©s sur les dĂ©tails et qu’ils aient nĂ©gligĂ© de signaler les brĂ»lures. Quant Ă  l’histoire oĂą la moitiĂ© de la tĂŞte aurait dĂ» partir avec le coup, c’est pas Ă©vident. On a vu des photographies de l’époque avec des bandits criblĂ©s de trous faits par des balles de .44, dont plusieurs dans la tĂŞte, et la boĂ®te crânienne a tenu bon. N’éliminons pas la thèse du coup de revolver tirĂ© de plus loin que le canon sur la tempe, par un collègue pour lui Ă©viter la honte de la capture oĂą il aurait Ă©tĂ© exhibĂ© de partout, ce grand chef Blanc qui voulait notre mort et qu’on a enfin vaincu, et bien entendu la torture, longue et douloureuse pour bien le faire souffrir, ce salaud qui disait partout qu’un « bon Indien est un Indien mort Â». Ca collerait bien. Mais un coup de lance perdue dans le thorax qui le fait crever en dernier, puis un coup de carabine Indienne dans la tĂŞte depuis dix mètres, ça collerait aussi…

Retour en haut